THEODORIC LEGRAND

97325444

ESSAI SUR
LES DIFFÉRENDS DE FONTARABIE
AVEC LE LABOURD
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DU XVme AU XVIIIme SIÈCLE
par
THÉODORIC LEGRAND
Ecole des Chartes
mémoire 94 pages
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PAU
IMPRIMERIE-STÉRÉOTYPIE GARET, RUE DES CORDELIERS, I l
J . EMPBRAUGER J IMPRIMEUR
PARIS SAN SEBASTIAN
HONORÉ C H A M P I O N , Éditeur J. BAROJA, Libraire-Éditeur
9, Quai Voltaire (VIIe). 1905 ‘ Plaza de la Constitucion, 1-2-
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INTRODUCTION

Nous n’avons nullement l’intention de présenter ce travail comme une étude complète et définitive des différends qu’eut jadis Fontarabie avec notre province française de Labourd.
Complète, — cette étude ne saurait l’être ; nous ne la commençons qu’avec le quinzième siècle, faute de documents suffisamment explicites, et cependant, bien avant cette époque, l’héroïque et valeureuse cité guipuzcoane se dressait déjà superbe sur les rives du large estuaire qu’elle domine encore de ses ruines majestueuses.
Définitive,.— elle l’est encore moins ; car si, non sans profit d’ailleurs, nous avons consulté d’autres dépôts d’archives, nous avons tiré la plus grande partie des éléments de cette étude des archives municipales — encore non classées — de la ville même de Fontarabie ; c’est dans un monceau de documents entassés dans une salle basse attenant à la sacristie de Santa Maria qu’il nous a fallu distinguer ceux qui pourraient nous fournir d’utiles renseignements ; c’est dire que de grandes difficultés matérielles sont venues paralyser notre travail et rendre nos recherches quelque peu hasardeuses. Bien que nous ayons fait tout notre possible pour que rien ne nous échappât qui fût important, nous n’affirmerions pas qu’un examen plus minutieux des documents n’eût pu — sur certains points — nous fournir de plus amples détails.
Nous dirons enfin qu’en faisant cette étude nous n’avons

— 2

pas tant eu le désir de raconter les différends de Fontarabie avec le Labourd que d’attirer l’attention des historiens sur une région dont l’histoire est encore trop imparfaitement connue.
Chaque ville guipuzcoane de quelque importance possède des archives anciennes ; ces archives, la plupart du temps, ne sont pas encore classées, mais elles le seront bientôt ; il nous semble qu’il y a là matière à toute une série d’intéressants travaux sur les relations du Guipûzcoa avec le Pays Basque français, rentrant parfaitement, d’ailleurs, dans le cadre de la Revue du Béarn et du Pays Basque.
Nous terminerons cette brève introduction en remerciant toutes les personnes qui nous ont largement aidé dans nos travaux.
Tout d’abord, nous adresserons l’expression de notre sincère et respectueuse reconnaissance à M. Morel-Fatio qui, dès le début, a bien voulu nous guider de ses savants conseils ; nous remercierons D. Juliân Paz, archiviste à l’Archivo General de Simancas, qui a eu l’obligeance de nous fournir par correspondance les quelques renseignements qui pouvaient nous être utiles ; D. Antonio de Cerrageria et D. Francisco Lupiani, attachés à la Bibliothèque nationale de Madrid qui, lors de notre séjour dans la capitale espagnole, nous ont si aimablement aidé dans des recherches d’ailleurs malheureusement restées infructueuses ; D. Esteban Sors de Arzuaga, qui nous a si courtoisement reçu aux Archives Municipales de la ville d’Irun, confiées à sa garde. Nous adresserons enfin l’expression de notre affectueuse reconnaissance à l’affable et distingué inspecteur des archives municipales de Guipûzcoa, Sr. D. Serapio de Mugica, — de l’amitié duquel nous nous honorons, — qui, non content de nous ouvrir bien grandes les portes des Archives Municipales de Fontarabie, s’est encore fait un plaisir de nous aider maintes fois dans nos recherches. Grâce à lui, grâce aussi à bien d’autres sympathiques personnalités Ondarabiarres, dont nous ne citerons que l’excellent Sr. D. Olegario de Laborda, alors alcalde de la Cité, nous avons fait un délicieux et inoubliable séjour dans ce pays enchanteur dont la magnificence des sites n’a d’égale que l’exquise bonté de ses habitants.
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CHAPITRE PREMIER

XVme Siècle.

Nous ne pouvons guère parler d’une façon précise et détaillée des relations de Fontarabie avec le Labourd avant le quinzième siècle. Ce n’est pas qu’antérieurement à cette époque, des traités ne se soient pas conclus entre les provinces de Guipûzcoa et de Labourd, mais de ces documents plus anciens, le rôle de Fontarabie ne se dégage pas assez nettement pour que nous puissions l’exposer ici .
A peine quelques maisons avaient-elles été bâties sur la rive française de la Bidassoa, que Fontarabie, jalouse de ses droits, fit sentir sa toute-puissance aux quelques pêcheurs labourdins qui se hasardèrent à naviguer dans la baie.
Il dut y avoir, de la part des Hendayais, quelques vives protestations suivies très probablement d’un appel au roi de France, mais rien ne nous permet de préciser ces faits. Une tour dut être construite dès 1455 environ, soit sur l’emplacement actuel du port de Hendaye, soit sur celui du fort aujourd’hui en ruines qui fut construit en 1665 Toujours est-il que, le 28 septembre 1458, Henri IV de Castille écrivait au corregidor de Guipûzcoa, D. Juan Furtado de Mendoza, que, malgré ses instances auprès du roi de France, la
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1. — Consulter sur les traités conclus antérieurement entre le Guipûzcoa et le Labourd
l’ouvrage de D. Pablo de Gorosabel, Memoria sobre las guerras y tratados de Guipuzcoa con Inglaterra en los siglos XIV° y XVe,Tolosa, 1865, in-8e.
2. — Sur la date de la fondation de Hendaye, voici ce que disent les commissaires
envoyés, en 1 5 1 8 , par le Roi d’Espagne pour régler les différends de la Bidassoa : « . . . Item est praesupponendum quod non sunt elapsi septuaginta anni quod Galli in termino et territorio suo ab illa parte fluminis de Vidassao juxta villam Fontîs Rabiae aeadificarunt locum quem vulgariter nuncupatur de Hendaya. » — A r c h i v es municipales de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho que por el derecho del Reyno de Castilla y de la villa de Fuenterrabia se dieron â los comisarios de Francia… 1 5 1 8 , fol. 5 r°.
3. — Le 10 janvier 1456, Henri IV chargea trois de ses conseillers, Ortun Velasquez de Cuellar, D. juan Manuel et le docteur Alfonso Alvarez, de régler ces premiers différends. — Cf. G. DAUMET, Etude sur l’alliance de la France et de la Castille au X I V e et au XVe siècles, Paris, 1898, in-8°. p. 97.
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tour de Hendaye allait être achevée et qu’en présence d’une telle provocation, il fallait, de la part de Fontarabie, une attitude plus qu’énergique.
Tout Français devait, à son passage sur la rive espagnole, en faire la déclaration à l’alcalde du lieu où il débarquait, lequel transmettait à ses collègues des villes voisines la promesse faite sous serment par le Français de se bien conduire et de respecter les lois du pays. Si le Français causait quelque dommage, nul besoin n’était de le juger, il fallait le tuer sur le champ ; et non seulement le roi conseillait à ses sujets cette mesure violente, mais encore il la leur ordonnait
1.
Le mandement royal fut lu sur la place publique de Fontarabie et les pêcheurs de Hendaye et des autres villages labourdins se rendirent compte ainsi que le séjour dans la ville guipuzcoane pouvait devenir dangereux.
Il dut y avoir — là encore, malheureusement, nous manquons de données certaines — une résistance assez vive de la part des habitants de Hendaye et d’Urrugne, d’ailleurs excités par le sire d’Urtubie, tout-puissant alors sur la rive française du fleuve.
Le corregidor, effrayé de la révolte générale des Labourdins et des altercations sanglantes qui se produisirent sur la Bidassoa, fit poster aux environs d’Irun, dans la tour dite de Guardiagana, une troupe de mille fantassins
2. Cet état de défiance et de perpétuelles menaces ne pouvait durer longtemps. Au mois de novembre ou de décembre suivant, Charles VII et Henri IV d’Espagne, de commun accord, résolurent de régler les différends entre Labourdins et Guipuzcoans, au
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1. — Archives de Fontarabie. Relacion de lo que al reverendissimo P. M. Juan de Mariana de la Compania de Jésus pone en consideracion el capitan Miguel Sanz de Venesa y Esquivel en nombre de la muy noble y leal villa de Fuenterrabia sobre la enmienda que piden al cap. V del libro XXIX de la segunda parte de la historia de Ëspana, quetratadel rio Vidasoa (26 de noviembre de 1 6 2 1 ) , cap. 2. Ce curieux manuscrit se trouverait également, selon D. Angel Allende Salazar, à l’Académie d’Histoire de Madrid, dans le tome XLIV de, la Collection Vargas Ponce. Nous ne l’y avons point trouvé, non plus que notre excellent ami et confrère D. Antonio de Cerrageria qui, après nous, l’a vainement recherché tant à la Biblioteca National qu’à la Real Aèa- demia de la Historia. Bien .que nous ayons largement utilisé ce document qui nous paraît assez digne de foi, nous ferons remarquer que tout au moins son objet n’est point celui indiqué dans le titre ci-dessus, car il n’est nullement question de la Bidassoa au •chapitre V du livre XXIX de l’histoire de Mariana.
2. — Ibid., id., cap. 3. <•
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moyen d’une commission mixte, inaugurant ainsi un système qui sera fréquemment employé par la suite, avec plus ou moins d’efficacité d’ailleurs. La commission fut composée de délégués de Castille et de Guipuzcoa, d’une part — c’étaient le Docteur Fernan Gonzales. de Toledo, habitant de Valladolid, le Docteur Diego Garcia de Burgos, habitant de Salamanque, le Docteur Palos de Ondarroa délégués de France et de Guyenne, d’autre part, — c’étaient Me Martin, habitant et chanoine de Dax, et Me Nates, de Dax conservés
1. Les commissaires, assistés de deux notaires royaux, déclarèrent que toutes les terres recouvertes par le fleuve depuis Endarlaza, jusqu’au cap du Figuier appartenaient au roi de Castille et décidèrent qu’un mât de pin destiné à délimiter la frontière entre les deux royaumes serait placé à Ondaraltzu, sur la pointe actuelle d’Ondarraïtz, qui devait s’étendre alors moins loin vers la barre du Figuier
3. La sentence fut transcrite sur parchemin par les soins de Juanot de Vera, alcalde de Fontarabie, et placée dans les archives de la ville où elle fut brûlée lors du terrible incendie de 1498
En avril 1463 , la paix se fit sur la frontière. Pendant quelque temps, les habitants des deux villes oublièrent leurs querelles, occupés qu’ils étaient des préparatifs de la prochaine entrevue des deux rois de France et de Castille, entrevue qu’avait rendue nécessaire l’attitude prise récemment par Louis XI dans les
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1. — Arcb. de Fontarabie, Reiaciôn de Sanz de Venesa, cap. 3 .
2. — Endroit où la Bidassoa entre actuellement en France, à 13 kilom. de Fontarabie ; frontière de Navarre et de Guipuzcoa.
3 . — « . . . declararon que todo quanto el rio y brazo del mar alcanzavan a cubrir
desde Endaralatza al Higuer era del Rey de Castilla que a la sazon se hallaba en Segovia pasando el verano. Pusieron de conformidad a la orilla de Ondarralzu a la parte de Francia, ribera de mar, un mastil de pino que sirviese de mojon y limite entre los dos reinos y que del asta Endaralatsa por toda la margen del rio, orilla de Endaia, Zubernoa y Biriatu se entendiese lo mismo ; duro muchos dias asta que el tiempo lo consumio. » Arcb. de Fontarabie. Reiaciôn de Sanz de Venesa, cap. 3 .
4. — Ibid., id., id.
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affaires d’Aragon
1. Le 8 mai 1463, les rois accompagnés d’une suite nombreuse d’illustres personnages se virent sur les bords du fleuve, à Hendaye.
L’accueil, de part et d’autre, fut fort courtois. Entre autres choses, Henri IV prit soin de faire remarquer à Louis XI que le royaume de France commençait seulement à la rive de Hendaye et que la Bidassoa dans toute sa largeur appartenait à la Couronne de Castille.
Le roi de France, d’ailleurs fort malencontreusement préoccupé par de plus graves questions, y consentit.
2 ; cet aveu peu réfléchi fut pour les Espagnols comme un nouveau gage de leurs droits.
Treize ans plus tard, la guerre éclata dans le pays basque. Alphonse V, roi de Portugal, avait su persuader le roi de France d’envahir le Guipuzcoa tandis que lui-même et les partisans de la Beltraneja s’occuperaient d’attaquer la Castille.
Le 14 février 1476, quarante mille hommes, sous la conduite d’Alain, sire d’Albret, traversèrent le pas de Béhobie et se dirigèrent sur Irun qu’ils pillèrent et incendièrent.
Durant plus de deux mois, ce furent de sanglantes escarmouches entre les bandes guipuzcoanes et les détachements français postés dans la campagne environnante.
C’est seulement le 8 avril que le siège fut mis devant Fontarabie. Les assiégés se défendirent valeureusement, tant et si bien d’ailleurs que l’ennemi partit, le troisième jour, ravager les bourgs laissés sans défense d’Oyarzun et de Renteria.
Cependant, le 1 1 mai, Fontarabie, de nouveau, fut attaquée. La place, merveilleusement défendue par D. Juan de Gamboa, était ravitaillée par mer ; elle aurait pu soutenir ainsi longtemps le choc de l’ennemi, quand le 15 du même mois, les Français, désespérant de jamais s’en emparer, repassèrent la frontière
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1. — Cf. G. DAUMET, op. cit., pp. 1 0 7 – 1 0 8 , et J . CALMETTE, Louis XI, Jean II et la Révolution catalane. Toulouse, 1 9 0 2 , in-8°, pp. 1 7 0 et suiv.
2. — ZURITA, Anales de Aragon, Zaragoza, 1 6 1 0 , in-fol. t. IV, p. 1 2 4 , et MARIANA,
Historia général de Espaiia (Bibl. de Autores Espanoles), Madrid, 1854, in-8°. t. II, cap. V , p. 156.
3. — GARIBAY, Compendio historical de la… historia de… Espana, Amberes, 1 5 7 1 ,
in-4°, lib. XVIII, cap. VI.
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CHAPITRE DEUXIEME
XVI me Siècle.

Trente années se passèrent, sinon de paix absolue, tout au moins de querelles moins vives et moins bruyantes.
Au mois de juillet 1 5 0 9 , des marchands navarrais venant de Vera, montés sur des gabarres chargées de sacs de laine qu’ils transportaient à Fontarabie, descendaient la vallée de la Bidassoa, quand, arrivés vers les hauteurs d’Aritz-Makur
1. Ils furent attaqués par une bande de Labourdins armés, habitants de Hendaye, d’Urrugne et de Biriatou. Les pillards, supérieurs en nombre, maltraitèrent fort les marchands et se sauvèrent sur la rive française en emportant la cargaison
2. Ce fut un cri d’indignation quand les bateliers navarrais détroussés et blessés vinrent amarrer leurs gabarres vides au port de Fontarabie. On parla aussitôt de brûler Hendaye et d’en massacrer les habitants ; un avis plus sage prévalut cependant qui fut, puisque la ville avait été atteinte dans ses droits officiellement reconnus, d’avertir le chef civil de la Province, D. Francisco Tellez de Ontiberos, corregidor de Guipuzcoa.
Le corregidor se rendit à Fontarabie ; à peine arrivait-il sur le port qu’on lui vint annoncer un nouvel attentat de la part des Labourdins : une gabarre d’Irûn venait d’être saisie par les gens de Hendaye ; toutefois, désireux de ne pas aggraver le conflit, le corregidor résolut de ne pas saisir le Régent d’une question qu’il pensait pouvoir régler lui-même. Il s’efforça de calmer les esprits et, de retour à St-Sébastien, se contenta de faire procéder à une enquête par les soins de Martinez de Ayerdi, habitant de Hernani, assisté de Domingo de Alcega, notaire royal en cette même ville
3. Des témoins français furent entendus, qui déclarè-
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1. — Aritç, chêne, Makur, tordu. Ce lieu devait être l’endroit appelé aujourd’hui Puntia, à près d’un kilomètre du Pont International de Béhobie.
2. — Arch. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de Aramburu sobre las

diferencias del rio Vidasoa [XVII* sïecle].
3 . — Arcbivo général de Simancas. Patronato Real, alacena I, legajo I y 2, fol.
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rent que nul d’entre eux n’avait la prétention de discuter les droits de l’Espagne sur la Bidassoa et qu’il s’agissait selon eux d’une simple vengeance personnelle que le chef de l’expédition, Esteban de Echeverri, habitant de Hendaye, voulait exercer contre les gens de Navarre qui, récemment, lui avaient dérobé un cheval
1. Dans ces conditions, le différend semblait devoir se régler facilement. Martinez de Ayerdi se rendit à Urrugne pour y demander publiquement au sire d’Urtubie et aux habitants assemblés la restitution des sacs de laine volés aux marchands de Vera.
Le sire d’Urtubie refusa net, déclarant qu’à partir de ce jour, il niait absolument les droits de Fontarabie et revendiquait pour le. royaume de France la propriété de la moitié du fleuve.
Forts de l’appui de ce puissant seigneur, les habitants de Hendaye et d’Urrugne redoublèrent d’audace. En septembre, un convoi de marchands navarrais fut de nouveau attaqué dans la vallée de la Bidassoa ; trois pièces d’artillerie furent logées dans la tour qui faisait face à Fontarabie et ce fut, dès lors, un bombardement continuel ; une barque d’Irun fut coulée, l’équipage périt.
Le corregidor résolut, cette fois, d’avertir officiellement les autorités françaises qui, jusqu’alors, semblaient ignorer ces incidents. Il envoya des messagers au sénéchal des Lannes, Guillaume de Laduchs, au maire de Bayonne, au maire d’Urrugne et à Jean de Montréal, seigneur d’Urtubie
Le 20 octobre, le roi de France enjoignit au sénéchal des Lannes de se rendre à Hendaye, pour conférer avec les délégués que, de son côté, Ferdinand le Catholique devait y envoyer
1. — Arch. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de Aramburu. — Cet Etcheverri, prêtre à Hendaye, avait emmené de Castille un cheval de prix. En passant à la frontière de Navarre, il se refusa à payer les droits de passeport ; les gardes lui confisquèrent son cheval. Cf. Arch. de Fontarabie. —Relacion de Sanz de Venesa, cap. 5.
2. — Sur la Maison d’Urtubie, cf. J. DEJAURGAIN, Châteaux basques : château d’Urtubie dans Bulletin de la Société des Sciences et Arts de Bayonne, 1 8 9 6 , Ier trim., p. 1 2 9 – 1 4 9 .
3 . — Arch. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de Aramburu. . .
4. — îbid.j id.
5 . — îbid., Traslados de las Ynformaciones en d e r e c h o . . f o l . 1 0 8 r°.
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L’affaire fit, d’ailleurs, quelque bruit à la Cour de France et de longs pourparlers eurent lieu, à ce sujet, entre le Chancelier Robertet et les deux ambassadeurs castillans, D. Jaime de Albion et D. Geronimo Cabanillas
.Néanmoins, le sénéchal des Lannes ne se hâta point d’aller sur les rives de la Bidassoa à la rencontre des commissaires que, malgré les instances de D. Francisco Tellez de Ontiberos et de la commune de Fontarabie, le régent du royaume de Castille hésitait à nommer
Cependant, les conflits éclataient sanglants et continuels, menaçant de rendre encore plus mauvaises les relations pourtant déjà bien tendues qui existaient alors entre les deux pays. Le 15 novembre, enfin, Ferdinand le Catholique se décida à faire enquêter le Conseil de Castille sur les différends survenus entre Hendaye et Fontarabie
Son intention était de nommer par la suite deux commissaires qui, conjointement avec ceux du roi Très Chrétien, prendraient les décisions nécessaires pour éviter le retour de si regrettables querelles. En même temps, il dépêchait à Fontarabie l’ordre de cesser toute hostilité avec les Français et donnait plein pouvoir au corregidor de Guipuzcoa pour conférer dès ce moment avec le sénéchal des Lannes.A ce dernier, le corregidor fit demander, à plusieurs reprises, de lui fixer le lieu et la date de leur première réunion
N’obtenant pas de réponse précise, le 13 décembre, D. Francisco Tellez de Ontiberos se rendit à Fontarabie, puis, portant la baguette haute
se fit transporter sur la rive fran çaise de Hendaye. Le sénéchal des Lannes qui, par ordre du roi, s’y trouvait déjà, fut averti ; il se rendit au port, accompagné
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1. — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho.,. fol. 1 3 9 r°. 2. — Ibidid., fol. 1 3 7 , 1 3 9 et 1 4 1 .
3 . — Ibid., id., fol. 1 3 4 r°.
4. — Ibid. Relaciôn de los papeles que esta M. N. y L. Villa… embia à S. M. 1 6 1 9 . 5 . — Mandement royal signé de Jeanne la Folle, à Saldana, le 22 novembre 1 5 0 9 .
Arch. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de A r a m b u r u , . .
6. — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho… fol. 165 r°.
7. — 11 s’agit de la bara, insigne que portaient le corregidor, les alcaldes ordinaires
de Guipuzcoa et leurs représentants.
8. — . . . diciendo era de su jurisdiccion toda la agua y que salto en tierra con la
dicha su vara alta. — Arch. de Fontarabie. Testimonio de Lazaro de Oronoz, 1 6 6 3 .
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⦁ IO —
du sire d’Urtubie et de quelques officiers municipaux de Bayonne.
Le corregidor se montra arrogant ; il demanda d’abord au magistrat français s’il possédait une commission écrite de son souverain et, si oui, de la lui communiquer. Le sénéchal se soumit, mais, quand, d’un ton impérieux, le corregidor voulut fixer le lieu de leur prochaine conférence, Guillaume de Laduchs répondit sèchement que chacun d’eux saurait faire isolément son enquête et qu’il n’avait, pour sa part, nul besoin des conseils de personne.
Le corregidor se retira ; une entente à l’amiable était absolument impossible ; il fallait attendre la décision du Conseil de Castille et remettre le règlement des différends à des commissaires spécialement nommés par les deux rois.
La mauvaise volonté du sénéchal des Lannes s’explique par ce fait que le roi de France, depuis le mois d’octobre, avait complètement changé d’avis.
Il est probable que, tout d’abord, Louis XII avait ignoré l’importance des querelles survenues entre les pêcheurs de Hendaye et de Fontarabie et qu’il n’avait pas supposé qu’elles pussent dégénérer un jour en un véritable conflit international.
Quand il vit cependant les ambassadeurs castillans lui faire à ce sujet, de la part de leur souverain, des représentations officielles, il voulut qu’on procédât à une enquête plus approfondie que celle qu’il avait ordonné de faire à son sénéchal des Lannes et manda à ce dernier de se refuser à toute entrevue avec le corregidor de Guipuzcoa.
D’autre part, Gratien d’Urtubie, qui travaillait plus encore pour la défense de ses propres droits que pour ceux du roi de France, et qui désirait voir anéantir la richesse et la prospérité d’une ville rivale, vint, le 11 décembre, trouver le roi a Paris et lui porter contre les Espagnols des griefs dont la fausseté fut d’ailleurs reconnue plus tard .
Dès les premiers jours de janvier 1510 , les commissaires des deux royaumes furent nommés ; c’étaient, pour la France, Me Mondot de la Martonie, président du Parlement de Bordeaux,
1.-Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho… fol, 142 r°.
11 –
et Me Guillaume de Laduchs, sénéchal des Lannes ; c’étaient, pour la Castille, D. Cristôbal Vasquez de Acuna, membre du Conseil Royal, et D. Francisco Tellez de Ontiberos, corregidor de Guipuzcoa
1 Cependant les querelles continuèrent sur la Bidassoa ; les Labourdins, non contents d’avoir fortifié la tour qui, menaçante, s’élevait face à Fontarabie, munirent également d’artillerie le pas de Béhobie : ce qui était rendre impossible le passage par la Bidassoa, à cet endroit très étroite
2. Le 15 février, arriva à Fontarabie, un jeune seigneur français, Domerion de Lurbida
3, roi d’armes de Louis XII, qui demanda à voir le corregidor. Il venait, de la part des commissaires français, demander au magistrat espagnol de bien vouloir lui fixer le jour et la date qui, à lui et à son collègue le licencié Acuna, leur conviendraient le mieux pour la tenue d’une première conférence. Tellez de Ontiberos répondit qu’il attendait des ordres du Conseil, et que, dans quelques jours, il avertirait le Président du Parlement de Bordeaux de sa décision. On en vint à parler de l’attitude nouvelle des belligérants, de la fortification entreprise récemment au pas de Béhobie, contre laquelle le corregidor protesta. Domerion de Lurbida, qui arrivait directement de Paris et n’avait fait que traverser rapidement Hendaye, riposta, répétant ce qui avait été dit au roi par le sire d’Urtubie, à savoir que les gens de Fontarabie avaient brûlé l’hôpital de Santiago et détruit des moulins français bâtis sur la Bidassoa. Le corregidor
1. — Nous n’avons pu trouver les lettres nommant les commissaires français ; les
commissaires de Castille furent nommés le 8 janvier et reçurent une confirmation e t
prolongation de leur commission, le 3 février. Cf. Arch. de Fontarabie. Testimonio de Lazaro de Oronoz.
2. — Le 1 5 février 1 5 1 0 , les deux alcaldes ordinaires, Juan Perez de Unza et Pero
Sanchez de Gamboa, reçurent la déposition de Bernard de St-Martin, habitant du bourg d’Hasparren, et de Pedro de Lundais, sujet castillan, qui déclarèrent être passés la veille au pas. de Béhobie et avoir demandé à des ouvriers qui travaillaient sur la rive française ce qu’ils construisaient. Ceux-ci répondirent : « Ce que nous installons là sonnera quelque prochain jour. » . — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho, fol. 125 et suivants.
3. — Ce nom est évidemment défiguré dans le document espagnol que nous suivons
ici ; il s’agit peut-être du héraut d’armes Lorrière, dont parle Jean d’Auton dans ses Mémoires (édit. de Maulde, pour la Soc. de l’histoire de France), t. IIÏ, p. 264.
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s’indigna et, désireux de démontrer au gentilhomme qu’il ne s’agissait là que d’une méchante invention d’un ennemi héréditaire de Fontarabie, lui offrit de venir constater de visu la fausseté de pareilles allégations
. Tous deux descendirent sur le port ; la foule des pêcheurs les entourait, eux et leur suite, et, quand le corregidor voulut monter dans la barque, ce fut un cri de protestation.
Tous lui déclarèrent qu’il ne fallait pas quitter en ce moment le sol espagnol et qu’on pouvait tout attendre d’ennemis déloyaux et surexcités.
Le corregidor délégua à sa place le merino mayor qui, la baguette haute, partit avec le roi d’armes vers la rive française.
La marée basse les obligea, au milieu du fleuve, à continuer leur route à pied sur le sable ; on les aperçut de Hendaye et, du port, accourut aussitôt une bande d’hommes armés, criant et gesticulan
1. Le roi d’armes eut de la peine à se faire reconnaître et put constater ainsi que les esprits étaient bien échauffés de part et d’autre de la Bidassoa. A Hendaye, assisté du merino mayor, il interrogea quelques habitants qui déclarèrent que l’hôpital de Santiago n’avait souffert aucun dommage et quand il les pressa de lui dire les motifs de leur animosité contre Fontarabie, ils ne surent quoi répondre
2. Ce qui semblerait prouver une fois de plus que les gens de Hendaye agissaient plus pour complaire aux ordres d’un suzerain autoritaire et puissant que pour se venger d’injures personnelles. Il est vrai que la relation ci-dessus rédigée par ordre des. commissaires espagnols est fort susceptible de partialité.
C’est seulement à la fin de mars, selon toute vraisemblance, que les commissaires français et espagnols commencèrent à délibérer. De ces délibérations, les procès-verbaux ont disparu et il ne nous est resté qu’un seul document, — le plus important,
1• — • . . Llegando en tierra de Francia, salto el merino con su bara en la mano y andobo en lo que inundaba la agua, a quien salieron doce hombres armados de Endaya y Iuego el dicho Rey de armas prendio al que venia delantero deciendoles : « Agora conozco que sois ladrones. —- Arcb. de Fontarabie. Testimonio dado por Domingo de Aramburu….
2. — lbid<, Traslados de las Ynformaciones en derecho… fol. 127 et suivants.
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il est vrai — la sentence provisionnelle prononcée à Saint-Jean-de-Luz le 10 avril 1510 .
Il y était décidé que l’état de choses serait ramené à ce qu’il était dix ans auparavant et que, comme alors, les habitants de Fontarabie et de Hendaye devraient vivre en paix, respectueux de leurs droits réciproques.
C’eût été évidemment un excellent conseil, plus encore toutefois qu’une décision durable, si les droits de chacune des deux villes avaient été définis avec précision et si les commissaires français, dans l’ignorance où ils étaient des questions qu’ils étudiaient, n’avaient pas, tout en ramenant les choses à dix années en arrière, reconnu et donné à Hendaye des droits qu’elle ne possédait pas alors et que, par cela même, Fontarabie ne pouvait naturellement pas admettre.
La sentence reconnaissait notamment à Hendaye le droit d’avoir un port, alors que, depuis fort longtemps, Fontarabie avait le monopole du commerce sur la Bidassoa. Le fleuve, sans être partagé par moitié entre les deux royaumes, comme le
1. — « Donec aliter et alias per predictos Reges et Reginam fuerit ordinatum. »
2. — Cum per antea mota et orta fuisset controversia inter manentes et habitantes
ville Fontisrabidi subditos Catholicorum Régis et Regine Castelle et alios eorum consortes provincie de Ypuscoe, ex una parte, et manentes et habitantes loci et parrochie de Handaye subditos Christianissimi Francorum Régis, ex altéra, ad causam fluminis nuncupati de Bidassoe, pretendentes et dicentes predicti habitantes Fontis Rabidi et alii eorum consortes quod totum dictum flumen ab eius exitu regni Navarre usque ad introitum magni maris erat et intégré pertinebat dicto regno Castelle et quod non erat licitum nec permissum predictis habitantibus dictorum loci et parrochie de Handaye nec quibuscumque aliis posse nec debere in predicto flumine nec in aliqua sui parte, tani ex parte regni Francie quam Castelle, facere portum pro anchorando aliquam magnam navem nec parvam portantem quillam nec eas onerare nec exonerare absque licencia et permissione predictorum habitantium Fontis Rabidi nec pariter habere naves vocatas pinasses aut alias habentes quillam pro eorum piscatura nec alios quoscumque usus nec debere piscari in dicto flumine nec in loco vocato Le Figuier cum retibus, et illud erat solum dictis habitantibus Fontis Rabidi fîeri licitum et permissum et de hoc erat in possessione et saysina per tempus inmemoriale, dictis vero habitantibus de Handaye contrarium dicentibus et asserentibus, scilicet quod ipsi habebant jus et erant in bona possessione et saisina saltem de medietate tocius predicti fluminis ab ejus exitu Navarre usque ad eius introitum magni maris inclusive tam navigandi, piscandi quam alios jus faciendi, de et super quibus premissis fuissent inqueste facte hinc inde, omnibus visis et aliis titulis et peciis per quamlibet dictarum partium respective exhibitis pluribusque aliis magnis causis et rationibus, tam in jure quam in facto, consideratis per nos commissarios subscriptos ad hoc per predictos Christianissimum et Catholicos Reges et Reginam deputatos pro evitandis litibus, debatis et scandalis que ex inde possent mover et pro conservatione pacis et concordie longe diu inter ipsos observate et hoc per modum provisionis et donec aliter et alias per predictos Reges et Reginam fuerit ordi-

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demandaient les Français, fut déclaré — quant à l’usage — appartenir indifféremment aux habitants de Hendaye et de Fontarabie qui pouvaient y poser des nasses, y pêcher avec toutes sortes d’engins et cultiver les îles avoisinant le pas de Béhobie. Cependant— clause bien préjudiciable aux Hendayais, à laquelle les habitants de Fontarabie tenaient beaucoup, — il fut interdit aux pêcheurs labourdins de se servir de barques à quille ; c’était, surtout par les gros temps, assez fréquents en ces parages, leur rendre très dangereuse sinon impossible la sortie en pleine mer.
La sentence trop courte, trop peu explicite, empreinte d’ailleurs de mauvaise foi, ne devait guère contribuer à rendre plus amicales les relations entre riverains de la Bidassoa.
Le 11 avril, les commissaires espagnols se rendirent à Fontarabie pour notifier leurs décisions aux habitants assemblés en conseil général, en présence des deux alcaldes Juan Perez de Unza et Pero Sanchez de Gamboa,du prévôt Martin Sanchez de Venesa
natum, fuit dictum, concordatum et appuntatum quod predicti habitantes hinc inde vivent inter se quo modo in antea in bona unione et transquilitate, insequendo voluntates et beneplacita predictorum Regum Christianissimi et Catholici modo et forma ante suscitationem et exordium presentis controversie assueta, et insuper quathinus tangit usum et possessionem predicti fluminis ipsi habitantes hinc inde gaudebunt et utentur in ipso flumine modo et forma quibus uti et gaudere consueverunt a decem annis ultime preteritis citra scilicet predicti habitantes de Handaye et alii subditi predicti Régis Christianissimi tenebunt et possidebunt nassas seu piscarias, insulas, passacgium de Vehobie, moiendinum de l’ospital, molendo et terras dictarum insularum et alias ipsis contiguas pro laborando et cultivando et nichilominus portum ad passandum et vehendum cum gabarris, tilholis et aliis navibus sine quilla in dicto loco de Hendaye et utentur omni piscatura retum et alia cum navibus predictis, tam in predicto flumine quam alibi ubi ipsis bonum videbitur faciendum ac aliis secundum quod consueverunt, etiam in mari ; et predicti habitantes Fontis Rabidi et eorum consortes similiter poterunt uti et gaudere in predicto flumine navibus ad passandum et vehendum atque etiam cum gabarris, tilholis et aliis quibuscumque navibus necnon insulis atque nassis sive piscariis ac passadgio de Vehobie ac aliis, prout consueverunt a decem annis citra et hoc, absque prejudicio possessions antique jurisque predictorum regum et partium hinc inde aliorumque jurium per ipsos in predicto flumine et mari pretensorum, reser- vata eis facultate lacius probandi tam per testes quam per instrumenta jus possessions, proprietatis et dominii omnium premissorum et posse facere jus predictis partibus hinc inde super excessibus, dampnis et interesse per quamlibet dictarum partium passis et pretensis, inhibendo subditos utriusque regni, sub pena confiscations omnium bonorum ac banni perpetui, de non contraveniendo huic nostre ordinationi de jure nec de facto quovis pacto. Actum in loco Sancti johannis de Luz, die Xa mensis aprilis, anno domini millesimo quingentesimo decimo. Sic signatum : M. de la Martonie} G. de la Duchs, El Licenciado Alcuna, El Licenciado Telles. (Arch. Nat., j . 867, n° 7. — Une traduction
espagnole de ce document se trouve aux Arch. des Affaires Étrangères, Mémoires et
documents, Espagne, tome 2 1 7 , foL 5 7 , r° et v°.)

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et des autres magistrats municipaux. Le corregidor traduisit la sentence en langue castillane ; quelques protestations s’élevèrent dès ce moment, notamment quand il s’agit du droit accordé à Hendaye de pêcher au filet dans la Bidassoa.
Les deux jours suivants, la sentence fut lue publiquement, à son de trompe, dans les rues de la ville. Le 13 avril, Vasquez de Acuna retourna à Madrid et le corregidor regagna Tolosa, siège de sa résidence.
1.
Le mécontentement fut grand sur la rive française et, dès la fin d’avril, le sire d’Urtubie, se faisant l’interprète intéressé des habitants d’Urrugne et de Hendaye, écrivit au roi de France pour protester contre la défense faite aux Labourdins de posséder des barques munies de quilles.
Louis XII pria D. Geronimo Cabanillas, ambassadeur d’Espagne, de transmettre ces plaintes à son souverain. Ferdinand répondit que non seulement il n’était nullement disposé à accorder aux Labourdins un droit qui serait la décadence, sinon la ruine complète de Fontarabie, mais qu’encore il regrettait beaucoup que ses commissaires eussent consenti à pe ne leur appartenait point
2.
Louis XII ne fit que transmettre cette réponse intransigeante aux habitants des communautés d’Urrugne et d’Hendaye.
Ceux- ci, espérant que d’autres commissaires sauraient mieux faire valoir leurs droits méconnus, décidèrent d’appeler l’attention des souverains par un nouveau coup de main.
Le Ier juillet, une bande armée, commandée par un hobereau des environs, Pierre de Buniort, se posta dans la vallée haute du fleuve et détroussa une caravane de marchands aragonais et navarrais qui se rendaient à Fontarabie.
Naturellement, les gens de Fontarabie portèrent plainte au Régent de Castille et l’ambassadeur espagnol fit transmettre ces plaintes au roi de France.
Le 23 juillet, Louis XII manda au bailli de Labourd de faire restituer les marchandises dérobées et de réprimander les délinquants. Triomphant, Ferdinand envoya,
1. — Arch. de Fontarabie. Relation de Sanz de Venesa, cap. 6.
2. — Ibid.j id.? cap. 7,
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16
le 6 août, à Fontarabie, le texte traduit de ces lettres royales qui devaient constituer désormais une preuve irréfutable des droits de la vieille cité sur toute l’étendue du fleuve
1 Louis XII avait eu soin de recommander à son bailli de régler lui-même ce différend, si toutefois l’affaire ne lui semblait pas devoir nécessiter une enquête plus approfondie
2. Les Labourdins, saisis de cette clause du mandement royal, en profitèrent pour faire entendre leurs doléances et protester contre le jugement inique de 1510 . La réunion d’une nouvelle commission fut décidée ; malheureusement, les documents nous manquent pour être, sur ce point, quelque peu précis. Ce dut être au début de l’an 1511 que le roi de France nomma commissaires de la Bidassoa Me Compaignet d’Armendaritz et Me Jean d’Ibarrole, et que le Régent de Castille délégua à nouveau D.Cristobal Vasquez de Acuna et D. Francisco Tellez de Ontiberos.
Les commissaires français durent recevoir, cette fois, l’ordre de se montrer plus exigeants dans leurs désirs et de faire prononcer une sentence qui exprimât d’une façon plus précise et plus étendue les droits du royaume de France, tant sur la Bidassoa que sur la rade du Figuier.
Les délégués espagnols protestèrent, alléguant qu’ils n’avaient à s’occuper que de la navigation sur le fleuve. Le 16 avril 1 5 1 1 , les quatre commissaires se réunirent à Hendaye en présence de Juan de Casadevante, syndic de Fontarabie et procureur du Régent de Castille et de deux envoyés spéciaux du roi de France, Mes Charles de la Barrière et Pierre de Brus, qui vinrent au nom de leur souverain demander aux dits commissaires de procéder immédiatement à l’examen des questions soumises à leur jugement. Le licencié Acuna, au nom des commissaires de Castille, allégua qu’ils avaient envoyé à la Reine un messager chargé de
1. — Arcb. de Fontarabie. Relacion de Sanz de Venesa, cap. 8.
2. — . . . Vos mandamos y encargamos e injungimos que si vos constare sumaria-
mente e de piano e sin figura de processo de la dicha presa por nuestros subditos contra aquella dîcha sentencia, vos en eî dicho caso fagais rendir e restituir las dichas lanas, mercaderias e otras cosas qualesquier, constreniendo a facer e sufrir esto a todos
aquellos a quien pertenece por todas las vias en tal caso requeridas,
3 . — Arcb. Nat.} j . 867 et suiv., Bibl. Nat.} Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 15 et suiv.
et Coll. Brienne, vol. 55, fol. 1 2 4 .
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leur faire donner plein pouvoir pour délibérer tant sur l’usage du fleuve que sur celui de la rade, mais que, jusqu’à son retour, il leur était formellement interdit de s’étendre sur toutes questions autres que celles comprises dans leur commission.
Les commissaires français acceptèrent d’attendre le retour du messager, fixant cependant comme dernier délai le lundi 28 avril, auquel jour, à neuf heures du matin, ils se trouveraient de nouveau au lieu de Hendaye pour y prendre les mesures qu’ils jugeraient alors nécessaires.
Le 22 avril, les commissaires et les procureurs spéciaux de France et de Castille se réunirent à Fontarabie, en présence de Ochoa de Haramburu, prêtre, et de Thomas Betcoq, sujet anglais, habitants de Fontarabie, de Jean Lopez de Sabando, de Martinon de Hunburu et de Saucin de Hiriburu, habitants de Saint-Jean-de-Luz ; Charles de la Barrière et Pierre de Brus déclarèrent avoir ouï dire que les commissaires espagnols avaient reçu la réponse qu’ils attendaient de la reine de Castille et leur demandèrent de bien vouloir, dans ce cas, commencer leurs délibérations avec les commissaires français.
Les commissaires espagnols avaient, en effet, reçu la réponse expédiée de Séville, le 25 mars précédent, mais Ferdinand le Catholique s’y refusait absolument à étendre le pouvoir des commissaires sur des questions où, selon lui, il n’y avait pas matière à discussion. Il pensait d’ailleurs que Vasquez de Acuna et Tellez de Ontiberos sauraient facilement persuader leurs collègues français qu’il y avait là abus de leur part et que le plus sage était de délibérer seulement sur les questions reconnues litigieuses. Le mandement royal fut lu aux commissaires de France et, en conséquence, le procureur, Juan de Casadevante, les pria de
1. — Bibl. Nat., Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 15 v° et 16 r°.
2. — . . . estoy maravillado desta ynovation porque, como vedeys, si sobre semejantes
Cosas en que nunca obo dubda del drecho et antigua possession de la Corona Real destos reynos, agora se dyesse lugar que la obiesse, séria poner mala voz en todo, quanto mas seyendo este juyzio por consentimiento de las partes. Por ende yo vos mando que ableys a los dichos comissarios y les mustreys la justicia et razon que ay para que assi se hagua y sobre todo deys orden como solamente se entende en aquellos casos e cosas sobre que al principio obo la differentia et no en otros ningunos y, conforme a esto, continuad vuestro processo. — lbid.} id., fol. 15 v° et fol. 16 r°.
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vouloir bien commencer à délibérer immédiatement sur la seule et unique question de l’usage de la Bidassoa. Ceux-ci, naturellement, protestèrent ; une nouvelle réunion fut fixée au lendemain, 23 avril, dans laquelle les commissaires espagnols émirent le vœu de ne rien faire que les deux rois de France et de Castille ne se fussent, de nouveau, entendus à ce sujet. En outre, ils demandèrent à leurs collègues français d’assurer, en attendant, de la part des Labourdins, l’observation de la sentence provisionelle de 15 102 et de ne procéder à aucune enquête, sans leur consentement, les commissaires français déclarèrent qu’obéissant aux ordres de leur souverain, ils feraient eux-mêmes une enquête isolée, en conseillant toutefois aux gens de Hendaye et d’Urrugne d’observer la sentence d’avril 1510 et de ne rien faire qui pût troubler la paix entre les deux nations
Les Espagnols acceptèrent cette conclusion et promirent d’agir pareillement de leur côté. Ainsi se termina sans presque avoir commencé la commission royale de 1511 .
1 . — Bibl. Nat., Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 17 r° et v°.
2. — . . . lesdicts licenciez de Accuna et Francisco Tellez dirent qu’ilz demandoient et requeroient ausdicts Docteurs Mes Compaignet d’Armendaritz et Jehan d’Ibarrole, commissaires dudict Roy treschrestien et aussi ausdicts advocat et procureur, qu’ilz lais- sassent en suspens jusques a tant que lesdicts Roys se escrivissent et confermassent pour ce qu’ilz cognoissent, comme dit on, que les royaulx vouluntez des Catholiques Roy et Royne estoient qu’ilz procureroient la dicte conformité par le service de Dieu nostre seigneur et par la conservation de la amitié qu’ilz avoient avec lediçt treschrestien Roy de France et qu’ë pendant le temps de ladicte suspension, ilz demandoient et requeroient qu’ilz fissent garder aux subjectz dudict Roy treschrestien l’appoinctement et accord qui fut donné par les commissaires desdicts Roys a dix d’avril l’an 1 5 1 0 , lequel commence en ceste maniéré : Cum per antea. . . e t c . . . duquel, si estoit nécessaire, ledict Jehan de Casedavant, scindic de Fontarrebie, faisoit présentation et lequel estoit mandé estre gardé par les deux Roys et que ilz demandoient et requeroient que, en ensuivant ledict commandement ne consentissent aux subjectz du dict treschrestien Roy toucher en port ne mer ne droictz d’iceulx sinon tant seulement en ce que ledict accord et appoinctement les donnoit en ladicte riviere de Bidassoua ou fleuve jusques a tant que se fisse la finale expédition, protestant ainsi qu’ilz protestoient que si pour toucher ou ancrer en lesdicts port et droictz et mer survenoient aucuns murtres, insulz ou escan- dalles, que ce soit a coulpe et charge desdicts docteurs en nom dudict seigneur Roy Treschrestien, Roy de France et non desdicts licenciez de Acuna et Tellez, en nom de ladicte Serenessime Royne et dudict Roy Catholique son p è r e . . . — Bibl. NatColl.
Dupuy, vol. 42, fol. 20 r° et \v°.
3. — . . . les commissaires du Roy Treschrestien respondirent persévérant en leur premier dire et délibération qu’ilz procéderont ainsi que dict est, attendu les longs delays et subterfuges prins par lesdicts commissaires et sindic de ladicte Royne de Castille et que de leur cousté avoient desja adverti leur Roy et eu les provisions sur ce requises ensuivant lesquelles procéderont- comme dict a esté sans toucher par le present la sentence de laquelle dessus a esté faicte mention, protestant que si aucun escandale
19
Néanmoins, comme il avait été précédemment décidé, une enquête continua à laquelle procédèrent séparément de chaque côté du fleuve les commissaires français et espagnols, en attendant que les deux rois eussent déterminé d’une façon plus précise les questions sur lesquelles il y avait lieu de délibérer. D’extraordinaire, la commission devint, en quelque sorte, permanente. Malheureusement, les documents nous manquent pour pouvoir dire ce que firent alors les délégués ; il est à supposer, cependant, qu’ils travaillèrent avec lenteur ; car rien d’important ne paraît avoir été résolu avant septembre 1517 , date à laquelle une lettre adressée par les commissaires français au chancelier Duprat nous apprend que Me François de-Belcier remplaçait Compaignet d’Armendaritz, décédé, et que les commissaires espagnols et français n’avaient encore pu se mettre d’accord sur l’étendue même de leur commission .
Cependant, les Labourdins, du haut de la tour fortifiée de
Munjunito, située sur la rive de Hendaye3, continuèrent de

ou dommage y survient ne soit a leur coulpe, ains desdicts commissaires et scindic
ladiçte dame qui ne veullent procéder avec eulx sur lesdicts ports, mer, havre et po du Figuier, disans en outre qu’ilz feront inhibitions et deffences aux subgects dudi seigneur habitans de Labourt qu’ilz ne provoquent de parolle ne de fa.ict a l’encont des subjeçts de ladicte dame ne usent aussi encontre eulx par aucune voye de faiç requérant que lesdicts commissaires de la dicte dame fassent le pareil de leur cous et sur le demourant, disent qu’ils se garderont de mesprendre ; desquelles choses l dictes parties en requisdrent acte et instrument… —Ibididvol. 42, fol. 21 v° et 22 r°

1. — Nous savons toutefois que la sentence provisionnelle de 1 5 1 0 était toujours en vigueur. Le 13 mars 1 5 1 7 , le sénéchal des Lannes manda à Bartholomé de Fagoaga et Adam de Buniort, habitants de Biriatou, qui avaient établi une forge sur territoire français, pour laquelle ils utilisaient l’eau du fleuve, d’avoir à cesser leur industrie. Cf. ‘Arch. de Fontarabie. Relaciôn de los papeles que esta M. N. y L. Villa embia â S. M . 1 6 1 9 et Ibid., Compulsas que dimos los très escribanos para el Consejo en la causa sobre las nasas de esta ciudad en pleito con Irun. 1683.
2. —• Cf. lettre originale des officiers du Roi à Hendaye ; les commissaires terminent
en’demandant de nouveaux subsides : « . . . Monseigneur, comme sçavez, sommes ici en pays limitrophe, a grans frais et mises et avons avec nous l’advocat et procureur dudict seigneur, ung notaire, ung interprete et ung sergent et plusieurs tesmoings sans lesquelz personnages ne pouvons procéder, a quoy les pouvres subjectz dudict seigneur ne peuvent frayer, car ilz sont pouvres, bruslez et destruictz pour la guerre. A ceste cause, vous prions, Monseigneur, que y vueillez avoir esgard et nous faire délivrer par le comptable de Bourdeaux ou autre qu’il vous plairra, de l’argent. » — Bibl. NatColl. Dupuy, vol. 42, fol. 39 et suiv.
3 . — . . . et prope juxta inferiorem ipsius loci partem per negligentiam vel inadver-
tentiam nostrorum construxerunt, non sunt elapsi 40 anni, praefactam Domum de Munjunito in solo et littore nostro. — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynforma- ciones en derecho,… folio 5 r°. — C e t t e tour était donc, semble-t-il, sur le lit du fleuve, c’est-à-dire sur territoire espagnol, d’après les sentences de 1458 et de 1 5 1 0 .
______________________________________________
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bombarder impitoyablement toutes les barques espagnoles qui pénétraient dans la baie.
Ce fut, d’ailleurs, de part et d’autre, un échange d’excellents procédés. Le 17 avril 1 5 1 8 , le duc de Nâjera, vice-roi de Navarre, alla même jusqu’à mander au majordome de l’artillerie, en résidence à Fontarabie, de prêter à cette ville toutes les munitions dont elle pourrait avoir besoin pour se défendre contre les attaques des Français
1. C’était la guerre ouvertement déclarée sur la frontière basque, guerre que rendait, d’ailleurs, plus naturelle l’inimitié chaque jour grandissante des deux souverains. Toutefois, le 15 août 15 8
2 , Charles Quint dépêcha de nouveau à son corregidor de Guipuzcoa D. Pedro de Nava et au licencié Vasquez de Acuna l’ordre de délibérer conjointement avec les commissaires du Roi de France sur les différends de la Bidassoa
3. Sept années de délibérations, fort espacées les unes des autres, tenues d’ailleurs sans méthode et sans que le sujet en fût, une fois pour toutes, définitivement établi et accepté par les commissaires des deux royaumes, avaient singulièrement fait dévier les questions à étudier. En 1511 , les délégués français avaient voulu étendre leur commission sur la question de la propriété du fleuve et de la rade et sur la permission qui pouvait être accordée à Hendaye de posséder un port.
Les Espagnols avaient refusé, ne voulant délibérer que sur la question de l’usage des barques à quille, interdit aux riverains français en avril 1510 . En 1 5 1 8 , il ne s’agit plus que d’amener Hendayais et Ondarabiarres à cesser
1. — Arch. de Fontarabie. Relaciôn de los papeles que esta M.N. y L. Villa… embia â S . M. 1 6 1 9 .
2. — Bibl. Nat. Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 23 et suiv. et Coll. Brienne, vol. 5 5 ,
fol 1 3 4 et suiv.
3 . — . . . sur certains ediffices que l’on dict que lesdicts françois voloient faire et
reediffier de l’autre costé de la riviere de Bidassoua et sur aucun bras d’icelle et sur autres choses que lesdicts françois pretendoient qu’ilz pouvoient faire et que sur ce, a cause de ce, et de l’une part a l’autre, et de l’autre a l’autre, se sont tirez de traictz d’artillerie et faict aucuns dommages et maulx et pour ce que nous avions commandé a nosdicts subjectz qu’ilz ne facent nouveauté aucune et que toutes les choses de voye de faict cessent et facent bon accord et voisinage ausdicts françois et semblablement entre nous et ledict Roy de France est accordé que nommons juges et qu’ilz entendent ausdicts debatz et qu’ils se informent commant et en quelle maniéré -a esté faict et passé tout ce que clict est et qu’ilz pourvoyent en façon que entre lesdïctes parties cessent lesdictes d i f f e r a n c e s . – — Bibl. Nat. Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 23 v° et 24 r°.
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leurs feux croisés, et de la propriété du fleuve, de la délimitation de la frontière entre les deux royaumes il ne saurait plus être question.
François Ier, de son côté, confirma ses commissaires dans leurs pouvoirs, sans qu’il nous soit possible de dire exactement à quel moment ce fut de l’année 1518. Un jour d’octobre, en l’église Santa Maria de Fontarabie1, le licencié Vasquez de Acuna et Me François de Belcier se réunirent et, après audition de témoins, décidèrent d’envoyer un rapport détaillé des faits à leurs souverains qui prendraient alors les mesures nécessaires. Ils établirent, en outre, que jusqu’à ce moment toute hostilité devait cesser entre Basques espagnols et français
2. Néanmoins, les querelles continuèrent sur la Bidassoa, mais, cette fois, ce fut dans la vallée intérieure du fleuve, entre Irun et Béhobie, que les différends éclatèrent. En janvier 1519 , l’alcalde du château de Béhobie, accompagné d’hommes armés, vint procéder à la plantation de petits chênes dans l’île dite Insura
3 propriété jusqu’alors non contestée, paraît-il, du royaume de France ; puis les Espagnols y firent paître leurs troupeaux. Pierre et Adam d’Urtubie vinrent porter plainte au capitaine qui, pour toute réponse, quelques jours plus tard, fit tirer sur eux, alors qu’ils se trouvaient sur la rive du fleuve, en territoire français. Sur la plainte du syndic de la communauté d’Urrugne, riveraine du fleuve à cet endroit, le lieutenant du bailli, Jean de

1 . — Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho,… fol. 2 r°.
2. — « . . . y no se labre ni edifique ni se haga en ella (il s’agit de la tour de
Munjunito) cosa alguna, mas antes el dicho edificio e todas las otras cosas esten suspensas y en el punto, lugar y estado en que estavan antes y al tiempo destas dichas différencias, hasta que lo suso dicfro se determine y que todos esten y vivan en p a z . . . » Arch. de Fontarabie. Traslados de las Ynformaciones en derecho…, fol. 2 v°. — Il nous a été impos- sible de retrouver les procès-verbaux des délibérations successives qui durent avoir lieu a ce moment. Un inventaire sommaire des archives de Fontarabie de 1683 (Compulsas que dimos los très escribanos… ) les mentionne ainsi : Ano 1 5 1 8 . Testimonio de los autos hechos en dicho ano por los comisarios de Espana y Francia sobre el derrocamiento de una casa que los de Endaya intentaron fabricar 0 redificar en la margen del rio Vidasoa. De las comisiones que los respectibos soberanos, de la demanda y querella puesta por los de Endaya y el Procurador de el Sr. Christianissimo Rey de Francia con Fuenterrabia, respuesta de esta ciudad y de las sentencias que dieron los comisarios en discordia ; se han omitido las informaciones por ser muy largas, e t c . . .
3 . — Articles présentés par le syndic au lieutenant du b a i l l i . — A r c h . Nat., ) 867? n° 10.
4. — Cf. La Isla de los Faisanes, VI, par D. SERAPIO DE MLJGICA dans La Frontera
d’Irun, n° du IER septembre 1 9 0 1 .
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— 22 –

Saint Pé, se rendit en cette paroisse, le 7 mars 1519
1 accompagné de son greffier, Me Pierre d’Echegoyen, notaire royal, pour y entendre lire le rapport détaillé des faits incriminés aux sujets du roi Catholique. Le 8, il se transporta sur les bords de la Bidassoa, à la dite île Insura, pour y constater de visu les délits commis et procéder à l’audition d’habitants de Hendaye, cités comme témoins par Michelco d’Arregaray, procureur ou merin d’Urrugne. Puis, l’enquête terminée, le procès-verbal détaillé en fut envoyé au roi.
La question de la Bidassoa fut examinée dans la Conférence interrompue d’ailleurs brusquement par le décès du ministre français — qui eut lieu, à la fin de 1519 , à Montpellier, au sujet du royaume de Navarre
2. La réunion d’une nouvelle commission dut y être décidée, car le 14 juin 1 520 , en vertu, semble-t-il, d’un accord antérieur avec le roi de Castille, François Ier nomma commissaires Jean de Calvimont et François Cadenet, tous deux conseillers au Parlement de Bordeaux, leur enjoignant de se trouver le 15 juillet suivant à la frontière où, par ordre des souverains, les hostilités avaient dû cesser dès le 15 mai précédent.
De son côté, l’Empereur nommait deux commissaires, le corregidor de Guipuzcoa et D. Cristôbal Vasquez de Acuna. Les quatre commissaires devaient, à leur choix, se rendre d’abord, pendant deux mois, dans l’une des deux villes de Bayonne ou de Fontarabie pour y enquêter et délibérer et séjourner ensuite dans la seconde deux autres mois. Le 15 juillet, les deux conseillers au Parlement de Bordeaux se trouvaient à Bayonne, prêts à commencer leur enquête ; mais, suivant un système adopté dès 1510 par les autorités espagnoles, les commissaires de Charles Quint ne se présentèrent pas. Le Ier octobre, Me Martin de Naguile, notaire royal en la ville de Bayonne, vint, de la part des commissaires français, trouver à Fontarabie le licencié Vasquez de
1 . — Arch. Nat., J 867, ti° 10, et Bibl. NatColl. Dupuy, vol. 42, fol. 27 et suiv.
2. — Bibl. Nat., Mél. Mezerai, ms. fr. 2 0 7 7 1 , fol. 223 r° ; Coll. Dupuy, vol. 42,
fol. 43 v°, et Coll. Brienne, vol. 55, fol. 153 v°. Les deux délégués étaient, pour l’Espagne, le sire de Chievres et, pour la France, le sire de Boisy ; ce dernier mourut au cours de la Conférence. Cf. FAVYN, Histoire de Navarre, Paris, 1 6 1 2 , in-fol., p. 704.
3 . — Arch. Nat., j 9 1 6 , nos 24 et 25.
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— 23
Acuna et lui représenter que ces derniers étant las d’attendre et considérant d’autre part que le délai de leur commission allait expirer, Jean de Calvimont s’était, ce jour même, rendu à Hendaye, désireux de l’entretenir immédiatement de cette affaire
2. D. Cristôbal Vasquez de Acuna refusa de traverser le fleuve et le procureur de Naguile, après avoir énergiquement protesté contre la conduite des délégués espagnols, retourna à Hendaye où l’attendait Jean de Calvimont
3. Ainsi échoua cette nouvelle commission que, comme les précédentes, le mauvais vouloir des Espagnols avait rendue impossible.
L’année suivante, la guerre éclata sur la frontière. Vers la fin de septembre 1521 , François 1er, désireux de venger la défaite
4 des troupes qu’une première fois il avait envoyées au secours d’Henri d’Albret, dirigea sur Saint-Jean-de-Luz une armée
1. — Arch. NatJ 9 1 6 , n° 26.
2 — . . . a cause de quoy mesdicts seigneurs de Calvimont et Kadenet considérant
qu’ilz avoient asses longuement actendu lesdicts commissaires dudict Roy Catholicque et aussi que le temps presigné pour vacquer audict affaire estoit presque expiré et dedans le temps restant oii ne pourroit metre fin audict affaire, si ç’estoit mondict seigneur de Calvimont transpourté ce jour d’uy au lieu de Handaye viz a viz la ville de Fontarrabie, la riviere de Bidassoe entre deux, où il estoit encores de present et envoyé lettre missive audict Basques pour lui faire savoir sa venue et par icelle lui prioit qu’il passast ladicte
riviere aux fins qu’il luy demonstrat ce que d e s s u s . . .
— Arch, Nat., J 9 1 6 , n° 26.
3 . — . . . Et le mesme jour, environ une heure après que ledict de Naguille et moy
notaire ensemble lesdicts tesmoings avons eu passé ladicte riviere de Bidassoa et retournez audict bourg et lieu de Handaye où mondict seigneur de Calvimont nous actendoit, acompaigné de monseigneur maistre Jehan de Segure, lieutenant général du Senneschal des Lannes au siege de Bayonne, et de Messire Jehan de le Lande, liccencié fez droictz, chanoyne de l’eglise cathedrale de Bayonne, ou estoient aussi Raymond Duhalde, sergent royal, ensemble Choane Delissalde, johannes de Soppite, Estienne de Lecunboro, Jehannot de Lecunboro et Miguel Darroppe, habitans dudict Handaye, ainpres que ledict de Naguille a relaté audict de Calvimont les remonstrances et protes- tations par lui faictes audict Basques, icelluy, tant par luy que pour ledict seigneur de Kadenet absent a ratiffiées et eues pour agreables et a d’abundans faict telles et semblables protestations et remonstrances que dessus ez presences des dessusdicts et qu’il n’avoit tenu a luy qu’il ne les fist a la personne dudit Basques, car ç’estoit illec transporter expressement pour ce faire, mais ledict Basques n’avoit jamais voulu passer ladicte riviere, jaçoit que par cidevant tous les commissaires depputez par le Roy Catholicque ou ses predecesseurs eussent acoustumé passer icelle riviere pour venir parlamenter la premiere foys aux commissaires depputez par le Roy nostre souverain seigneur, comme de ce il estoit devenu informé et adverty et desdictes protestations, ensemble des autres choses dessusdictes, ledict seigneur de Calvimont requist acte ê.t instrument a moy susdict et audict de Naguille, comme notaire et personne publique, ce par nous leur fut octroyé les an, moys, jour et es presences que dessus. Boyresse, notaire royal ; Denaguile, notaire royal. — lbid.} id.
4- — Bataille de Noain, 30 juin 1 5 2 1 . Cf. BOISSONNADE, Histoire de la réunion de la
Navarre à la Castille, Paris, 1.893, in-8% pages 544 et suiv,
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_ 24 —

commandée par Guillaume Gouffier, sire de Bonnivet, amiral de France et gouverneur de Guyenne.
Après avoir feint de se diriger sur Pampelune, Bonnivet, d’Ascain, dont il avait fait son quartier général, partit vers les premiers jours d’octobre au pas de Béhobie.
Il s’y empara sans grand effort du château de Gazteluzar, dont il confia la garde au capitaine Beaufils ; et, le dimanche 6 octobre, vint mettre le siège devant Fontarabie
1. Le gouverneur de la place était D. Diego de Vera, capitaine qui s’était particulièrement distingué lors des dernières guerres de Navarre. La ville n’était pas prête à soutenir le siège des Français. Les vivres manquaient. Dès le troisième jour, la famine se déclara. Dans ces conditions, la résistance devenait inutile. Déjà, D. Diego parlait de reddition ; mais ce fut une protestation indignée de la part des habitants qui, cependant, après dix jours d’une héroïque défense, vaincus seulement par la famine, durent se rendre à l’ennemi. Le vendredi, 18 octobre, les portes de la ville s’ouvrirent et, devant le front des troupes françaises, les vaillants assiégés défilèrent, tambours battants et drapeaux déployés.
Fontarabie était française. Bonnivet se retira, laissant comme gouverneur Jacques de Daillon, baron du Lude, avec trois mille Gascons.
Les Espagnols, retranchés dans Irun, que commandait un gentilhomme des environs, D. Pedro de Urdanivia, sire d’Aranzate, entreprirent contre les Français une guerre meurtrière d’embuscades et d’escarmouches. La garnison de Fontarabie devint insuffisante. En janvier 1 5 2 2 , quinze cents soldats y arrivèrent, sous la conduite d’un transfuge espagnol — d’origine française, il est vrai, — Juan de Aeza, sire d’Ibarrola.
L’entretien d’un détachement dans le fort de Béhobie, que commandait toujours le capitaine Beaufils, dispersait inutilement les troupes françaises, qu’il devenait plus que jamais nécessaire de concentrer dans Fontarabie que les Espagnols continuaient d’assiéger.
1 . — Cf. BORDENAVE, Histoire de Béarn et de Navarre, édit. P. Raymond, Paris, 1873,
i n – 8 ° , . P . 1 7 e t s u i v . ; G A R I B A Y , op. cit., lib. X X X , cap. V I I , e t M O R E T , Anales del reino
de Navarra, Pamplona, 1684-1715, 5 vol. in-40, lib. XXXVI, cap. IV.
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— 25
Le démantèlement et l’abandon du château de Gazteluzar
fut donc décidé ; par prudence, on décida de ne rien laisser soupçonner de cette entreprise aux Espagnols. Un traître s’en fut malheureusement avertir D. Beltrân de la Cueva, capitaine général de la Province, qui, un jour d’avril, à l’improviste, put facilement s’emparer du fort dont l’artillerie avait déjà été retirée.
Un nouvel alcaide, Ochoa de Asua, y fut laissé avec une petite garnison destinée à repousser le premier choc de l’ennemi qui, certainement, essaierait de reprendre la forteresse.
En effet, le samedi 28 juin 1522, l’avant-garde française,
composée des vaillantes milices labourdines et de troupes mercenaires allemandes, apparut au pas de Béhobie, décidée à passer à gué le fleuve que la marée basse rendait alors moins profond. Mais ce fut aussitôt du haut du château de Gazteluzar une telle canonnade que, devant cette résistance inattendue des Espagnols, les Français se retirèrent sur Biriatou, où jusqu’au soir ils restèrent cantonnés
1. Vers minuit, un fort détachement, emportant avec lui des pièces d’artillerie traversa le fleuve au lieu dit de Aritz-Makur et put, sans être vu de l’ennemi, à travers des sentiers touffus, bordés de haies sauvages, grimper aux rochers escarpés d’Aldabe
2. 2 qui dominaient d’environ cent cinquante mètres le château de Gazteluzar.
Le matin du dimanche 29, les mercenaires allemands s’approchèrent du château en longeant la rive espagnole, tandis que l’artillerie française tonnait des hauteurs d’Aldabe, et tentèrent un premier assaut. La résistance des Espagnols que commandait l’alcaide Ochoa de Asua fut grande et ce premier jour s’acheva sans qu’un seul ennemi eût pu pénétrer dans la place.
Cependant, deux capitaines des milices guipuzcoanes, Juan Perez de Azkue, naturel de Fontarabie, et Miguel de Ambulodi,
1. — G À R I B A Y , op. cit., lib. X X X , cap. X.
2. — Depuis lors Mont St-Martial, en commémoration de cette victoire qui eut lieu
le jour de la saint Martial, 30 juin 1 5 2 2 . Chaque année, depuis 1 5 2 2 , le 30 juin, les
habitants d’irun et de Fontarabie, groupés par compagnies et en armes, y vont en
pèlerinage. Sur cette curieuse fête, cf. l’intéressante brochure de D. SERAPIO DE MÛGICA, Alardc de San Martial en Irûn, Origen y detalles. San Sébastian, 1 9 0 1 , in-8°.
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habitant de Irûn, résolurent de surprendre le gros de l’armée française posté sur la montagne d’Aldabe. Partis dans la nuit du petit bourg d’Oyarzun, où le capitaine général, D. Beltrân de la Cueva, attendait inquiet le résultat de cette téméraire entreprise, ils arrivèrent deux heures avant le lever du jour dans le vallon encaissé appelé Saroya de Aguinaga.
D’un autre côté, sur la route royale d’Irun, le long, du fleuve, un prêtre de Renteria, Mosen Pedro de Irizar, avait été chargé par les deux intrépides soldats de simuler, toute la nuit, l’armée espagnole, en se promenant çà et là, accompagné d’enfants et de femmes portant des torches enflammées. La marche continua à pas de loup, silencieuse et lente, à travers les bruyères et les rocs. Au petit jour, enfin, la troupe, forte de huit cents à mille hommes, arriva devant Aldabe ; l’haleine et le piaffement des chevaux signalèrent sa présence à l’ennemi et l’alerte retentit dans le camp labourdin. Mais, les soldats endormis, surpris de cette attaque soudaine, n’eurent que le temps de fuir devant les fantassins espagnols qui, de tous côtés, surgirent des broussailles.
Le capitaine général, averti du succès de ses troupes, —
succès sur lequel il était cependant bien loin de compter, — s’avança à son tour jusqu’aux hauteurs d’Aldabe où il tint conseil avec les chefs de l’armée pour décider ce qu’il conviendrait de faire à l’égard des Allemands qui, massés dans le château qu’ils avaient, entre temps, pris d’assaut, ignoraient encore la défaite des milices labourdines.
Le capitaine Miguel de Ambulodi résolut de les en faire sortir et, en simulant une retraite, de les attirer à sa suite dans la montagne où les troupes fraîches de D. Beltrân de la Cueva les mettraient aisément en déroute. Les Allemands furent entraînés par leur bravoure même dans le piège que leur tendait l’ennemi et quand, après avoir vaillamment poursuivi les fuyards espagnols, ils parvinrent au sommet de la montagne, ce fut pour y être traîtreusement massacrés par le gros de l’armée espagnole, jusque là dissimulé sur l’autre versant.
Cependant le siège de Fontarabie continuait et le baron du
— 27 —
Lude se déclarait impuissant à supporter plus longtemps les attaques des bandes espagnoles. Le maréchal de Châtillon, Gaspard de Coligny, fut envoyé pour ravitailler la place ; il mourut, en route, à Dax, et fut aussitôt remplacé par Jacques de Ghabannes, seigneur de la Palice, qui prit le commandement de la nouvelle armée et se dirigea sur Hendaye, tandis que les vivres arrivaient par mer à Fontarabie. A l’approche des troupes françaises, les pillards espagnols s’éloignèrent et la nouvelle garnison put facilement pénétrer dans la place. Un nouveau gouverneur y fut nommé, le capitaine Franget.
Au début de décembre, une armée espagnole traversa le pas de Béhobie, sous la conduite de D. Inigo Fernandez de Velasco, connétable de Castille, et du prince d’Orange, se dirigeant sur Sauveterre-de-Béarn, qui se rendit seulement après plus de deux mois de siège. Puis les troupes espagnoles ravagèrent les campagnes du Labourd, aux alentours de Bayonne, que le connétable n’osa pas attaquer, et vinrent enfin mettre le siège devant Fontarabie.
La place, mal défendue par Franget et trahie par l’un des capitaines navarrais, D. Pedro Navarra, dut se rendre à l’ennemi. Le 24 mars 1524 , Fontarabie, depuis plus de deux ans française, redevint espagnole.
1. La guerre cessa ainsi sur la frontière, mais, de nouveau, les querelles n’en éclatèrent que plus violentes entre les habitants de Hendaye et de Fontarabie.
Le 11 avril 1527 , Charles Quint dépêcha de Valladolid à ses sujets de Fontarabie l’ordre de continuer à exécuter la sentence provisionnelle d’avril 1510
2 . C’était, en se refusant ainsi définitivement à toute transaction, à toute modification d’un jugement qui blessait les Français dans leurs droits intentionnellement méconnus, provoquer de nouvelles et cruelles représailles sur la Bidassoa. Nous passerons sous silence ces querelles parfois sanglantes, tristement renouvelées de celles dont nous avons parlé antérieurement. Leur énumération, d’ailleurs inutile, ne saurait être que fastidieuse.
1. — GARIBAY, Op. cit., lib. XXX, cap. XI, et DE SAYAS, Anales de Aragon, Madrid,
[1665], in-fol., cap. 45.
2. •— Arcb. de Foniarabie. Relacion de los papeles que esta M. N. y L. v i l l a . . .
çmbia a S. M… 1 6 1 9 .
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— 28 –
Le fleuve était alors — comme encore aujourd’hui — fort poissonneux. Les poissons de toutes sortes y abondaient et, tout particulièrement, le saumon. La pêche, autant que le commerce, assurait la grande prospérité de Fontarabie, qui, dans la vallée, au pas de Santiago, possédait une nasse en travers du fleuve. A cet endroit, sur l’extrême rive française, se dressait un petit couvent, très ancien ermitage transformé dans la suite en établissement hospitalier — à quelle époque, il serait difficile de le dire, à la fin du XVIe siècle très vraisemblablement — et qui, de bonne heure, servit de refuge aux pèlerins alors nombreux qui passaient de France en Espagne pour se rendre à Saint-Jacques de Compostelle
1. Le prieur possédait une nasse. Plus loin, vers le pas de Béhobie, se trouvait celle des seigneurs d’Urtubie.
Il n’y avait rien là qui fût contraire à la sentence de 1510
Cependant, indépendamment des rixes, des bagarres et des abordages qui, chaque jour, se produisaient dans la baie entre bateliers, les différends éclatèrent bientôt de ce côté-là du fleuve, entre Santiago, Irun et Béhobie.
La nasse de Fontarabie, placée en aval des deux autres, empêchait de rien prendre dans ces dernières, le poisson allant fatalement s’engager dans les premiers filets qu’il rencontrait en remontant le fleuve. En 1531 2 , les gens de Hendaye, las de réclamer vainement que Fontarabie voulût bien, au moins, ne pas étendre sa nasse dans toute la largeur du fleuve, la déplacèrent une nuit par surprise et la mirent derrière celle du prieur.
Ce fut, d’ailleurs, une manœuvre inutile ; quelques coups furent échangés, mais la nasse n’en fut pas moins replacée quelques jours plus tard en son premier endroit. L’année suivante
3, le sire d’Urtubie, alors bailli de Labourd, en fit établir une autre, en aval de celle de Fontarabie ; des rixes éclatèrent et, finalement, Fontarabie détruisit les filets, de son perpétuel ennemi. En 1538, autre attaque, plus sérieuse
1 . — Cf. C. DAUX, Le Pèlerinage à Compostellej Paris, 1898, ÏN-8°, p. 1 7 3 . L’hôpital, contrairement à ce que dit l’auteur, dut être construit bien avant 1 6 2 3 .
2. — Archives municipales d’Irun, Secciôn C, negociado 5, serie 1 , libro 28, expe-
diente 1 .
3- — Ibidid.
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— 29 —
cette fois. Par ordre du roi, le capitaine général de Guipuzcoa vint bombarder un moulin que le sire d’Urtubie avait établi sur le fleuve, ne faisant ainsi qu’user du droit que la sentence de 1510 reconnaissait également aux Français et aux Espagnols
1. Et ce fut ainsi durant trente ans ; ce fut, sans que ni l’un ni l’autre des pouvoirs royaux s’émût autrement de luttes le plus souvent sanglantes, de perpétuelles querelles, de continuelles violations des règlements de 15 1 0 , bien faits, d’ailleurs, pour faciliter la mauvaise foi, de la part d’ennemis acharnés et déloyaux
2.
En 1567 , le premier jour d’octobre, Philippe II manda à D. Juan de Acuna, capitaine général de Guipuzcoa, de réprimer sévèrement toute nouvelle entreprise des Français contre les droits de sa couronne
3. Cette attitude énergique dut quelque peu effrayer les habitants de Hendaye qui, le 2 janvier 1568 , s’excusèrent par lettres officielles, d’un ton très humble, de ce que certains de leurs compatriotes avaient tiré des coups d’arquebuse sur le lonjero
4 de Fontarabie
5. Puis, la paix se fit, quelque temps, sur les rives de la Bidassoa. L’absence de documents nous le laisse fortement supposer, encore qu’il soit assez singulier que, sans l’intervention d’aucun pouvoir supérieur, sans la promulgation d’aucune nouvelle sentence, une trêve se soit ainsi conclue entre d’aussi implacables ennemis. Peut-être ces luttes continuelles avaient-elles à ce point affaibli
1 . — Archives municipales d’irùn, Seccion C, negociado 5 , serie 1, libro 28, expe- diente 1 .
2. — Nous passons intentionnellement sous silence l’attaque du Labourd et la prise
de S t – j e a n – d e – L u z à la fin de juillet 1 5 6 8 par D. Diego de Carvajal, capitaine général de Fontarabie. De même nous ne parlons pas de l’échec d’Antoine de Bourbon dans son entreprise contre Fontarabie, l’année suivante. Ce serait nous écarter de notre
sujet.. Cf. d’ailleurs DE RUBLE, Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albrei, Paris, 1 8 8 1 – 1 8 8 6 ,
4voI.in-8° t . 1 , cap. V , pp. 267 et suiv., et j . PANDIN DE LUSSAUDIÈRE, Charles de Concis,
seigneur de Burie… (1491-1565), dans Positions des Thèses de l’Ecole des Chartes, Mâcon,
1904, in-8°, page 1 1 4 . Notons enfin qu’en 1 5 6 5 , lors du voyage à la frontière du roi de France Charles IX, des délégués de Hendaye vinrent lui présenter une requête contre les
gens de Fontarabie. Cf. Mémoire de 1 5 8 1 , Bibl. NatColl. Dupuy, vol. 42, fol. 43 v°.
3. — Arch. de Fontarabie. — Relaciôn de los papeles que esta M. N. y L. villa
embia à S . M… 1 6 1 9 .
4. — Officier de la douane ou lonja de Fontarabie.
5. — Arch, de Fontarabie. — Lettre originale.

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-30 –
le petit bourg d’Hendaye qu’il lui fût devenu impossible de revendiquer ses droits.
En mai 1574, quelques troubles recommencèrent.
L’Université (1) d’Irûn, placée sous la juridiction de Fontarabie, tenta de posséder également une nasse saumonière, dans la Bidassoa, au pas de Santiago.
Le sire d’Urtubie et la commune d’Urrugne protestèrent (2 ) , ce à quoi les habitants d’Irun répondirent courtoisement qu’il leur était impossible de tenir aucun compte des observations des sujets du roi Très Chrétien, la Bidassoa appartenant tout entière au roi de Castille (3). Fontarabie, qui pensait que le fleuve lui appartenait bien plutôt qu’au roi Catholique, trancha le différend en obtenant du corregidor la démolition de la nasse d’Irûn (4).
On eût dit que Fontarabie se lassait de vivre en paix et qu’elle avait entrepris de ruiner complètement sa rivale française, Hendaye vivait en assez bonne intelligence avec elle depuis plus de dix ans, quand les attaques et les provocations des Espagnols lui firent reprendre les armes. En juin 1577, sans que rien eût pu faire prévoir cette traîtrise, une barque labourdine, chargée de blé, fut saisie sur la Bidassoa et conduite à Fontarabie.
Le sire d’Urtubie, comme à l’ordinaire, protesta , mais il ne lui fut rien répondu. L’année suivante, en janvier, les alcaldes ordinaires de Fontarabie s’approchèrent, la baguette haute, de la rive française ; c’était une provocation, ce fut aussi le signal de la vengeance. Avant que les magistrats et leur suite eussent pu s’enfuir, les Hendayais se mettaient à leur poursuite, les dépouillaient de leurs insignes, et renvoyaient les deux alcaldes en fort piteux état. Le scandale fut grand dans la ville espagnole. Le vice-roi de Navarre, capitaine général de Guipuzcoa, D. Sancho
1 . — Nous traduisons ainsi le mot universidad par lequel on désigne à cette époque la communauté de Irun-Uranzu.
2. — Arch. de Fontarabie. — Lettre originale, 30 mai 1 5 7 4 .
3 . — Ibid. Lettre originale, 5 juin 1 5 7 4 .
4. — Arch. d’Irûn, C, neg. serie ï3 iib. 28, exp. 4.
5 . — Arch.-de Fontarabie. Lettre originale, 5 juin 1 5 7 7 .
6. — Bibl. NatColl. Dupuy, vol. 42, fol. 44 r°, et Coll. Brienne, vol. 5 5 , fol. 154
r° et v°, et Arch. de Fontarabie. Mémorial de Fuenterravia con el motivo de hechar redes los Franceses en el rio de Vidasoa y haver quebrado las baras â îos alcaides en una gavarra en la orilla de Endaya, el ano de 1578.
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—31–
Martinez de Leiva, fut averti ; il dépêcha à Fontarabie deux envoyés spéciaux, D. Gonzalo de Torrijos et D. Martin de Hiribarren1, pour enquêter sur les faits, cependant qu’il écrivait au gouverneur de Bayonne pour protester contre de tels agissements. Le 26 mars, ce dernier répondit au vice-roi de Navarre que la sentence d’avril 1510 n’avait pas parlé de alcaldes avaient provoqué l’attaque des Hendayais
2. Forts de cet appui, les Labourdins redoublèrent d’audace ; ce fut une longue suite d’escarmouches et d’abordages
3, et cela, pendant plus de deux ans. La lutte s’étendit même au delà de la baie du Figuier, puisque, le 27 mai 1580, le baile de Ciboure, Johannis d’Oyarsabal, écrivait aux alcaldes de Fontarabie qu’il regrettait la saisie faite par ses concitoyens de plusieurs gabarres espagnoles
4. Les rois avaient été avertis de ces graves incidents. Dès mars 1578, sur l’ordre du vice-roi, Fontarabie avait expédié à Pampelune un volumineux dossier des documents établissant ses droits ; Philippe II en avait confié l’examen au Conseil Royal de Navarre
5. De son côté, Henri II avait, par lettres du 8 juillet 1579, envoyé à Bayonne deux commissaires, chargés également de définir les droits du royaume de France
6. Toutefois, rien ne fut changé à l’ancien état de choses ; aucune commission ne se réunit ; elle n’eût, d’ailleurs, guère produit d’effet ; Espa- gnols et Français, persuadés une fois de plus de la légitimité de leurs droits, continuèrent à se quereller. En 1593, le roi de Castille écrivit aux magistrats de Fontarabie pour leur témoigner la satisfaction qu’il éprouvait à les voir si opiniâtrement défendre les droits de la Couronne d’Espagne et leur recommander de juridiction
1 . — Arch. de Fontarabie. — Testimonio dado por Lazaro de O r o n o z . . . i66j$.
2. — Ibid.j id.
— Dès mars 1 5 7 8 , les Hendayais défendirent toute pêche aux Espagnols, en
établissant, en travers du fleuve, un immense filet qui, placé en aval de la nasse de Fontarabie, la rendait absolument inutile. — Cf. Arch. de Fontarabie. Lettre de Fonta- rabie au vice-roi de Navarre, non datée.
4. — Arch. de Fontarabie. — Lettre originale.
5. — Arch. de Fontarabie. — Compulsas que dimos los très escribanos… 1 6 8 3 .
6. — Bibl. Nat.j Coll. Dupuy, voL 42, fol. 41 et suiv., et Coll. Brienne, vol. 5 5 ,
fol. 150 et suiv.
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— 32 —
suivre à ce sujet les prescriptions du vice-roi Le 6 mars 1599, Philippe III renouvelait à D. Juan de Cardona, vice-roi de Navarre, l’ordre de ne rien tolérer de la part des Français qui pût nuire aux droits du royaume . Le 15 du même mois, à son tour, le gouverneur de Bayonne, Michel de Marillac, devant les plaintes journalières des Labourdins, écrivait au roi que la situation devenait intolérable et qu’il fallait absolument mettre fin, par quelque moyen, à ces interminables et dangereuses querelles
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CHAPITRE TROISIÈME
XVII me Siècle.

Rien ne fut décidé par Henri IV pour protéger ses sujets contre les attaques de plus en plus hardies des Espagnols.
Encouragés par leur souverain, les gens de Fontarabie ne se contentèrent point de maltraiter dans la baie les habitants de Hendaye et d’Urrugne ; ils allèrent, au large de la côte basque, piller et capturer les gabarres des pauvres pêcheurs de Socoa, de Bidart, de Guetary et de Biarritz, malheureuses gens sans défense qui, loin de tenter une résistance inutile, implorèrent maintes fois la clémence de leurs intraitables voisin
4 En 1609, une enquête fut faite, cependant, par les soins du premier président du Parlement de Bordeaux, Jean Despagnet
5 ; mais il semble bien qu’elle n’aboutit à rien ; la même année d’ailleurs, les Hendayais, eux- mêmes, désireux de ne point exciter davantage la colère de la ville rivale retirèrent de la tour de Munjunito l’artillerie qu’ils y entretenaient à leurs frais

1. — Arch. de Fontarabie. — Compulsas que dimos los très escribanos…. 1 6 8 3 .
2. — Arch. de Fontarabie. — Relacion de los papeles que esta M. N. y L. V i l l a . . .
embia à S. le lieutenant . . . 1 6 1 9 .
3. — Bibl. Nat.j Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 3 r° et v°.
4. — Cf. Lettre originale adressée aux alcaldes ordinaires par la commune de
Biarritz, le 4 février 1603. Arch. de Fontarabie.
5. — Cf. interrogatoire des témoins et procès-verbal de l’enquête. Bibl. nat. Coll.
Dupuy, vol. 42, fol. 53 et suiv. et Affaires Étrangères, Correspondance politique, Espagne, tome 12, fol. 2 1 4 et suiv.
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— 33 —
1. Les Espagnols n’en continuèrent pas moins leurs vexations à l’égard des riverains français de la Bidassoa
2. Le 17 janvier 1617, D. Juan Sanz de Aldumbe, prévôt exécuteur de Fontarabie, poursuivait sur la Bidassoa un meurtrier espagnol qui cherchait à gagner Hendaye ; arrivé à cinq ou six mètres de la rive française, il allait atteindre le fugitif, quand il fut attaqué par des gens de Hendaye et fait prisonnier avec son escorte ; sa barque fut brûlée sur la place publique.
1. — Arch. de Fontarabie. Compulsas que dimos los très escribanos. 1683.
2. — En mars 1612 , les alcaldes de Fontarabie défendent à Harostegui, prieur de Santiago, de mettre à l’eau une barque à quille dont il voulait se servir pour la pêche. Arch. de Fontarabie, lettres originales des alcaldes et du prieur. Au mois d’août de la même année, un habitant de Saint-Jean-de-Luz, Michel de Amezaga, obtient de Fontarabie la permission de remorquer sur la Bidassoa du bois qu’il allait chercher en Navarre, à condition de le décharger à la douane de Fontarabie et de payer, en outre, pour six années un droit fixe de six ducats d’argent. Ibid.
3. — Cf. Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 25 janvier 1617. Cf. également la
lettre écrite au comte de Gramont, gouverneur de Bayonne, par son secrétaire.
« Le jour de dimanche dernier passé, ung homme espagnol natif d’une paroisse proche de Thoulousette en Espagne et quy estoit alcalde de sa mesme parroisse ayant eu quelque dissension avec un sien voisin, il seroit arrivé que par malheur il l’aurait tué et pour esviter la rigueur de la justice auroit pris la routte vers le royaume de France et passé a Fontarrabie ledict jour de dimanche avec un sien cousin ; et estant proche de ladicte ville et craignant que, s’il s’enfermoit dans la ville, d’estre apprehendé par la justice, il auroict prié son cousin de passer dans la ville et de faire arrester un batteau pour passer à Hendaye ; son cousin estant à la porte de Fontarrabie du costé de France auroit esté saisy par la justice croyant que ce fut le meurtrier, mais se voyant deceus, ils l’auroient lâché et se venant joindre avec son cousin luy auroit dict : l’on vous guette, sy vous ne vous sauvez, vous estes pendu ; ce qu’ayant entendu, il seroict sauté dans un batteau ou chalupe dans lequel il y avoict deux garçons, ausquels il auroict promis une bonne recompense s’ils le vouloient passer promptement ; ce qu’ils se mirent en devoir de faire, a son cousin et a luy, et comme ils prenoient leur routte vers Hendaye, les officiers de la justice les apperceurent et commandèrent aux batteliers espagnols d’aborder, ce qu’ils firent de crainte de la justice, ce que voyant le meurtrier et se voyant en un sy éminent danger, il seroit sauté dans l’eaùe et se seroict jetté avec sondict cousin dans un autre batteau de Hendaye quy avoict deschargé du fer et, estant dedans, il avoict prié le battelier qui est de Hendaye de le passer promptement, le menaçant l’espée nue a la main, s’il ne le faisoict, de Le tuer ; le battelier ayant pris son chemin vers Hendaye, l’alcade de Fontarrabie avec deux officiers et soldatz, en nombre de sept, l’alcalde ayant tousjours la barre a la main, quy est la marque de la justice d’Espagne, se seroict mis dans une chalupe et poursuivy l’autre batteau, arresté, et comme la chalupe l’eut quasi attrapé comme allant plus viste que ceulx du costé de France a cause de la quille qu’ils portoient a leur batteau — ce que les Espagnols ne veulent souffrir par tyrannie aux Françoys et sur cette riviere — le meurtrier se jetta dans l’eaùe et se mist a courir sur une arenne quy est au milieu de la riviere gaignant tousjours vers Hendaye, la riviere allant en serpentant. Les Espagnols a coups de rames gaignant tousjours le devant se seroient engagés sy avant dans cette poursuitte qu’ils ne consideroient que de prendre

— 34 —

Une seconde troupe armée, aussitôt envoyée de Fontarabie, dut s’enfuir devant l’attitude menaçante des Hendayais.
Le lendemain, 18 janvier, au matin, le Conseil Communal de Fontarabie se réunit en assemblée extraordinaire et décida que toute embarcation française rencontrée dans la baie serait immédiatement saisie et brûlée. Le roi et le duc de Ciudad Real
1 furent, en outre, avertis
2. Le soir même, trois navires de Hendaye qui se trouvaient dans la baie, prêts à partir pour Terre-Neuve et la Norvège, furent capturés par les Espagnols
3. Le 22 janvier, le gouverneur de Bayonne, comte de Gramont, envoya l’ordre à Pierre de Chibau, lieutenant général par autorité royale du pays et baillage de Labourd, de se rendre à Hendaye pour y enquêter sur ces graves événement
4.
Le 25, dans la matinée, le lieutenant arrivait à Hendaye et descendait à l’hôtellerie dite de Lecumburu
5. Le procureur de Hendaye avait déjà procédé à une enquête sommaire ; le lieutetenant se contenta, dans la journée, d’interroger quelques témoins
leu prisonnie et neanmoings, ilz n le peuren jamais apprehender qu’a quatre
1. Don

Alonso Idiaquez,e duc detCiudad Real, vice-roi deo Navarre et capitaine
cinq pas d terre du costé de France, comme il passoit l’eaue ou il y en avoict jusques généralede Guipûzcoa.
au genouil ou un peu plus haut. Ceux d’Espaigne tenant tousjours la barre en main prirent le meurtrier par les jambes et sy tenant la teste dans l’eaue le faisoient noyer. Aucuns habitans de Hendaye entendant ceste rumeur et voyant l’entreprise temeraire des Espaignolz d’outrepasser les limittes, jaloux de la liberté des François et de la con- servation de la marque de souveraineté de leur Roy, se seroient mis en devoir de chasser les Espagnols et retirer le pauvre homme d’entre leurs mains, ce qu’ils firent non sans contestation et coups. Les Espaignols tenant la barre a la main, elle fut prise par un François après avoir, mis en liberté l’homme quy se noyoict et prirent prisonniers tant l’alcalde que les autres quy estoient dans le batteau, qu’ils retiennent encores, attendant ce qu’il vous plaira, Monseigneur, d’en ordonner ; et le batteau, ils le firent porter en toute diligence sur la place de Hendaye et le firent brusler a la veue de ceux de Fontarrabie qui envoyerent incontinent une autre chaluppe équipée en guerre avec un autre alcalde dedans portant la mesme marque en la main et vindrent aborder la terre de Hendaye, ce que voyant les habitans se mirent a les poursuivre et les autres a prendre leur fuitte vers Fontarrabie…

» Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne. Tome 42, fol. 347 et suiv.
Coll. Dupuy vol. 42 habitanr°.
2.—Arch.deFontarabie.—Librodeactas,25janvier1617.3.— Lettre
originale de deux armateurs, Johannis de Harism d’Aragorry «, marinier,s fol. 47 s de la paroisse de Handaye » au roi de France. Bibl. Nat.

4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 42, fol. 347 et suiv.
5. — Ibid., Id., fol. 356 et suiv.
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35-
nant se contenta, dans la journée, d’interroger quelques témoins
1 ;
le soir même, il retourna à Ustaritz, lieu de sa résidence, où le 30 suivant, le procureur vint le trouver, accompagné de deux marchands de Bayonne, Pierre de Saint-Jean et Michau Corrigoyen, qui tenaient à déposer sur l’attentat du 17 dont ils avaient été témoins . 2
Cependant, le duc de Ciudad Real félicitait officiellement Fontarabie de sa conduite, tout en lui conseillant de ne pas aller plus loin dans une entreprise qui, selon lui, pouvait devenir dangereuse 3.
L’enquête, en effet, continuait en France ; le 4 février, le
lieutenant revint à Hendaye ; le lendemain, il y interrogea les habitants de Fontarabie faits prisonniers le 17 janvier4 et les fit incarcérer à Bayonne5.
Les Hendayais, forts de l’appui qu’ils trouvaient enfin dans
l’autorité royale, ne se firent pas faute de faire valoir leur triomphe sur les Espagnols et, comme souvenir de leur victoire, ils placèrent un mât à l’endroit même où s’étaient passés les événements du 17 janvier. C’était une provocation — en vérité peu méchante. Les habitants de Fontarabie ne surent pas néanmoins la supporter et, désireux d’amener le capitaine général à lever la défense qu’il leur avait précédemment faite de ne point répondre aux attaques des Français, ils lui écrivirent.
Le duc de Ciudad Real leur donna l’ordre d’aller enlever le mât ; en même temps, il recommandait à l’alcalde D. Antonio de Casadevante de se rendre à Pasajes pour y saisir toutes les barques françaises qu’il y rencontrerait, y compris les trois vaisseaux
1. — Les noms de quelques-uns de ces témoins nous ont été conservés ; c’étaient
Joannes Duritzague, alcalde de Vidania, dont l’arrestation avait motivé l’attentat du
17 janvier, Petry de Gaztambide, batelier de Hendaye, qui l’avait transporté sur la rive française, Michel et Pierre de Harismendy, Estibery de Haranchipi, Bertrand Daguerre, Joannis de Lagarralde, Petry de Bassussary, tous bateliers à Hendaye. Cf. interrogatoires. Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 42, f. 359 v°, f. 360 et suiv.
2. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 42, fol. 358 r°,
folio 369 v°, fol. 370 et suivants.
3 . — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, Ier février 1 6 1 7 .
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 42, fol. 358 v° et
fol. 359
5. — Arch. àe Fontarabie. — Libro de actas. 15 février 1 6 1 7 .

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capturés dès le 18 janvier et qu’on avait, depuis, remisés dans ce port1.
Dans la nuit du 18 au 19 février, après une assez longue délibération-du Conseil, l’alcalde D. Miguel Perez de Ambulodi réunit tous les habitants de la ville possédant une arme à feu. Le majordome de l’artillerie fournit une barrique de poudre, des balles et trente mousquets. Dix chaloupes et une vieille pinasse furent mises à l’eau. Cent cinquante hommes armés y prirent place et se dirigèrent sur Hendaye. A l’aube, ils enlevèrent le mât. Puis, pendant près d’une heure, ils provoquèrent les Hendayais qui, cette fois, restèrent impassibles. A la fin, irrités, les Espagnols brûlèrent le mât et regagnèrent Fontarabie, en injuriant les Français 2.
Le surlendemain, 21 février, D. Antonio de Casadevante se rendit à Pasajes pour y exécuter les ordres du capitaine général 3.
Le 11 mars, arriva à Fontarabie un délégué de la Députation Provinciale de Guipuzcoa, D. Antonio de Olardial, porteur de tout un dossier de lettres échangées entre la province et le vice- roi.
Le vice-roi avait indirectement appris l’intention qu’avait le gouverneur de Bayonne de placer à l’entrée du port de Pasajes un navire de guerre et d’envoyer de St-Jean-de-Luz trois cents hommes armés pour s’emparer des vaisseaux français saisis par les Espagnols. Dans ses lettres, le vice-roi exprimait le vœu que Fontarabie n’hésitât point à résister à ces entreprises, d’autant moins que le roi, averti de ces divers événements, prendrait lui aussi l’offensive, s’il le fallait 4.
Ce n’était là, en vérité, que de faux bruits, destinés à exciter les esprits. Jamais, semble-t-il, il n’était venu à l’idée du comte de Gramont d’engager ainsi une véritable guerre avec les Guipuzcoans
1. — « . . . embargue todas las vêlas y aparejos que hubiere de los très navios Joannis de Oiragorri y Joannes de Olaso, como vecinos y cargohabientes que eran lugar de Endaya y que asi mismo se prendan a todos los vecinos de Endaya que encuentran en esta jurisdiccion. . . » — Arcb. de Fontarabie. Libro de actas, 22 vrier 1 6 1 7 .
2. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 22 février 1 6 1 7 ,
3 . — Ibid., id.
4. — ‘ I b i d . , id.; 12 mars 1 6 1 7 .
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sans l’ordre de son souverain. Au contraire, un mois plus tard, le gouverneur de Bayonne offrit lui-même au vice-roi d’échanger les prisonniers faits à Hendaye et à Pasajes. Cette idée fut, d’ailleurs, agréée par les Espagnols, mais les conditions dans lesquelles se ferait l’échange furent l’objet de longues dis- cussions.
Enfin, deux délégués furent nommés, pour Fontarabie, Gabriel Abadia, pour Hendaye, le capitaine Haramboure, qui devaient régler ce nouveau différend 1.
Il fut décidé que les Espagnols iraient chercher leurs prisonniers à Hendaye, pendant que les Français se rendraient à Fontarabie pour chercher les leurs.
Le 2 mai, l’échange devait avoir lieu; mais, tandis que, confiants dans la bonne foi de leurs voisins, les Hendayais partaient sur une petite barque et sans armes, comme cela avait été convenu, les Ondarabiarres envoyèrent à Hendaye une chaloupe montée par quatorze matelots armés. Le capitaine Haramboure, néanmoins, remit les prisonniers et les Espagnols s’éloignaient déjà, quand les Hendayais n’apercevant point les leurs et se voyant une fois de plus dupés, se précipitèrent sur eux et les ramenèrent au port. Aussitôt, de Fontarabie, le canon fut tiré sur Hendaye. La lutte recommençait 2.
Le lendemain, le comte de Gramont fut averti. Le 5, sur son ordre, le lieutenant Pierre de Chibau et M. de Sansac, lieutenant
1. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 2 mai 1 6 1 7 .
2. — Cf. interrogatoire d’un habitant de Subernoa, Marticot d’Ascona, par le lieute-
nant Pierre de Chibau : « . . .que ledict depposant se trouva audict lieu de Hendaye le second jour du présent mois de may et qu’il avoict veu comme lesdictz habitans de Hendaye envoyerent une tillolle du costé de Fontarrabie avec un tillolier et un prestre nommé Arragorry pour recevoir et amener leurs prisonniers, mais que les Espaignols envoyerent à la pleyne marée audict lieu de Hendaye une chaluppe équipée de quatorze hommes contrevenant à leur accord et que ledict depposant avoit veu comme le cappi- taine Haramboure congédia les prisonniers espaignolz, leur promettant de passer vers Fontarrabie, quand ils voudroient, et incontinant après reçeu le congé dudict capitaine de Haramboure que lesdicts prisonniers espagnols entrerent dans ladicte chaluppe et de haste que ladicte chaluppe espagnole partoit du rivage de la riviere tellement qu’aucuns habitants dudict Hendaye ayant remontré ausdicts Espagnols que les prisonniers dudict Hendaye ne paroissoient pas du costé de Fontarrabie et qu’ils eussent patience jusques a ce que les prisonniers paroissent, alors que lesdicts Espaignolz respondirent : « Messieurs, vos prisonniers vienderont demain ». Et cependant que ladicte chaluppe espagnolle com-
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du gouverneur de Bayonne, arrivèrent à St-Jean-de-Luz 1. Le 6, ils se rendirent à Hendaye ; ils y constatèrent, de visu, les dégâts commis par les Espagnols ; ils virent notamment que l’église avait été fort endommagée ; puis ils procédèrent à l’interrogatoire de quelques habitants 2.
De son côté, le vice-roi de Navarre écrivit à l’alcalde de fournir aux habitants de Fontarabie toutes les troupes nécessaires à la défense de leurs droits 3. Toutefois, il ajoutait qu’il était préférable d’attendre que les Français vinssent les premiers en Espagne pour entamer la lutte 4 et craignant peut-être que les souverains ne vinssent a se préoccuper de l’agitation qui, perpétuellement, régnait sur la frontière de leurs royaumes, il conseillait de faire en sorte que ces différends n’apparussent point « como diferencias entre los reyes, sino como diferencias entre los de Fuenterrabia y Endaya ».
Entre temps, la Province avait également député deux envoyés spéciaux, Juan Martinez de Burguia et Cristôbal de Eguzquiza, pour s’informer des événements 5.

1. — dAffaires étrangères.s Correspondancee politique.dans l’eau et } t. 42, fol. 372 et suiv. Espagne
mença e partir, mais que quelque hommes dudict Henday se jetterent
entrerent dans ladicte chaluppe espagnolle et dans icelle qu’ils trouvarent trois barres qu’ilz mirent en pieces a cause de leur contrevention et s’estant saisis de ladicte cha- luppe et de unze Espagnols qu’ils les amenerent a terre avec leur chaluppe, et en mesme temps que le canon de Fontarrabie commença de jouer contre lesdictz habitans de Hendaye et contre leur esglize et maisons et qu’il y eust dix coups de canon tirez dudict Fontarrabie, l’un desquels ayant frappé bien près du clocher quy est, un peu de mu- raille fut brisée et emportée de ladicte esglize et que ledict déposant a veu entre les mains des juratz de Hendaye sept grandes balles de canon qu’ils avoient trouvé de ceux quy leur furent tirez le second jour du mois de may ; en outre, le depposant dict que sept prisonniers Espaignolz que ledict capitaine Haramboure avoict congédiés les six sont aujourd’huy à Fontarrabie s’estans eschappez lors desdictz coups de canon, mais que lesdictz Espaignolz n’ont pas congédié ny délivré aulcun prisonnier dudict lieu de Hendaye, au contraire de leur costé qu’ils retiennent outre les premiers audict prestre Arragorry et au tillollier qui estoient allez à Fontarrabie pour recevoir et ramener lesdictz prisonniers… » — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 42, fol. 374 v° à fol. 376 r°.

2. — Ib’td., id., fol. 374 et suivants. Voici les noms des témoins entendus : Marticot d’Ascona, Adam de Goyague et Martin Dibildots, tous trois habitants du hameau de Subernoa.
3 . — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 11 mai 1 6 1 7 .
4. — « . . . Advierta V. Md. sobre todo en no pisar tierra de Francia, mientras los
Franceses no tocaren en la nuestra, pero vuelvo à decir que en quanto inunda el Rio Vidasoa no se les sufra nada. . . » — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas; 16 mai 1 6 1 7 .
5. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 11 mai 1 6 1 7 .
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Le 13 mai, le vice-roi envoyait de nouveau au Conseil communal
de Fontarabie l’ordre de se tenir prêt à toute éventualité, les habitants de Hendaye et de St-Jean-de-Luz ayant décidé, disait-il, de s’emparer à l’improviste du port de Pasajes, où se trouvaient encore les vaisseaux français récemment capturés
1. Toujours est-il que l’enquête se poursuivait assez activement de ce côté-ci du fleuve et qu’au moins en apparence le gouvernement français semblait cette fois peu disposé a supporter plus longtemps l’attitude provoquante, des Espagnols. Le 17 mai, Pierre de Chibau revint à Hendaye pour y interroger à nouveau quelques habitants 2.
Puis, le silence se fit durant quelques jours tant dans le monde des enquêteurs que dans celui des bateliers.
Cependant, le 2 juin, le vice-roi qui, décidément, ne semblait
pas vouloir laisser perdre cette occasion de témoigner de son zèle à défendre les droits de son souverain, renouvela à Fontarabie l’ordre de ne rien tolérer de la part des Labourdins qui portât atteinte aux intérêts de la couronne d’Espagne. Le même jour 3, il est vrai, les Hendayais reprenaient l’offensive ; deux prêtres de Fontarabie, dont l’un, D. Martin de Laborda, de l’illustre famille guipuzcoane de même nom, étaient à pêcher paisiblement au pas de Béhobie, quand ils furent soudainement attaqués à coups d’arquebuse et n’eurent que le temps de s’enfuir à Irûn en toute hâte 4.
Les prisonniers espagnols ramenés le 2 mai au port de Hendaye, alors qu’ils naviguaient déjà triomphants vers Fontarabie, avaient été de nouveau conduits à Bayonne et jetés au cachot, comme otages.
Cette mesure, en vérité, empêchait les Guipuzcoans de se
1. — Arch. de Fontarabie, id., 15 mai 1 6 1 7 .
2. — C’étaient Martin d’Aquereste, Pellen du Rosty, mariniers à Hendaye, Jean de Harostegui, prêtre de la paroisse, Joannes de Picassary, cordonnier, et sa femme Jeanne Desaris, Johannes d’Aragorri et Johannes de Harismendy, dit Olhasso, marchands à Hendaye, armateurs des navires saisis par les Espagnols le 18 janvier 1 6 1 7 . Cf. leur i n t e r r o g a t o i r e . — A f f a i r e s étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 42, fol. 578 et suiv.
3 . — Arch. «de Fontarabie, même date. — Libro de actas, 2 juin 1 6 1 7 .
4. — Ibid.} id.

— 40 —
livrer à de trop grandes violences contre les Labourdins ; aussi
leur désir était-il grand de voir d’une manière ou d’une autre leurs malheureux compatriotes rentrer à Fontarabie. Ils dépêchèrent auprès du vice-roi deux notables conseillers de la ville, D. Miguel de Casadevante et le capitaine D. Miguel Sanz de Venesa, pour le prier d’intercéder à ce sujet auprès du comte de Gramont
1. Le vice-roi écrivit maintes fois à l’ambassadeur d’Espagne à Paris, mais sans qu’aucune amélioration fût apportée au sort des prisonniers et qu’il fût jamais question de les délivrer.
Cependant, les Hendayais avaient replacé le mât que quelques mois auparavant les Espagnols avaient mis à bas. Le 14 novembre, les habitants de Fontarabie se rendirent armés sur la rive française ; les Hendayais, cette fois, résistèrent avec violence ; néanmoins, après un combat assez acharné, le mât fut arraché et emporté à Fontarabie
2 A ce moment, la Junte de Guipuzcoa siégeait à Segura ; deux
députés y furent spécialement envoyés, le capitaine D. Miguel Sanz de Venesa et D. Juan de Casadevante, qui firent valoir le zèle de Fontarabie à défendre les droits de la Province
3. La Junte, enthousiasmée, vota 300 ducats de récompense. Le vice-roi, moins généreux, se contenta d’envoyer son entière approbation
4 Quelques jours plus tard, pour la troisième fois, les Hendayais
placèrent un autre mât
5. Entre temps, les pourparlers s’étaient engagés entre Madrid
et Paris pour mettre fin à l’agitation perpétuelle qui régnait sur la frontière basque, y rendant tout commerce impossible et plon- geant dans la misère la population des petits villages de la côte cantabrique, tant labourdins que guipuzcoans. Le marquis de Senecey, ambassadeur de France à Madrid, s’efforçait tout parti- culièrement de faire agréer par le roi d’Espagne le projet d’une commission internationale.
1. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 13 septembre 1 6 1 7 . 2. — Ibid. Compulsas que dimos los très escribanos. . . 1683.
3. — îhid.j id.
4. — A r c h . de Fontarabie. — Libro de actas, 21 novembre 1 6 1 7 .
5. — Ibid.j id.} 29 novembre 1 6 1 7
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—Les plaintes arrivaient plus nombreuses à la Cour de France et les habitants de Hendaye ne craignaient pas, dans leur désespoir, de s’adresser directement au roi dont les subsides ne pouvaient malheuresement point remplacer entièrement les biens que les pauvres gens perdaient dans leurs journalières avec les Epagnols.
Le 26 janvier 1618
le bruit courut à Fontarrabie que les commissaires étaient, de part et d’autre, déjà nommés et que des ordres avaient donnés au comte de Gramont pour qu’il délivtât immédiatement les prisonniers de Bayonne. Trois jours plus tard le Vice roi de Navarre, comte d’Aguilar- le comte d’Aguilar était de puis peu parti en Lombardie- écrivait à Fontarabie; on lui avait dit qu’il allait être nommé commissaire conjointement avec le Gouverneur de Bayonne; il souhaitait ardemment que celà fût vrai , mais il était alors à Pampelune ; le comte de Gramont, à la même heure, se trouvait à Paris; dans ces conditions, il lui semblait peu probable que la Commission se réunit bientôt. Toutrfois, le 31 janvier, deux prisonniers de Bayonne confirmaient par lettre à leurs concitoyens que les commissaires français étaient arrivés à Bayonne et que, sous peu, ils se rendraient à Hendaye.
Sans s’occuper des pourparlers diplomatiques déjà engagés dans lesquels ils avaient qu’une confiance relative ou que peut-être même ils ignoraient totalement , six habitants de Hendaye que, depuis près d’un an, les Espagnols retenaient dans les prisons de Fontarrabie, s’en échapèrent dans la nuit dans la soirée du 24 février.
Les alcades aussitôt avertis firent sonner le tocsin; déjà les figitifs avaient disparu sur le fleuve et gagné la rive française. A une heure, le Conseil Général fut assemblé. Sur le seuil de l’église de Santa Maria, l’alcade D.Miguel Suarez de Rivera prononca

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une violente harangue, ordonnant à ses concitoyens de s’équiper sans retard et d’aller cette nuit-là même incendier une ville rivale qui, depuis tant d’années, nuisait à leur prospérité. Le second alcalde, Ortiz de Zarate, à son tour, appuya fortement le projet de son collègue. Quelques conseillers plus sages prêchè- rent cependant la modération ; la fureur de la foule en délire se tourna contre eux… Déjà, les combattants armés s’éloignaient vers le port, à la lueur des torches, quand l’idée leur vint de demander des soldats et des armes au gouverneur militaire du château. D. Bernadino de Meneses, ne voulant point s’engager dans une si périlleuse entreprise, refusa net ; ce fut une nouvelle grande colère que, bientôt, de violentes rafales, mêlées de pluie, vinrent calmer fort à propos. La tempête s’éleva terrible, rendant la mer impraticable. Quand, derrière la Rhune, encore effacée dans la brume, apparurent les premières lueurs du jour, les révoltés défaits, couverts de boue et mouillés, regagnèrent piteu- sement leurs demeures
1. Le vice-roi, informé de l’évasion des prisonniers français, déclara
d’ailleurs qu’il n’y avait pas là, selon lui, matière à représailles
2. En vérité, les Espagnols avaient seuls désormais des otages et, de ce fait, leur situation se trouvait singulièrement changée. Aussi, sans plus songer, pour le moment, à brûler le bourg de Hendaye, cherchaient-ils à s’emparer par surprise de quelques Labourdins attardés.
Les commissaires n’arrivaient toujours point et bien qu’on s’occupât, paraît-il, activement de la question à la cour de
Madrid
3, il ne semblait pas qu’elle dût être de si tôt résolue.
Les querelles recommencèrent, toutefois moins violentes. Le gouverneur de Bayonne menaçait sans cesse de maltraiter les malheureux Espagnols détenus au fort de Floripes4, si leurs compatriotes attaquaient injustement les Labourdins.
Le 4 juillet, cependant, le vice-roi de Navarre écrivit aux habi-
1. — Arcb. de Fontarabie, — Libro de actas, 25 février 1 6 1 8 .
2. — Ibid. — Lettre originale du 3 mars 1 6 1 8 .
3. — Ibid. Lettre de D. Antonio de Ubilla à Fontarabie. Madrid, 3 mars 1 6 1 8 .
4, — Prison de Bayonne, placée au centre du Château-Vieux.
— 43 —
tants de Fontarabie qu’il venait de recevoir l’ordre du roi de
conférer avec le gouverneur de Bayonne
1. Conféra-t-il, l’armateur de Bayonne était arrêté sans aucun motif à Irun et conduit à la prison de Fontarabie
2. Le 3 1 , il est vrai, sur la protestation énergique des magistrats bayonnais, il était remis en liberté
3. Le 15 juillet, un ingénieur royal, Jacques Aleaume, partit de Paris pour Hendaye dans le but de choisir l’emplacement d’un nouveau fort où, désormais, pour mettre les Labourdins à l’abri de toute attaque, le roi de France entretiendrait une petite garnison
4. Le comte de Gramont et le vicomte d’Urtubie se rendirent à Bordeaux pour y conférer à ce sujet avec lé nouveau gouverneur de Guyenne, Henri de Lorraine, duc de Mayenne
5. Tout naturellement, ces nouvelles firent sensation sur la rive espagnole. Les bruits les plus étranges et les plus invraisemblables se répandirent à ce propos ; on parla d’une invasion prochaine des troupes françaises, de la capture en masse de tous les Espagnols rencontrés sur territoire français entre Bayonne et la frontière
6. Entre temps, le comte d’Aguilar recevait de Philippe III l’ordre de nommer un commissaire qui se rendrait à Bayonne pour demander au gouverneur la mise en liberté des Ondarabiarres détenus au château de Floripe
7.
Ce commissaire, accompagné de délégués de Fontarabie, se
rendit effectivement à Bayonne et put y constater que jamais aucun mauvais traitement n’avait été infligé à ses compatriotes. Toutefois, le gouverneur se refusa nettement à mettre les prison- niers en liberté, alléguant qu’il ne pouvait le faire sans que le roi de France y consentît et sans que la ville de Fontarabie fît
1. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 4 juillet 1 6 1 8 .
2. — A r c h . de Fontarabie. — Libro de actas, 28 juillet 1 6 1 8 .
3 . — Ibid. Lettre originale, 3 1 juillet 1 6 1 8 .

conféra-t-il
4. — Bibl. Nat. Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 81 et suivants, et Affaires
correspondance politique. Espagne, t. 12, fol. 238 v° et suiv.
5. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 6 août 1 6 1 8 .
6. — Ibid., id., 12 août 1 6 1 8 .
7. — Ibid., id.; même date.
— 44
une déclaration écrite où elle reconnaîtrait officiellement avoir outrepassé ses droits et provoqué les Français, lors de l’attentat du 17 janvier 16171.
Depuis l’évasion du 26 février 1618, les habitants de Fontara- bie étaient parvenus à s’emparer de quelques malheureux Labourdins qu’ils détenaient dans les cachots de Santa Maria. A leur tour, les Français vinrent visiter leurs compatriotes. Deux gentilhommes, MM. de Rovillart et Garro, furent chargés de ce soin par le comte de Gramont. Ils furent courtoisement reçus par les membres de l’Ayuntamiento et purent s’entretenir avec les prisonniers. Ils se hasardèrent à demander leur mise en liberté. Les conseillers déclarèrent devoir en délibérer et, quelques jours après, le 25 août, les Labourdins prisonniers purent librement gagner la rive française
2. Le Gouverneur de Bayonne ne montrait cependant pas autant de bienveillance. Nous passerons sous silence toutes les démarches que firent les prisonniers de Bayonne pour obtenir leur liberté ; ce fut un échange interminable de lettres entre Fontarabie, Madrid, Paris et Bayonne, des suppliques sans nombre adressées à tous les grands personnages des deux Cours qui passaient la frontière, et cela pendant plus d’un an
1. — Arch. de Fontarabie. — Id., 21 août 1 6 1 8 .
2. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 25 août 1 6 1 8 .
3 . — Le 18 septembre 161 S, l’un des prisonniers détenus à Floripes, Domingo de Aram buru, prévient ses concitoyens qu’on attend à Bayonne, venant d’Espagne, une dame d’honneur de la reine d’Espagne, Dofia Juana de Mendoja ; il les prie de l’envoyer saluer à Irun et de lui demander d’intercéder auprès du Comte de Gramont.
Arch. de Fontarabief lettre orig.
— Le 28 septembre, un autre prisonnier, Miguel de Gaynza, annonce le prochain passage à Irun d’un personnage allié à la puissante famille des Acuna, D. Antonio Sarmiento, ambassadeur d’Espagne à la Cour d’Angleterre, qui pourra utilement insister auprès du gouverneur de Bayonne.
Arch. de Fontarabie, lettre o r i g .
— Le 4 novembre 1618 , le Conseil Communal de Fontarabie décide les pères gardiens des couvents franciscains de Saint-Sébastien et de Renteria à se rendre à Saint-jean-de-Luz, auprès du gardien du couvent, Frère Martin de Abas, et à Bayonne, auprès du gardien du couvent de Capucins, pour les prier de demander au Comte de Gramont la liberté de leurs compatriotes. Arch. de Fontarabie. Libro de actas, 4 novembre 1 6 1 8 . —
Le 24 décembre 1618 , nouvelle lettre de Domingo de Aramburu annonçant l’arrivée à Bayonne du Duc de Mayenne ; il prie ses concitoyens de lui envoyer quelques délégués quand il viendra à Hendaye. Arch. de Fontarabie.
Le 9 janvier 1 6 1 9 , une délégation d’Ondarabiarres va saluer à Irun D. Luis de Velasco, Marquis de Belbecler, capitaine général de la cavalerie légère des Etats et armée de Flandre, ami personnel du Duc de Mayenne et du Comte de Gramont. Ibid., Libro de actas, séance du même jour. — Le

— 45 —
Enfin, le 27 septembre 16.19,.la question fut heureusement
réglée, les prisonniers espagnols, sauf un, s’échappèrent de la prison de Floripes
1. Un prisonnier restait encore entre les mains des Français ; d’autre part, les Guipuzcoans continuaient de poursuivre les pêcheurs et les marchands labourdins 3 et trois navires de Hendaye saisis le 18 janvier 1617 se trouvaient toujours ancrés dans le port de Pasajes.
Des délégués que, lors de leurs instances à la Cour d’Espagne
pour obtenir la liberté des prisonniers de Bayonne, les magis- trats de Fontarabie avaient envoyés à Madrid, revinrent déclarant que le roi désirait ne pas voir ses sujets céder aux menaces des Français et que, si besoin était, il leur prêterait des munitions et des troupes
3. Le Conseil Communal décida, en outre, qu’aux dix-neuf chaloupes qui composaient alors la flottille de haute mer, on en adjoindrait deux autres, plus grandes, mieux armées, qui accompagneraient les pêcheurs, quand ils sortiraient à la mer
4.
Toutefois, malgré ces préparatifs faits surtout dans la crainte
que le comte de Gramont cherchât à venger l’évasion des prison- niers de Bayonne par quelque coup de main inattendu 5 de part et d’autre, les belligérants traitèrent assez facilement.
D’ailleurs, le roi d’Espagne, malgré les intentions belliqueuses
que lui prêtaient les envoyés de Fontarabie, avait donné ordre de remettre aux Hendayais les trois navires de Pasajes
6 et, le 10 janvier 1619 , le Conseil Communal décide d’aller porter à la Comtesse de la Torre, dame d’honneur de la reine de France, de passage à Irun, une lettre pour la Reine et pour D. Fernando Giron, ambassadeur d’Espagne à la Cour de France. Ibid., Libro de actas, 10 janvier 1 6 1 9 . —
Au début de mars 1619 , M. d’Urtubie promet aux alcaldes de Fontarabie d’empêcher la construction du fort de Hendaye et d’obtenir la liberté des prisonniers de Floripes, si la ville consent à l’indemniser convenablement des démarches qu’il fera à la Cour de France où il se rendra bientôt. Arch. de Fontarabie. Libro de actas, 10 mars 1619.
1. — Àrch. de Fontarabie. — Libro de actas, 27 septembre 1619.
2. — Le 8 février 1 6 1 9 , à la suite d’une querelle survenue pendant la pêche entre des habitants de Bidart, de Hendaye et de Fontarabie, l’alcalde D. Juan de Casadevante, accompagné d’une troupe armée, ramena à Fontarabie trente-deux Labourdins qui furent mis en prison. Arch. de Fontarabie, libro de actas, 9 février 1619.
3 . — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 27 novembre 1 6 1 9 .
4. — « Con versos y pedreros y mosquetes y pîcas y chuzos de escolta. ». Ibid., id.
5. — Arch. de Fontarabie. Lettre originale du vice-roi aux alcaldes, 7 février 1620.
6. — Arch. de Fontarabie. Lettre de la Junte aux mêmes, Ier mai 1620.
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son côté, le roi de France avait conseille de mettre en liberté le prisonnier resté seul à Bayonne, si toutefois ceux d’Espagne consentaient à délivrer les Labourdins qu’ils détenaient dans leurs prisons
1. En novembre 1620, Philippe III ordonna à Fontarabie de décider leur mise en liberté et, quelques jours plus tard, l’échange des prisonniers eut lieu
2. Pendant plus de vingt ans, les conflits, sans cesser d’être fréquents, devinrent moins violents ; trop souvent encore les corsaires de Fontarabie ne se gênèrent point pour capturer, à l’occasion, quelque barque labourdine chargée de marchandises
3.
Bientôt, la guerre éclata dans le pays basque
4. Nous ne ferons que rappeler brièvement ici — car tel n’est point notre sujet — le siège mémorable que soutint Fontarabie en l’année 1635. Le 1er Juillet, le Prince de Condé traversa le pas de Béhobie et, dès ce moment, les batteries françaises commencèrent à bombarder les remparts de la vieille cité. Le 8 août, le château du Figuier, commandant l’entrée de la baie, était pris d’assaut ; le 21 , la flotte espagnole qui venait au secours de la ville assiégée était décimée par les galères de Sourdis, archevêque de Bordeaux, au large de Guétaria ; tout semblait indiquer pour Condé une victoire certaine, encore que la résistance des habitants sous la conduite de l’héroïque alcalde D. Diego de Butrôn, semblât devoir être opiniâtre ; déjà Richelieu, de Picardie, donnait de nouveaux ordres pour poursuivre la marche en avant sur les côtes espagnoles, quand, le matin du 8 septembre, l’armée de Cantabrie, que commandaient l’amiral de Castille et le marquis de Los Velez, apparut sur les hauteurs du Jaizquivel. La lutte fut acharnée ; mais le soir, les Français, en déroute, repassèrent le fleuve,
— 47 —
laissant plus de deux mille des leurs sur la rive espagnole. Cette défaite étonna et l’un des chefs français, le duc de la Valette, fut
fortement accusé d’avoir trahi le roi
1. Ce siège, qui demeure Tune des pages les plus glorieuses de l’histoire de Fontarabie
2. affaiblit à ce point la cité que, pendant plus de vingt ans, elle n’eut guère la force de poursuivre les Basques labo.urdins qui purent enfin pour quelque temps navi- guer librement.
A partir de 1650, cependant, quelques différends éclatèrent de nouveau entre pêcheurs ondarabiarres et labourdins
3. Vint enfin la Paix des Pyrénées qui devait, semble-t-il, régler ces interminables différends.
La solution des différends entre Fontarabie et Hendaye parut
aux plénipotentiaires susceptibles de retarder la conclusion de la paix et, d’un commun accord, ils décidèrent que l’étude de cette question serait spécialement confiée au gouverneur de Bayonne, maréchal comte de Gramont, et au capitaine général de Guipuzcoa, baron de Vatteville. Ils se gardèrent bien d’ailleurs d’indiquer le délai dans lequel ces deux nouveaux commissaires devraient se réunir
4. Dès 1660, Fontarabie s’occupa d’attirer de nouveau l’attention des pouvoirs, qui semblaient oublier l’article secret de la Paix des Pyrénées, en envoyant de volumineux dossiers de documents, tant à Madrid qu’à Saint-Sébastien. La Province promit d’agir auprès du baron de Vatteville et lui délégua même au mois de juin deux députés, personnages influents, D. Agustin de Asua et
1. — Cf. E. DUCERÉ : Recherches historiques sur le siège de Fontarabie en ï6)8, dans
Bulletin de la Société des Sciences et Arts de Bayonne. i S S o [ – i S 8 i ] , p. 4 1 .
1 . — T o u s les ans, depuis le 8 septembre 1639, en vertu d’une décision du Conseil
Communal de Fontarabie en date du 4 septembre 1639, population de la ville et des faubourgs monte en procession à la chapelle de la Guadeloupe, située sur les pentes du Jaizquivel, pour y remercier la Vierge de la protection qu’elle accorda contre les Français durant le siège de 1638 à Don Diego de Butron et à ses héroïques compatriotes.
Cf. à ce sujet, D. Serapio de MÛGICA : Las Fiestas de septiembre en Fuenterrabia, origen y detalles. San Sébastian, 1900, in-8°.
3 . — Cf. Arch. de Fontarabie. Lettre de Salvador d’Urtubie aux alcaldes de la Cité,
14 mars 1 6 5 1 . Lettres des jurats d’Urrugne aux mêmes, 21 janvier et 14 décembre 1655, et lettre des jurats de Ciboure aux alcaldes, 28 février 1658. Remarquons que toutes ces lettres — originales — sont en langue castillane, sauf la dernière qui est en français.
4. — Cf. art. 8 des articles secrets de la Paix des Pyrénées.

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et D. Juan de Lezo1. Le baron était alors fort préoccupé de la venue prochaine d’une ambassade anglaise qui se rendait à la Cour d’Espagne. Fort courtoisement, du reste, il déclara aux députés qu’il lui était impossible de s’occuper de cette question et qu’il en remettait l’étude à une date ultérieure. Fontarabie reçut la nouvelle non sans quelque contrariété. Le comte de Gramont fut averti de la décision du Capitaine Général ; il n’avait d’ailleurs guère montré plus d’empressement que son collègue espagnol à se rendre sur les bords de la Bidassoa
En attendant qu’elle pût faire reconnaître officiellement ses droits, Fontarabie les fit respecter par les Labourdins, non sans quelque violence. Les querelles recommencèrent sur la Bidassoa. Tout commerce devint impossible pour les Français. Les plaintes affluèrent si nombreuses à Paris que, en août 1661, Hugues de Lionne envoya à l’archevêque d’Embrun, ambassadeur à Madrid, l’ordre d’entretenir D. Luis de Haro de cette intolérable situation ; il lui proposerait de convoquer à Madrid un représentant de Fontarabie qu’il interrogerait sur les droits et revendications de la cité, puis eux deux ou des commissaires spécialement désignés à cet effet régleraient définitivement ces différends dans un délai déterminé. Ce délai passé, le roi de France saurait faire respecter à son tour les droits de ses sujets
3. L’archevêque d’Embrun dut conférer avec le ministre espagnol, en décem-
1. — Arch, de Fontarabie. Lettre orig. du secrétaire de Gaynza aux alcaldes de la
Cité, 19 juin 1660.
2. — Ibid. Lettre des députés de la Province aux alcaldes de la Cité, 21 juin 1660.
3 . — « . . . Il faudra — s’entend — que vous preniez d’abord une précaution avec
Dom Louys, qui sera de l’obliger a faire venir sans delay un habitant de Fontarabie avec des instructions de toute l’affaire, car autrement il vous payera toujours de la mauvaise excuse qu’il n’est pas informé de leurs r a i s o n s . . . » et plus loin : « . . . Il sera bien de déclarer d’abord nettement a Dom Luys que si dans un certain temps — dont vous conviendrez — qui pourrait être deux ou trois mois, l’affaire n’est ajustée à l’amiable entre vous ou les commissaires qu’il voudra nommer.. . etc., le roi est résolu de permettre ausdits habitans d’Andaye de naviguer dans la riviere avec toute sorte de vaisseaux a quille ou sans quille, comme la moitié de la riviere luy appartenant, et qu’en leur accordant cette permission, Sa Majesté envoyera ordre à tous les habitans du pays de Labour qui peuvent mettre plus de dix mille hommes ensemble d’appuyer ceux d’Andaye pour les faire jouir de cette faculté contre les vexations et entreprises de leurs voisins de Fontarabie. J’aprehende bien que nous n’en ayons jamais raison que par cette voye… ». Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 42, fol. 1 3 0 et suiv.

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prononca une violente harangue, ordonnant à ses concitoyens de s’équiper sans tarder et d’aller cette nuit-là même incendier une ville rivale qui, depuis tant d’années, nuisait à leur prospérité. Le second alcalde, Ortiz de Zarate, à son tour, appuya fortement le projet de son collègue. Quelques conseillers plus sages prêchè- rent cependant la modération ; la fureur de la foule en délire se tourna contre eux… Déjà, les combattants armés s’éloignaient vers le port, à la lueur des torches, quand l’idée leur vint de demander des soldats et des armes au gouverneur militaire du château. D. Bernadino de Meneses, ne voulant point s’engager dans une si périlleuse entreprise, refusa net ; ce fut une nouvelle grande colère que, bientôt, de violentes rafales, mêlées de pluie, vinrent calmer fort à propos. La tempête s’éleva terrible, rendant la mer impraticable. Quand, derrière la Rhune, encore effacée dans la brume, apparurent les premières lueurs du jour, les révoltés défaits, couverts de boue et mouillés, regagnèrent piteu- sement leurs demeures
1. Le vice-roi, informé de l’évasion des prisonniers français, déclara d’ailleurs qu’il n’y avait pas là, selon lui, matière à représailles
2. En vérité, les Espagnols avaient seuls désormais des otages et, de ce fait, leur situation se trouvait singulièrement changée. Aussi, sans plus songer, pour le moment, à brûler le bourg de Hendaye, cherchaient-ils à s’emparer par surprise de quelques Labourdins attardés.
Les commissaires n’arrivaient toujours point et bien qu’on s’occupât, paraît-il, activement de la question à la cour de Madrid
3, il ne semblait pas qu’elle dût être de si tôt résolue.
Les querelles recommencèrent, toutefois moins violentes. Le gouverneur de Bayonne menaçait sans cesse de maltraiter les malheureux Espagnols détenus au fort de Floripes
4, si leurs compatriotes attaquaient injustement les Labourdins.
Le 4 juillet, cependant, le vice-roi de Navarre écrivit aux habi-
1. — Arcb. de Fontarabie, — Libro de actas, 25 février 1 6
2. — Ibid. — Lettre originale du 3 mars 1 6 1 8 .
3. — Ibid. Lettre de D. Antonio de Ubilla à Fontarabie. Madrid, 3 mars 1 6 1 8 .
4, — Prison de Bayonne, placée au centre du Château-Vieux.
Les plaintes enfin arrivaient plus nombreuses à la Cour de Madrid
France et les habitants de Hendaye ne craignaient pas, dans leur désespoir, de s’adresser directement au roi dont les subsides ne pouvaient malheureusement point remplacer entièrement les biens que les pauvres gens perdaient dans leurs querelles journalières avec les Espagnols1.
Le 26 janvier 1618, le bruit courut à Fontarabie que les commissaires étaient, de part et d’autre, déjà nommés et que des ordres avaient été donnés au comte de Gramont pour qu’il délivrât immédiatement les prisonniers de Bayonne2. Trois jours plus tard, le vice-roi de Navarre, comte d’Aguilar — le duc de Ciudad Real était, depuis peu, parti en Lombardie3 — écrivait à Fontarabie ; on lui avait dit qu’il allait être nommé commissaire conjointement avec te gouverneur de Bayonne ; il souhaitait ardemment que cela fût vrai, mais il était alors à Pampelune ; le comte de Gramont, à la même heure, se trouvait à Paris; dans ces conditions, il lui semblait peu probable que la Commission se réunît bientôt4. Toutefois, le 31 janvier, deux prisonniers de Bayonne confirmaient par lettre à leurs conci- toyens que des commissaires français étaient arrivés à Bayonne et que, sous peu, ils se rendraient à Hendaye 5.
Sans s’occuper des pourparlers diplomatiques déjà engagés,
dans lesquels ils n’avaient qu’une confiance relative ou que
que, depuis près d’un an, les Espagnols retenaient dans les prisons de Fontarabie, s’en échappèrent dans la soirée du 24 février.
Les alcaldes aussitôt avertis firent sonner le tocsin ; déjà les fugitifs avaient disparu sur le fleuve et gagné la rive française. A une heure, le Conseil général fut assemblé. Sur le seuil de l’église de Santa Maria, l’alcalde D. Miguel Suarez de Rivera pro-
peut-être
1. — Bibl. Nat. Coll. Dupuy, vol. 42, fol. 48 et 2. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 26
3 . — Ibid. Lettre originale du duc à Fontarabie,
4. — Ibid. Lettre originale, 29 janvier 1 6 1 8 .
5. — Ibid. Lettre originale de deux prisonniers,
Bautista de Mugarrieta, aux alcaldes de la ville, 3 1

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on annonça l’arrivée à Saint-Sébastien de l’un des commissaires espagnols, D. Joseph Romeu de Ferrer 1. Deux notables, D. Juan Bautista de Mugarrieta et D. Tomas de Arsu, lui furent spéciale- ment envoyés pour l’instruire des droits et revendications de la cité.
Les commissaires français, qui déjà s’impatientaient et croyaient que leurs collègues espagnols se trouvaient à Fontarabie, y dépê- chèrent leur greffier, Me Jean de Cazabielle, pour leur annoncer leur arrivée et leur désir de commencer bientôt les négociations. Le greffier s’en fut trouver l’un des alcaldes de la cité qui lui déclara qu’en vérité D. Joseph Romeu de Ferrer était arrivé à Saint-Sébastien depuis quelques jours, mais qu’il n’était point encore venu à Fontarabie et qu’enfin l’on était sans nouvelle aucune du second commissaire, D. Pedro de Idiaquez2. Le len-
Francia despues del principio d’esta frontera de la parte de Navarra asta el mar, ellos piden que el medio. del rio Bidasoa, que haze la divission de los dos Reynos de Francia y Espana, sea tenido por el verdadero limite de dichos dos Reynos y que la mitad del dicho rio que bana lastierras de Francia perteneze en propiedad â Su Magestad Chris- tianisima y el uso de la dicha mitad y de su entrada en el mar plenamente â sus subdi- tos con entera libertad y facultad tanto para navegar sobre el y en su entrada en el mar con chalupa, barcos, pinazas, navios y toda otra suerte de barcos para navegar y tam- bien para pescar dentro y fuera y con toda suerte de instrumentes, entrar y salir a la mar por la barra comun, surtir y ancorar en la concha del Figuer, cargar y descargar en sus dichos baxeles toda suerte de cossas y mercaderias que entraran y saldran por el dicho rio; viniendo tanto por el como por la mar y por la tierra al dicho lug’ar de Hendaya y de passar y volver de Francia â Esparia y de Espana â Francia por el dicho rio toda suerte de animales y mercaderias y con sus dichos barcos de qualquier genero que sean de la misma manera que los de Fuenterrabia, y tambien para ayudar â hazer entrar y salir del dicho rio sus navios y los de los estrangeros con sus chalupas y pina- zas, surtir y ancorar en la concha, si lo huvieren menester, y de la misma manera toda suerte de navegazion sin restriccion alguna, como tambien cultivar las islas y gozar de los molinos y pesqueras que estan dentro del rio de la parte de Francia con los mismos privilegios y ventajas que los dichos habitantes de Fuentarrabia y otros subditos de Su Magestad Catholica han gozado, gozan y pueden gozar de su parte sin exceptuar cosa alguna por ninguna manera y que para este effecto ayan de cessar todos los excessos, violencias y impedimentos que los habitantes de Fuenterravia han hecho y hazen cada dia â los de Hendaya al abrigo de su fortaleza y que les dejaran claramente y con paz gozar del uso comun del dicho rio y su entrada en el mar, islas, molinos y pesqueras que estan de la parte de Francia con satisfacion de los excessos, violencias y malos tratamientos cometidos, juntamente con los dafios y interesses padezidos por los dichos habitantes de Hendaya por el impedimiento de la navegazion y cultura de las islas causados por los dichos habitantes de Fuenterrabia â poder de sus violencias y malos
tratamientos.» Arch. NatK 1670. Cf. également le texte abrégé en français : Bibl.
NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 9 et suiv.
1 . — Arch. de Fontarabie. Lettre des alcaldes au vice-roi de Navarre, 29 novem-
bre 1 6 6 2 .
2. — Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol, 5 1 6 r° et v°.

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demain, 29 novembre, le greffier se rendit à Saint-Sébastien1.
D. Joseph Romeu de Ferrer lui remontra fort courtoisement qu’à la suite de divers incidents, il se trouvait actuellement seul com- missaire désigné par le roi Catholique, mais que, toutefois, il ne pouvait rien entreprendre, sans un ordre spécial qu’il recevrait d’ailleurs bientôt2.
Le 2 décembre, sur la prière de D. Joseph Romeu de Ferrer, les commissaires français se rendirent à l’île des Faisans où leur collègue espagnol leur déclara qu’à son grand regret, le roi ne lui avait pas encore envoyé l’autorisation de conférer seul avec eux, mais que, néanmoins, dans l’espoir où il était que ce pouvoir lui serait accordé à bref délai, il serait bon, dès ce jour, de faire construire en cette même île une baraque où, par les mauvais temps, ils pourroient tous trois délibérer à l’abri. Les commissaires français acceptèrent 3. Le soir même, D. Joseph Romeu regagna Saint-Sébastien4. Le 6 décembre, Philippe IV l’avertit enfin qu’il lui adjoindrait, comme second commissaire, D. Francisco Henriquez de Ablitas 5. Le 18, ce dernier se rendit à Hendaye pour exhiber aux commissaires du roi de France les lettres qui l’accréditaient auprès d’eux 6.
Cependant, la commission que, le 24 septembre, Louis XIV
avait envoyée à M. d’Artagnan et à l’abbé de Saint-Martin Barès allait bientôt expirer ; une prolongation leur fut envoyée, qui leur permettait de conférer avec leurs collègues espagnols jusqu’à la fin du mois de janvier 1663 7.
1 . — Bibl. Nat., Méi. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 6 v° et fol. 5 1 7 r°.
2. — « . . . qu’il n’avoit encore peu se rendre a Fuenterabie a cause de quelques
prétentions de Don Pedro Dilliagues, son collègue, pour raison de la preseance entre eux, sur lequel différent ayant escrit tous deux a Sa Majesté Catholique, Elle auroit décidé l’affaire en sa faveur et nommé Don Luis de Necolalde, cavallero de la ville de Tholozeta, en la place du dit Don Pedro Dilliagues, son collègue, mais que malheureu- sement le dit Don Luis de Necolalde s’estoit trouvé fort incommodé des gouttes et hors
d’estat de pouvoir executter les ordres de son r o y . . . ». Bibl. NatMél. Colbert,
vol. 15, fol. 5 1 7 r°.
3. — Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 7 r° et v°»
4. — Arch. de Fontarabie. Lettre orig. de D. Joseph Romeu à la Cité, 2 décembre 1 6 6 2 .
5. — Ibid., id., 10 décembre 1 6 6 2 .
6. — Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 7 v° et fol. 5 1 8 r°.
7. — Arch. Nat., K 1 6 7 0 ,

— 52;—

Ce fut seulement le 30 décembre que, pour la première fois,
les quatre commissaires se rencontrèrent dans la baraque de l’île des Faisans1.
Le 2 janvier 1665, un messager, D. Bernardo de Puxol, vint à Hendaye, de la part de D. Joseph Romeu de Ferrer, porteur d’une instruction pour l’abbé de Saint-Martin Barès ; le commis- saire espagnol appelait l’attention de son collègue français sur quelques détails des conditions, dans lesquelles devaient avoir lieu leurs délibérations 2. Il lui rappelait que, dès le 10 décembre, il s’était plaint — à la requête des habitants de Fontarabie — de ce que, à leur première entrevue au Pas de Béhobie, les Français fussent venus sur une chaloupe et des barques à quille et que, la veille encore, il avait aperçu une chaloupe remorquant une gabarre au port de Hendaye. Il s’étonnait également d’avoir vu les commissaires français accompagnés de gardes armés ; il eût désiré en être averti auparavant, pour pouvoir, lui aussi, se faire escorter d’une troupe égale en nombre, encore qu’il lui semblât préférable de s’abstenir d’amener des soldats à une conférence aussi pacifique que la leur. Il insistait enfin sur ce fait que, contrairement aux instructions qu’il avait données, la cloison avait été faite si mince qu’on entendait fort distinctement de l’extérieur ce qui se disait à l’intérieur et que, pendant les déli- bérations, il serait bon, pour cette raison, d’éloigner les gens de leurs escortes et de les cantonner dans les gabarres.
Les commissaires français, par le même courrier, répondirent3
qu’évidemment une chaloupe avait, la veille, par un gros temps, remorqué jusqu’au port de Hendaye une petite gabarre qui ne pouvait plus avancer, mais qu’ils étaient loin de supposer les gens de Fontarabie assez « discourtois » pour préférer à l’inob- servance d’un traité la mort de pauvres bateliers français, ajoutant d’ailleurs que désormais, sur cette question, ils s’en remettraient pleinement aux décisions de D. Joseph Romeu de

1 . — Bibl. Nat., Mel. Colbert, vol. 1 5 , fol. 51-8 r° et v \ 2. — Arcb. Nat., K 1 6 7 0 .
5, — Ibid.j id.

— 53 —
Ferrer. La garde armée qui les accompagnait à Béhobie le
2 décembre n’était simplement que l’escorte particulière et ordinaire de M. d’Artagnan, gouverneur de Bayonne. Toutefois, désireux de calmer les inquiétudes de leur collègue espagnol, ils lui déclaraient être prêts à faire sur ce point ce qu’il lui plairait de décider. Sur la nécessité qu’il y avait d’éloigner les curieux de la baraque pendant la tenue des conférences, ils étaient pleinement de son avis ; dorénavant, ils feraient en sorte que leur escorte restât dans les gabarres et ne permettraient l’entrée de la baraque qu’à leur secrétaire et à leurs domestiques particuliers.
Ces quelques détails étant réglés, les commissaires se réuni-
rent, le 4 janvier, dans l’île des Faisans. Toutefois, D. Francisco Henriquez de Ablitas n’était pas encore arrivé. Dans cette séance, les commissaires de France présentèrent au plénipoten- tiaire espagnol un rapport détaillé des griefs et réclamations de Hendaye contre Fontarabie, rapport que — sur leur demande — les jurats du bourg français leur avaient remis le 27 novembre précédent 1. D. Joseph Romeu de Ferrer en emporta le texte pour le soumettre aux observations et remarques de la cité de Fontarabie qui, de son côté, avait dressé un long mémoire de ses droits et revendications 2.
Le 1 1 janvier, en cette même île des Faisans, les commissaires
français vinrent s’informer de l’accueil fait par Fontarabie aux demandes du bourg de Hendaye 3. D. Joseph Romeu de Ferrer déclara « que sans avoir esgard a l’une ny a l’autre, il falloit accommoder les parties et faire donner à ceux de Hendaye une partie de ce qu’ilz demandoient, d’autant qu’il n’estoit pas juste et qu’ilz ne pouvoient pas prétendre de jouir esgalement avec ceux de Fuentarabie de la dite riviere, conche et rade, attendu mesme que la dite rivière Bidassoa prenoit sa source dans les terres d’Espagne ». Les commissaires français protestèrent
1. — Cf. lettre de l’Inquisiteur Général à Blasco de Loyola, 18 mars 1 6 6 3 . Arch.
Nat., K 1670.
2. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol. 5 1 9 et suiv.
3. — Ibid., id., vol. 1 5 , fol. 521 v° et fol. suiv.

— 54 —
aussitôt, niant même — à tort — que la source du fleuve fût
espagnole. Leur désir était que la frontière fût fixée à là moitié du fleuve et que, de part et d’autre, les riverains pussent libre ment naviguer, pêcher et commercer. A cela, D. Joseph Romeu de Ferrer répliqua, en remettant à l’abbé de Saint-Martin Barès et à M. d’Artagnan le mémoire où Fontarabie maintenait que le fleuve lui appartenait entièrement de sa source à l’embouchure, que les habitants de Hendaye ne pouvaient que passer d’une rive à l’autre sur de petites gabarres et que toute autre embarcation munie de quille devait leur être absolument défendue 1. Après avoir énergiquement déclaré que tant que les droits soi-disant exclusifs de la couronne de Castille sur la Bidassoa ne leur seraient pas démontrés à l’aide de « bons, clairs et valables titres », ils les tiendraient comme abusifs et non fondés et revendiqueraient pour les sujets du roi de France le droit de naviguer, pêcher et commercer librement sur un fleuve dont le milieu devait former la frontière des deux royaumes, les commissaires français se retirèrent.
Le mois de janvier s’achevait sans que rien fût réglé et l’attitude des deux parties ne faisait guère supposer une prompte solution des différends ; d’ailleurs, l’un des commissaires espagnols était toujours absent.
Le 16 janvier, Louis XIV envoya à ses délégués une prorogtion pour tout le mois de février2. Le 1 1 , Monsieur d’Artagnan et l’abbé de Saint-Martin Barès avaient nié que la Bidassoa prît sa source en territoire espagnol. Cependant, pris de scrupules et désireux de vérifier ce détail de géographie — en l’occurrence
1. « — Ensuitte, il nous auroit présenté certaines prétendues responces aux demandes de ceux de Hendaye soubz le nom du scindic de Fuentarabie, dans lesquelles les habitans de la dite ville de Fuentarabie soustenoient bien contre la vérité et contre toutte evidence de droict, que la Riviere Bidassoa, conche et rade et tout ce que la mer couvre en son montant appartenoit en propriété a la Couronne de Castiile à l’exclusion du Roy de France et l’uzage aux habitans de Fuentarabie privativement et à l’exclusion des habitans de Hendaye et tous autres subjetz de Sa Majesté qui ne pouvoient se servir sur la dite Riviere que de simples gavarres pour passer et repasser et non des vaisseaux a quille pour sortir en la mer par l’emboucheure d’icelle et que la dite ville de Fuentarabie avoit en main des tiltres authentiques, pour justiffier ce qu’ils mettoient
en a v a n t . . . » . Bibl. NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 522 r \
2. — BibL Nat., Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol. 523 v° et 524 r°, et Arch. Nat., K 1670.

— 55 —
fort important—qu’ils ignoraient également l’un et l’autre, ils
envoyèrent trois personnes de leur entourage suivre les tours et détours du fleuve jusqu’à sa source ; un peintre, nommé François Pouliot, les accompagnait, chargé de lever le plan des régions qu’ils traverseraient. Les quatre géographes revinrent, déclarant que la Bidassoa était bel et bien un fleuve français, puisque sa source était principalement alimentée par quatre ruis- seaux venus des montagnes de Baïgorry qui sont en terre fran- çaise et que plus de trente ruisseaux également venus de France la grossissaient et la rendaient navigable depuis Endarlaza1.
Le 28 janvier, D. Francisco Henriquez de Ablitas partit enfin
de Pampelune pour Fontarabie2 où il arriva le 3 1 . Le lende- main, Ier février, les quatre commissaires se réunirent dans la baraque de l’île des Faisans3. Désespérant de jamais pouvoir s’accorder, ils décidèrent qu’il était préférable, avant qu’eux mêmes délibérassent, de provoquer la réunion de délégués des deux villes rivales. Le 3, cinq délégués de Hendaye et cinq autres de Fontarabie se rendirent à la baraque où, trois heures durant, ils se querellèrent4. Les Hendayais se montrèrent particulière- ment intransigeants, dirent les Espagnols ; il est fort probable que, de part et d’autre, on se montra peu décidé à se faire des concessions réciproques5.
Les commissaires royaux durent donc de nouveau reprendre
leurs travaux. Les espagnols promirent à leurs collègues français de leur apporter les titres et privilèges de Fontarabie qu’ils avaient

1. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 523 r° et v°. 2. — Arch. Nat.j K 1670.
— BibL NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 524 r° et v° et 525 r° et v°.
4. — Ibid.j id., vol. 15, fol. 524 v°, fol. 525 et suivants.
5. — concurrieron d’esta ciudad y deî dicho burgo las perssonas nombradas
como se havia acordado a tratar del dicho ajuste, pero a los primeros lançes de la
platica se resolvieron los de Endaya en que no havian de exzeder un punto de lo que se havia pedido y propuesto por su parte en un papel que se havian dado a V. Sas los dichos comisarios de Francia (cuya copia para estar mas en el ya se nos havia entregado) y biendo que las pretenciones que en el se contenian heran muy fuera de lo acordado en el dicho capitulo reservado de las paces y que excedian sumamente de lo que los de Endaya antes havian pretendido y deducido en dos papeles de pretencio- nes que dieron en esta ciudad al seiïor Joseph Gonzalez, del Consejo y Camara de Su Magestad, al mismo tiempo del tratado de las paces generales, sobre que cayo y se hiço.

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précédemment demandés, tout en leur faisant remarquer que la lecture en serait une besogne très longue et que deux ou trois mois ne seraient que tout juste suffisants pour l’examen d’un aussi volumineux dossier1.
Le 6 février, les commissaires se réunirent de nouveau. D. Joseph Romeu de Ferrer et D. Francisco Henriquez de Ablitas arrivèrent porteurs de trois énormes registres. Aussitôt la lec- ture commença, faite par un notaire de Fontarabie, Miguel de Abadia, en présence du greffier des commissaires de France,
Me Jean de Cazabieille. Ils continuèrent ainsi le 7, le 8 et le 9 2.
Le 10 février, l’un des commissaires espagnols, que le grand froid avait indisposé, proposa d’abandonner la mauvaise baraque, d’ailleurs fort éloignée de Hendaye et de Fontarabie, dont la cloison très peu épaisse ne pouvait qu’imparfaitement garantir des intempéries de la saison, et de se réunir à Fontarabie. Naturellement, les commissaires français voulurent que les réunions se tinssent d’abord à Hendaye et déclarèrent qu’ils n’iraient à Fontarabie que les plénipotentiaires espagnols ne fussent d’abord venus à Hendaye3 ; ces derniers cédèrent et, le 1 1 , Miguel de
Abadia continua de lire à Hendaye
el dicho capitulo reservado, se disolvio la dicha junta por haver estado siempre los de Endaya en la resolucion referida mostrando poco animo y voluntad al dicho ajuste ; y porque siempre le havemos tenido y tenemos de procurarle de nuestra parte por el bien de la paz y quietud d’estas poblaciones, decimos de nuebo a V . Sas estamos prontos y dispuestos para que los dichos comisarios nombrados y otros, si combiniere nombrar, se junten otra vez y todas las neccessarias con los de Endaya a conferir en los medios de la composicion de las dichas diferencias y bénir por parte d’esta ciudad en todos los que fueren mas proporcionados para que ynbiolablemente se guarde la paz y concordia que deseamos entre nosotros, protestando que por nuestra parte se hara todo lo posible
para que se consiga este a j u s t e . . . , Arch. NatK 1670.
1. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 524 v°, fol. 525 et suivants.
2. — Bibl. ‘Nat., Mél. Colbert, vol. .15, fol. 525 v° et fol. 526 r°.
3. — « . . . Auquel jour dixieme l’un desdits commissaires d’Espagne s’estant trouvé
fort indisposé par le grand froict qu’il avoit souffert allant a ladicte barraque esloignée d’environ demy lieue de Fuentarabie par un tempz de nege fort rigoureux, lesdits com- missaires d’Espagne auroient proposé a choisir quelque autre lieu plus commode et auroient indiqué le lieu de Fuentarabie. A quoy nous commissaires susdits aurions res- pondu que, s’ils recevoient quelque incommodité de se rendre dans ladite barraque qui estoit le lieu commun que nous avions choisi pour noz conférences, nous leur offrions nostre maison en Hendaye et que, s’ils passoient en France les premiers, nous ne man- querions pas de leur faire toutte civilité, ensuite, ce que lesdits commissaires auroient accepté leur ayant absolument reffusé de passer à Fuentarabie qu’auparavant ils n’eus- sent passé en Hendaye.. .

» Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 526 v°.
4. — Ibid., id., vol. 1 5 , fol. 526 v°.

_ 57 —
Le lendemain, 12 février, les quatre commissaires se réunirent à Fontarabie. Leurs délibérations durèrent ainsi alternativement à Hendaye et à Fontarabie jusqu’au 23 février inclus, date à laquelle, contrairement aux prévisions intentionnellement exagérées des commissaires espagnols, l’examen des documents fut entièrement terminé. Les plénipotentiaires français n’en furent d’ailleurs pas plus convaincus qu auparavant de l’évidence des droits de Fontarabie sur le fleuve 1.
Les délégués de Fontarabie avaient pu, lors de leur entrevue avec ceux de Hendaye, constater l’intransigeance des Hendayais et se rendre compte, dès ce jour, de l’impossibilité d’un accord durable, dans les conditions actuelles. Aussi, les Ondarabiarres pensèrent-ils pouvoir prévenir et réduire les exigences des Hendayais en modifiant d’eux-mêmes le mémoire que, de leur part, le 11 janvier, D. Joseph Romeu de Ferrer avait présenté aux commissaires du roi de France2.

De ce mémoire, le texte original nous manque et cette absence rend assez difficile l’appréciation des modifications qui y furent apportées. Toute- fois, nous constatons que Fontarabie, qui maintenait pour les Hendayais l’interdiction de se servir de barques à quille, leur permettait de faire librement le commerce dans la baie du Figuier, de décharger et charger leurs marchandises dans le port de Hendaye sans rien payer désormais à la Casa Lonja3.

1. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol. 526 v° et fol. 5 2 7 r°.
2. — Arch. Nat.j K 1670.
3 . — . . . . En el capitulo 4, se puede dar facultad â los de Hendaya para remolcar
sus navios con sus chalupas.
En el capitulo 5 , se puede quitar la obligacion de pagar derechos â Fuenterravia, que-
dando la facultad de visitar Fuenterravia los vaseles y tambien se puede quitar la obli- gacion de descargar en la Lonja de Fuenterravia las mercaderias que vinieren en navios de Hendaya que no sean de vecinos de ella.
Del capitulo 6 se puede quitar la obligacion de no poder descargar y desembarcar
sino solo en la Lonja de Fuenterravia las mercaderias que los de Hendaya entraren en Espana por el rio, y antes de resolverlo se informaran si Fuenterravia tiene privilegio de que no se pueda desembarcar y descargar en los demas lugares.
Del capitulo 7 de las mercaderias que se sacaren de Espana para Francia se puede
quitar tambien la obligacion de llevarlas por Fuenterravia, como en el antecedente.
Del capitulo 8 se puede quitar la condicion de que los de Hendaya ayan de llevar la mitad de las sidras que los de Fuenterravia embarcaren para sus viages. . . . Arch. Nat.} K 1670.

58 ~
Concessions en vérité illusoires, puisque, sans barques à quille, les Hendayais ne pouvaient pas tenir la mer et, partant, faire le moindre commerce avec les villes côtières.
Le texte de ces modifications fut remis le 13 février aux com-
missaires de France qui l’envoyèrent à leur souverain, et le 25, à leur tour, présentèrent aux commissaires espagnols un nouveau mémoire des habitants de Hendaye
1.
Cependant, la commission des quatre plénipotentiaires expi- rait à la fin du mois, sans que rien eût été décidé2. Les délé- gués français reçurent, ainsi que leurs collègues espagnols, une nouvelle prorogation d’un mois 3.
Le 9 mars, l’abbé de Saint-Martin Barès écrivit aux délégués espagnols que.Monsieur d’Artagnan était de retour de Bayonne, où il avait été passer quelques jours et que tous deux se trou- vaient prêts à conférer de nouveau dans la baraque de l’île des Faisans 4. Le même jour, D. Joseph Romeu de Ferrer lui répon- dit, l’informant qu’il se trouvait actuellement au lit et que son collègue venait d’être également malade, ce qui remettait à quelques jours leur prochaine réunion5.
Le 20 mars, enfin, les quatre commissaires s’assemblèrent dans l’île des Faisans 6. L’accueil fait par l’abbé de Saint-Martin
ï . — Arch. Nat.j K 1670. Papel entregado por Don Joseph Romeu de Ferrer y Don Francisco Henrriquez de Ablitas, comissarios de Su Magestad Catholica, â los senores Dartaygnan y Abad de Saint Martin Bares, comissarios de Su Magestad Christia- nissima, en respuestas de sus replicas de 24 de febrero de 1665.
2. — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 527 V0 et fol. 528 r°.
3 . — Ibid., id.; vol. 15, fol. 528 et suivants.
4- — Senores mios, el senor Dartaignan y yo besamos las manos de V . S a s y embia-
mos este expresso para saber si V. SSas quieren que nos juntemos hoy en la barraca, estando el dia famoso y la marea buena, y assi el dicho senor Dartaignan y yo estaremos esperando en este lugar de Hendaya la resoluzion de V. SSa » à quienes Dios guarde muchos anos. Hendaya, â 9 de marzo de 1665. B. 1. m. de V. SSas. L’abbé de St Martin Bares. — Arch. Nat.j K 1670.
5- — Senor mio, el papel de V. S. de hoy nos ha sido de mucho gusto por saber que
el senor Dartaignan ha buelto a esse lugar con salud y que V. S. la tiene. Y o me hallo sin ella y en la cama desde el martes passado que me comenzô una calentura continua, y aitnque ha aflojado el rigor, pero todavia queda algo que resolver ; el senor Don Francisco ha hecho cama tambien quatro dias por causa de un corrimiento que le ha maltratado mucho ; querra Dios mejoraros para que presto podamos vernos, que en estar para yr â la barraca se lo avisaremos â V. S, â quien y al senor Dartaignan guarde Dios muchos anos. Fuenterrabia, â 9 de marzo 1665. B. 1. m. de V. S. s. m, S. Don Joseph Romeu de Ferrer

. Arch. Nat.j K 1670.
6. — Bibl. NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 528 v° et suivants.

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Barès et le gouverneur de Bayonne aux délégués espagnols dut
être assez froid. La guérison de ces derniers leur avait paru longue ; ils leur déclarèrent dès le début que cinq mois venaient de s’écouler sans le moindre résultat et qu’il fallait rapidement conclure cette affaire. Des ordres avaient été donnés aux com- missaires espagnols pour lasser les français par leur lenteur ; D. Francisco Henriquez de Ablitas et D. Joseph Romeu de Ferrer répliquèrent en déclarant, au grand étonnement et scandale des commissaires français, que la commission du roi de France, expédiée le 21 février, n’était pas suffisamment explicite et que, dans ces conditions, ils se refusaient à rien faire, à moins que les dits commissaires français leur présentassent de nouveaux pou- voirs. Non sans protester contre un tel acte de mauvaise foi, ceux-ci promirent de se plier à cette incompréhensible exigence1.
Le 11 avril, les délégués du roi de France reçurent de Paris
leur nouvelle commission2 et le 21 — cette fois les commissaires français ne s’étaient pas pressés non plus d’aller trouver leurs collègues espagnols — une nouvelle réunion eut lieu dans 111e des Faisans. Les commissaires du roi d’Espagne se déclarèrent satisfaits des nouveaux pouvoirs accordés par le roi de France, mais ils ajoutèrent — fort courtoisement — qu’ils se seraient bien gardés d’exiger de leurs collègues français une formalité qu’eux-mêmes n’auraient pas eu à remplir, et qu’ils avaient
1. — « . . . . A quoy nous respondismes qu’ils agissoient de mauvaise foy de dire que noz commissions n’estoient pas suffisentes après les avoir approuvées et s’en estre con- tentés par deux diverses fois, sçavoir le 4° janvier et le premier de février audit an 1663, et après avoir mesme commencé de procéder avec nous en vertu d’icelles, que néant- moins, bien que nous reconnoissions qu’ils ne vouloient que nous lasser par leurs lon- gueurs et nous obliger de nous retirer sans rien c o n c l u r r e . . . . nous offrions de supplier Sa Majesté de nous faire envoyer une seconde commission plus ample et toutte telle
qu’ils nous la demandoient. » Bibl. NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 529 r°.
2. — Cette commission leur donnait pouvoir de « continuer a traicter tant sur la propriété, seigneurie et jurisdiction de la dite riviere Bidassoa depuis le lieu de cette frontiere où la dite riviere commence a arrouser les terres de nostre obeissance jusques a la grand mer et de son emboucheure, conche et rade qui sont en la mer entre les Tombes et Ondaralçeu du costé de France et le cap Figuier du costé d’Espagne que sur les differentz qui sont entre les habitans dudit lieu de Hendaye et autres nos subjets et ceux de Fuentarabie que autres subjets de nostre dit frère, oncle et beau pere le roi Catholique pour raison tant de l’uzage.de la dite riviere, conche et rade que de la pro- priété, seigneurie et jurisdiction d’icelle. . . » Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol 530 v° et fol. 5 3 1 r°.

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également demandé du roi d’Espagne, leur maître, une nouvelle commission qu’ils n’avaient pas encore reçue. Les commissaires français se retirèrent impatientés. Le 27, ils demandèrent aux envoyés espagnols des nouvelles de leur commission ; elle ne leur était pas encore parvenue, et ce fut ainsi durant tout le mois de mai1.
Cependant, les commissaires français étaient sans argent. Le roi de France n’avait jamais fait qu’augmenter jusque là le délai de leur commission ; ils n’avaient encore reçu d’autres subsides que ceux qui, le 24 septembre 1662, leur avaient été accordés pour un délai de trois mois. D’autre part, les habitants de Hendaye supportaient non sans se plaindre l’entretien des commissaires et de leurs équipages 2. Le 4 juin, l’abbé de Saint-Martin Barès n’eut pas crainte d’avertir Colbert de leur misérable situation 3.
Les commissaires français avaient donc des raisons particuliè- rement sérieuses pour souhaiter la prompte solution des différends de la Bidassoa. Ils réitérèrent, au mois de juin, leurs instances auprès des commissaires espagnols qui n’avaient toujours pas reçu la nouvelle commission et sans laquelle, malgré l’autorisa- tion du contraire que leur avaient, dès le début, donnée lesdélégués français, ils ne voulaient aucunement délibérer 4.

Le 17, enfin, une réunion eut lieu dans l’île des Faisans. Les commissaires espagnols avaient leurs nouveaux pouvoirs, mais, désireux de prolonger l’affaire par un autre détour, ils revinrent

1. — Bibl. NatMél. Colbert, vol. 15, fol. 552 v°.
2. — Cf. Lettre originale d’un des alcaldes ordinaires de Fontarabie, D. Martin de Ambu-
lodi, aux commissaires espagnols, 30 mars 1663 : « . . . . Y le dixo el dicho jacobe (il s’agit d’un habitant de Hendaye précédemment cité) con mucho sentimiento que estavan destruydos é inquietos aludiendo â lo mucho que les costeavan los commissarios de Francia y Io oprimidos que los tenian. . . » Arch. Nat., K l6jO.
3 . — Cf. Lettre de l’abbé de Saint-Martin à Colbert : « . .

. Nous attendons tous les jours qu’il plaise à Sa Majesté nous faire envoyer de l’argent comme elle a eu la bonté de nous escrire qu’elle feroit afin de pouvoir subsister et faire subsister nos équipages, ayant desja fait de grandes avances, nostre commission estant du vingt quatrième sep- tembre de l’année derniere, qui sont près de dix mois, ce qui nous oblige présentement de supplier votre Excellence d’avoir la bonté d’y donner ordre, vous asseurant que toutes choses sont extraordinairement cheres en ce p a y s . . . » Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 1 1 6 ,
fol. 52 r°,
3. — Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 1 5 , fol. 532 v°.
4. ___________________________________

— 61 —

à cette idée qu’il serait préférable que les habitants des deux villes s’entendissent, avant qu’eux-mêmes prissent aucune déci- sion1. Les commissaires français, dociles, acceptèrent et le 18 réunirent la communauté de Hendaye pour la faire procéder à l’élection de cinq délégués qui, le lendemain, se réuniraient avec ceux de Fontarabie dans l’île des Faisans 2.
La conférence eut lieu, dans un coin de l’île, tandis que les commissaires attendaient le résultat des pourparlers à l’intérieur de la baraque 3. Deux heures durant, les délégués des deux villes discutèrent. A la fin, ceux de Hendaye déclarèrent être si sûrs de leurs droits qu’ils s’en remettaient sans crainte au jugement des commissaires espagnols ; à leur tour, ceux de Fontarabie affirmèrent qu’ils jugeaient les représentants du roi de France assez justes et assez équitables pour reconnaître et confirmer leurs droits. Les Hendayais s’écrièrent alors : « Et bien, Messieurs, nous voilà d’accord ; laissons donc prononcer la sentence à Messieurs les quatre commissaires4 ! » Sur ce, les délégués se séparèrent, non sans avoir prévenu les commissaires royaux du résultat de leur conférence. Ceux-ci discutèrent quelques instants encore dans la baraque ; les commissaires français mon- trèrent la prorogation que leur envoyait Louis XIV pour tout le mois de juillet 5, en souhaitant que, passé ce délai, l’affaire fut définitivement conclue.
Les commissaires français comptaient sans la ruse des espa-gnols qui, ne pouvant plus alléguer l’absence de commissions suffisamment explicites et la nécessité qu’il y aurait de faire conférer les délégués des deux villes, déclarèrent, dès le 5 juillet, qu’ils étaient malades et, pour cette cause, jusqu’à la fin de
1 . — Bibl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 534 v°.
2. — Ibià., fol. 533 r° et v°. *
3 . — « . . . Nous serions entrés dans la chambre de la conférence et les députtés de
Hendaye et de Fuentarabie se seroient assemblez en un coing de la dite isle où ils auroient conféré pendant environ deux heures et après diverses propositions, responces et contestacions desdits députtés de part et d’autre, ils se seroient enfin séparés sans rien conclure. . . » Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 5 3 3 v° et fol. 534 r°.
4. — Bibl. Ncii.j Mél. Colbert, vol. 15, fol. 534 v°.
5 . — IbicL, fol. 535 r° et suivants.

— 62 —
juillet, époque à laquelle cessait la commission des délégués
français, se refusèrent à toute entrevue1.
Cependant le 31 août, sans en avoir nullement prévenu les commissaires du roi de France, D. Joseph Romeu de Ferrer et D. Francisco Henriquez de Ablitas prononcèrent une sentence dans laquelle ils déclarèrent ne reconnaître à Hendaye que lesdroits accordés à ce bourg par les commissaires de 1 5 1 0 2 Le mois de septembre et celui d’octobre se passèrent sans qu’aucune conférence eût lieu dans l’île des Faisans. Forts de la sentence du 31 août, les gens de Fontarabie recommencèrent même à tourmenter les pauvres pêcheurs de Hendaye. Le 25 novembre, ils capturèrent plusieurs gabarres chargée de filets qui partaient à la pêche 3.
Les commissaires français se plaignirent de ce nouvel attentat
estoit malade de la 1, — « . . . Et nous ayant respondu le troisîesme dudit mois de cheutte d’une meule, ils nous respondirent le quatorziesme qu’ils juillet que l’un d’euxestoient indisposés tous d e u x . . .
» Bibl. NaiMél. Colbert, vol. 15, fol. 536 v° et fol. 537 r°.
2. — Voici les passages essentiels de cette sentence :
« Declaramos y mandamos que ambas las dichas partes y cada una de ellas tenga los
usos del dicho rio en la conformidad que los han tenido sin hacer novedad alguna en esta manera que los vecinos y havitantes de Fuenterrabia han de poder usar y gozar en el dicho rio Vidasoa de navios, pinazas, chalupas, gavarras, tirolas y de todo genero de navios y barcas con quilla y sin quilla para pescar, navegar, llebar, portear, pasar, salir al mar y para todos y qualesquier usos a que puedan servir y de haver de hacer en dicha ciudad la carga y descarga todas las embarcaciones que entraren y navegaren en el dicho rio, de qualquier parte que vengan, y pagar en ella todos los derechos, como hasta aora se ha acostumbrado y gozar tambien de las yslas y nasas o pesqueras, paso de Beovia y de todos los otros qualesquier usos que hasta aora han tenido y gozado y les pueden competir y gozar de qualquier manera que sea en el dicho Rio Vidasoa a toda su voluntad, sin limitacion alguna y sin que los de Endaya ni otros les puedan poner impedimentto ni embarazo alguno en ello y que los vecinos y havitantes de Endaya solo usen y tengan y han de poder tener y gozar de las nasas o pesqueras que oy tienen en el dicho rio y de las yslas de que han usado para labrarlas y cu.ltibarlas a su voluntad, el paso de Beovia, el Molino del Hospital para moler y el poder pasar, navegar y llebar por el dicho rio y a Endaya con gavarras y tirolas y otras barcas sin quilla y con ellas pescar asi en el dicho rio Vidasoa, como en el mar asi como hasta oy han acostumbrado, sin que por los de Fuenterravia se les pueda poner ni ponga impedimento 111 embarazo alguno y no haver lugar en quanto a los demas usos preten- tidos por los de Endaya en el dicho rio ni deberseles permitir, y mandamos que ambas partes vivan en toda buena paz, union y sosiego y en la misma manera que anttes so pena de confiscacion de todos los vienes y de destierro perpetuo, y lo fîrmamos de nuestros nombres. Don Joseph Romeu de Ferrer. Don Francisco Henrriquez de Ablitas. — Arch. de Fontarabie.
3 . — Affaires étrangères. Correspondance politique, Espagne, tome 48, fol. 1 5 1 et suivants.

-6 3 –
et profitèrent de cette occasion pour réitérer auprès des commissaires espagnols leur désir de conclure le plus tôt possible ces interminables différends. Le 13 décembre, les envoyés du roi d’Espagne leur firent répondre qu’ils voulaient bien recommencer à délibérer, mais qu’ils n’entendaient le faire que sur l’usage et non sur la propriété du fleuve1. C’était un moyen de décourager par avance les commissaires français qu’ils savaient absolument intransigeants sur ce point. D’ailleurs, leur commission expirait au 31 décembre. L’année 1663 devait donc se terminer sans que rien eût été décidé.
Le 23 décembre, Louis XIV, pour dédommager ses malheu-
reux sujets de Hendaye, leur envoyait l’autorisation d’avoir deux foires dans l’année et un marché par semaine, dans les conditions qu’ils indiqueraient et que lui-même ratifierait. Cette mesure fit quelque effet de l’autre côté du fleuve ; on crut y reconnaître le désir du roi de France de relever Hendaye et d’en faire une ville commerçante, capable de rivaliser heureusement avec Fontarabie
2. La réplique, d’ailleurs, ne se fit guère attendre. Sous prétexte que, quelques jours auparavant, des habitants de Hendaye étaient montés sur un vaisseau hollandais contaminé, le 11 janvier 1664, les alcaldes de Fontarabie écrivirent aux jurats de Hendaye qu’ils défendaient, jusqu’à nouvel ordre, toute communication entre Hendaye et Fontarabie
3. Le lendemain, la communauté de Hendaye se réunit et décida d’avertir M. d’Artagnan. Le gouverneur de Bayonne leur conseilla d’agir de même à l’égard des habitants de Fontarabie, ajoutant qu’il allait avertir le roi de cette attitude nouvelle des Espagnols. Cette mesure inattendue gêna si fort les Guipuzcoans que, le 19, les alcaldes de Fontarabie permirent de reprendre le commerce avec Hendaye
4. Cependant, les commissaires espagnols se trouvaient toujours
— Affaires étrangères. — Ibià.y id., fol. 6 r°
— Affaires étrangères.
— Arch. de Fontarabie. 23 janvier1664,
Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 7 r°. et v°.
Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 12 et suiv.
Lettre originale des jurats de Hendaye à Fontarabie, 25 jan-
-64-
à Fontarabie, sans prorogation nouvelle 1, et dans la baie, sur la côte cantabrique, les Espagnols continuaient à poursuivre les gabarres labourdines
2. Le 15 avril, enfin, D. Joseph Romeu de Ferrer et D. Francisco Henriquez de Ablitas reçurent de Madrid de nouvelles commissions pour tout le mois de mai
3 ; mais les termes en parurent si obscurs et le délai accordé si court aux commissaires français que ceux-ci refusèrent, à leur tour, de délibérer tant que le roi d’Espagne n’expédierait pas une commission plus explicite, donnant plein pouvoir à ses commissaires pour décider, de la propriété du fleuve
5. Le 19 avril, les architectes nommés par le roi pour diriger les travaux de construction du nouveau fort arrivèrent à Hendaye ; c’était, de l’avis même des commissaires français, un remède plus efficace aux malheurs des sujets du roi de France que toutes les conférences qu’ils pourraient avoir avec les envoyés du roi d’Espagne
6. , Ces derniers, d’ailleurs, ne recevaient toujours pas les nouvelles commissions qu’avaient exigées d’eux les commis- saires français.
Cependant la tour s’élevait rapidement, face à Fontarabie, et le 13 juin, date à laquelle les commissaires français étaient tou- jours sans nouvelles de ceux d’Espagne, l’abbé de Saint-Martin Barès affirmait à Colbert qu’elle serait prête à recevoir la garni- son vers la fin du mois de juillet suivant6. Le 26 juillet, le roi envoyait des lettres à ses sujets de Hendaye dans lesquelles il
1 . — Cf. lettre des commissaires français à Hugues de Lionne, 15 mars 1664 : « . . . Nous attendons en ce lieu de pied ferme avec autant de phlegme que sy nous estions deux vrays Espagnols descendus de la race de Guzman ou de l’entiene maison de Don Pedro Ponce de Minerva et nous esperons d’avoir cette consolation que, sy l’on trouve des manquemens et des fautes dans nostre négociation, pour le moins ne pourra- t-on pas nous accuser d’avoir agy avec trop de précipitation dans les affaires, puisqu’il y a tantost un an et demy que nous sommes en cette frontière. » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 40 r°.
2. — Arch. de Fontarabie. Lettre originale des jurats de Ciboure à Fontarabie,
24 février 1664.
5. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 48 r°.
4. — Ibid.j id., fol. 49 ru et suiv.
5. — Ibid., id., fol. 58′ v°.
6. —- Ibid., id., fol. 80 r° et v°.

– 65 –

leur annonçait son intention de fortifier la tour, comme ils en avaient exprimé le désir dans leur requête du 23 mars 1663, et sa volonté de les voir librement pêcher, commercer et navi- guer sur la Bidassoa1. Le 20 août on annonça l’arrivée prochaine du commandant de la nouvelle place, le capitaine Michel deLisle, qui se. trouvait alors à Saint-Jean-de-Luz2 ; le 30, il fit son entrée dans la ville, escorté de trente fantassins, au milieu des acclamations des Hendayais enthousiasmés3.
La fortification de Hendaye eut pour résultat immédiat que,
dès le lendemain, les habitants de ce bourg purent se servir de barques à quilles, sans que les gens de Fontarabie osassent protester. Les commissaires français constatèrent le fait, tout en feignant de n’en rien savoir, se félicitant de ce résultat qu’eux- mêmes n’avaient pu obtenir depuis leur arrivée sur cette frontière4.
Le 4 septembre, Don Bernardo de Puxol, secrétaire, des
commissaires d’Espagne, vint à Hendaye présenter aux commis- saires français les prorogations nouvelles, expédiées de Madrid le 26 août et leur donnant pouvoir de délibérer jusqu’au 12 sep- tembre5. Les commissaires français protestèrent, trouvant par trop exigu le délai fixé et réitérèrent leur intention de ne point conférer tant que les commissions du roi d’Espagne n’indique- raient pas que ses commissaires devaient s’occuper tant de l’usage que de la propriété du fleuve : ce que ne disait pas la présente commission 6.
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 105 r°.
2. :— Ibid., id.3 fol. 1 1 8 r°.
3 . — « . . . L e S r De Lisle que Sa Majesté a nommé pour commander dans la tour
de Hendaye y est entré le 50e du mois passé un jour de’ sabmedi avec trente soldatz de sa compagnie, un sergent et un tambour et six pieces de canon qu’il faisoit marcher a la teste de ses gens. Ce qui a fort surpris les habitans de Fuentarabie et ils ont de la peine a s’accoustumer (a ce que l’on nous a dit) a entendre battre du costé de France
la dianne et la retraitte, le soir et le m a t i n . . . » Affaires étrangères. Correspondance
politique. Espagne, tome 48, fol. 1 2 6 v°.
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 1 3 3 et
suivants,
5 . :— Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 1 2 1 r°.
6. — Ibid., i d v tome 48, fol. 126 r\

— 66 —
Le 7 octobre, les commissaires espagnols avertirent leurs
collègues français qu’ils se rendraient le 11 dans la baraque et qu’ils seraient particulièrement heureux de les y rencontrer. Les commissaires français impatientés ne se donnèrent pas la peine de leur répondre et, le 1 1 , Don Francisco Henriquez de Ablitas et Don Joseph Romeu de Ferrer attendirent en vain les envoyés du roi de France1.
Le 19, cependant, les quatre commissaires se réunirent dans l’île des Faisans2 ; les représentants espagnols commencèrent par déclarer que, voyant l’inutilité de leurs efforts à ramener la paix en ce pays, ils allaient, sous peu, quitter la frontière ; vraisem- blablement, ils n’.en avaient pas l’intention. Les commissaires français, cependant, se laissèrent prendre à cette ruse et désireux de ne point les laisser partir sans que le moindre accord eût été conclu, leur proposèrent une dernière solution, celle de recon- naître aux habitants de Fontarabie et de Hendaye des droits égaux sur la Bidassoa et de faire de ce fleuve une propriété indivise, quant à l’usage. Les commissaires espagnols promirent de réfléchir à cette affaire; le 27, ils répondirent qu’il leur fau- drait de nouveaux pouvoirs du roi d’Espagne, qu’il leur semblait inutile et inopportun de les demander, après tous ceux qu’ils avaient déjà obtenus, et que dans ces conditions, ils ne pouvaient encore rien décider3.
Les Hendayais, pendant ce temps, continuaient de naviguer
librement sur le fleuve avec des barques à quille, sans qu’aucune réclamation eût été faite de la part des Espagnols.
Toutefois, le 29 novembre, l’abbé de Saint-Martin Barès et le gouverneur de Bayonne se rendirent dans l’île des Faisans, à la requête des commissaires espagnols qui leur exposèrent que le roi d’Espagne avait appris avec stupéfaction que depuis quelque temps les Hendayais se servaient de barques à quille et qu’il n’entendait pas tolérer plus longtemps cette nouveauté, ajoutant
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 48, fol. 1 5 8 v°. 2. — Ibid.j icL, tome 48, fol. 158 v°, fol. 159 r° et v°.
3 . — Ibid,, id., tome 48, fol. 165 r° et v°.

qu’en vérité, Fontarabie consentirait peut-être à accorder à
Hendaye quelques droits que ce bourg n’avait pas jusque là, mais qu’à ce sujet les commissaires français feraient bien de S’entendre directement avec les délégués de Fontarabie1.
Ce fut la dernière conférence de l’année. Le 19 janvier 1665, les quatre commissaires se réunirent encore, sans rien décider ni rien faire qui pût légalement terminer des différends que l’apparition de quelques canons sur la rive d’Hendaye avait d’ailleurs fait complètement cesser depuis plus de cinq mois2. Depuis janvier, les commissaires espagnols laissaient sans nouvelles les commissaires français, ne voulant toujours pas consentir à ce que la Bidassoa fût non pas partagée entre les deux royaumes, mais seulement reconnue appartenir indifférem- ment, quant à l’usage, aux habitants de ses deux rives3 quand, le 27 juin, ils se décidèrent à prévenir leurs collègues français que des gabarres et des filets pris aux Hendayais le 25 novembre 1663 étaient à leur disposition à la douane de Fontarabie ; ils prenaient soin d’ajouter que le roi d’Espagne ne leur avait nullement donné l’ordre d’agir ainsi et que cette décision, due à leur seule initiative, prouvait suffisamment que leur désir était de voir régner la paix sur cette frontière. La vérité, c’est que, depuis la victoire de Schomberg à Villaviciosa, l’ordre était venu — de Madrid — de ne point davantage irriter le roi de France dont on pouvait tout craindre
4.
1. _ Affaires étrangères. Correspondance politique, Espagne, tome 48, fol. 185 et suivants.
2. — Ibid., ïd., tome 50, fol. 332 r°.
— ibid., id., tome 5 1 , fol. 75 r°.
retz et gavarres, avec quoy il s’entretenoit luy et sa famille, et l’autre réduit a aller demander l’aumosne, que néanmoins nous nous resjouissions chrestienement de ce bon mouvement de charité, de quelque 4. — « . . . A quoy nous luy respondismes que nous avions assés recognu dans toutte la suitte de cette commission le zele de Messieurs les commissaires d’Espagne pour l’entretien de la bonne correspondance entre ces deux peuples, mais qu’en cette rencontre nous ne pouvions pas nous empescher de luy dire que lesdits seigneurs commissaires avoient esté un peu tardifs a produire ce dernier acte de charité envers les propriétaires de ces retz et gavarres, puisqu’elles avaient esté enlevées des le 25e novembre 1 6 6 3 , depuis lequel temps l’un estoit mort de faim pour n’avoir peu ravoir ses endroit qu’il peut venir a Messieurs les Commissaires, quand mesmes il vien- droit du costé de P o r t u g a l . , . » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne,
tome fol. 102 v \
manque 67
— 68 –
Le lendemain, les habitants de Hendaye se rendirent à Fonta-
rabie; mais les épaves qu’ils y trouvèrent étaient en si piteux état qu’ils n’en voulurent point 1. Les commissaires espagnols déclarèrent qu’ils n’avaient pas cru les gabarres et les filets si endommagés et promirent de les faire réparer.
L’inquiétude était évidemment grande à Fontarabie ; l’on y craignait quelque invasion venant de France. L’un des représentants espagnols, D. Francisco Henriquez de Ablitas se rendit à Pampelune pour conférer à ce sujet avec le vice-roi 2. A son retour, deux pièces de canon furent conduites du château du Figuier à l’intérieur des remparts de la Cité ; le 10 juillet, une petite troupe armée entra dans la ville ; enfin, un navire chargé de blé fut acheté au port de Saint-Sébastien et conduit au port de la Madeleine3.
A la fin du mois de juillet, les commissaires espagnols prièrent leurs collègues français de se rendre à la baraque. Le 11 août, l’abbé de Saint-Martin Barès et M. d’Artagnan y allèrent. L’entrevue fut, d’ailleurs, comme les précédentes, parfaitement inutile ; les commissaires espagnols exprimèrent le vœu qu’avant toute chose, Hendaye réparât les dommages qu’elle avait commis à l’égard de Fontarabie, ce à quoi les commissaires français répliquèrent, comme ils l’avaient déjà fait tant de fois, qu’ils ne reconnaîtraient les droits de Fontarabie qu’on ne les leur montrât indubitablement établis par des documents authentiques 4.
Le 17 septembre, Philippe IV mourut. Cet événement fit grand bruit sur la frontière5 et dans la crainte plus forte que jamais d’une prochaine invasion française, les habitants de Fontarabie 1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 5 1 , fol. 103 r°.
2. — Ibid., id., fol. 103 v°.
3 . — Ibid., id., tome 5 1 , fol. 1 1 8 r° et v°.
4. — Ibid., id., fol. 1 5 8 et suivants.
5. — Cf. Lettre de l’abbé de Saint-Martin Barès à Hugues de Lionne, 23 sept. 1665 :
« . . . Comme aussi il vous plairra me faire connoistre de quelle maniéré il faudra agir doresnavant avec Messieurs les Commissaires d’Espagne, veu la mort de Sa Majesté Catholique qui faira sans doutte changer de face a toutes les affaires d’Espagne, et j e YOUS dois dire en passant que la personne que j’avois envoyé ce soir a Fuenterabie pour veriffier cette nouvelle m’a rapporté que les premieres paroles que l’alcalde de Fuenterabie avoit dict après avoir entendu la nouvelle de la mort du roy Catholique avoient esté

– 69 –
continuèrent à fortifier leur ville
1. Toutefois, contrairement à ce que paraissaient supposer les commissaires français, les délégués espagnols demeurèrent à la frontière ; ils se réunirent même le 14 octobre dans l’île des Faisans avec leurs collègues français, à propos d’un vol commis par des Guipuzcoans sur la rive française de la Bidassoa
2. Le 29 eut lieu une seconde réunion
3. Les commissaires espagnols n’avaient pas encore reçu les nouvelles commissions que le roi de France exigeait d’eux. Les commissaires français s’impatientèrent et déclarèrent comprendre d’autant moins ce mauvais vouloir et cette lenteur calculée à produire les pouvoirs demandés qu’eux-mêmes avaient toujours présenté leurs commissions dans le plus bref délai possible
4. Sur ce, les commissaires se séparèrent. Le jour même, dans l’après-midi, le vice-roi de Navarre, duc de San German, arriva à Fontarabie dont il visita minutieusement les remparts
5 Cependant — et c’était là un résultat fort appréciable — les
Hendayais continuaient de naviguer et de pêcher librement sur celles-ci
: « Senores, en poco tiempo saremos en Francia, sin salir de nuestras casas », voulant dire par là que, Fuenterabie estant a la dépendance de la haute Navarre et la haute Navarre appartenant a la Couronne de France, Sa Majesté ne laisseroit pas eschapper une si belle conjoncture sans en demander la restitution et de s’en mettre en possession… » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 1 , fol. 272 v° et 275 r°, et cette autre lettre également adressée par l’abbé au même Hugues de Lionne, le 26 septembre 1665 : « . . . Toutte la ville de Fuentarabie est en grand deuil de la mort du Roy d’Espagne. Nous ne sçavons pas si cela les fera venir plus équitables pour le fait de nostre négociation et si ce nouvel exemple les faisant resouvenir qu’il faut qu’ilz meurent comme leur Roy et qu’il n’y a point de salut sans restitution du bien mal acquis ou uzurpé, ilz ne se résoudront point a rendre de bonne foy a Sa Majesté ce qu’ilz lui détiennent si injustement et qu’ilz lui refusent depuis tant d’années… » îbid.. id., tome 5 1 , fol. 297 v° et 298 r°.

1. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, fol. 3 1 0 r°.
2. — Ibid.j id., fol. 3 3 5 v°. •
3 « . . . Jeudy dernier 29e, nous eusmes conférence avec Messieurs les Commissaires
d’Espagne dans la Barraque ordinaire de l’isle des Faisans où les dits commissaires compareurent en habit de dueil et avec des visages fort contritz et affligés ; ce qui nous donna occasion de leur faire le compliment de condoléance sur la mort du Roy Catho- lique, leur maistre, que nous avions différé jusques a ce qu’ilz eussent pris le dueil. Auquel ils nous respondirent fort succintement et passèrent d’abord a « las alabanças de Carlos 2° », leur jeune Roy… »

Ibid., id., fol. 363 r°.
4. —- Ibid., id., fol. 363 r° et v°.
5 . — Ibid., id., fol. 364 rb.

—7O —
le fleuve, sans être nullement inquiétés. Le 3 novembre, ils cap- turèrent une baleine dans la rade du Figuier et, contrairement à ce qui s’était toujours passé jusqu’alors, la ramenèrent au port de Hendaye. Ils en furent si joyeux que, grimpés sur le dos du monstre, ils burent en chœur à la santé du roi de France 1.
Pour le moment, les habitants de Fontarabie ne songeaient qu’à prévenir les dangers d’un prochain siège2 ; ils préparèrent même une flotille vraisemblablement destinée à repousser le premier choc des galères françaises ; ils recrutèrent dans ce but des pilo- tes, dans toute la région avoisinante; chose curieuse, ils enrôlè- rent des Labourdins et l’on vit même des Hendayais, des jurats de la ville, se faire inscrire, ignorants peut-être, il est vrai, de la besogne à laquelle on les destinait3. Néanmoins, les commissaires français, agacés par ces préparatifs et surtout indignés de voir les Hendayais oublier si rapidement leurs anciennes inimitiés, — inimitiés pour lesquelles eux, commissaires, se morfondaient depuis plus de deux années en ces parages, — avisèrent le ministre De Lionne de ce singulier état de choses et demandèrent qu’une ordonnance prescrivît désormais aux jurats de ne point quitter leur paroisse tant qu’ils seraient en charge 4.

1. — Affaires étrangères. Correspondance politique, Espagne, foi, 381 r° et v°.
2. -— « . . . Les habitans de Fuenterabie sont tellement éspouvantés, à ce qu’on nous
vient de dire, qu’ils ont tenu cinq assemblées généralles en moins de 48 heures, aus- quelles Messieurs les Commissaires d’Espagne ont assisté. Et après touttes ces assemblées, ils ont despeché un correo volante a Madrid pour représenter au Roy d’Espagne le mauvais estât de la place et demander 1500 hommes pour y mettre dedans et du bled pour six mois, attendu qu’il n’y en a pas une seule fanegue (c’est ainsi qu’ils nomment leur mesure) dans tous les magasins, et comme nous avons voulu sçavoir le sujet pour lequel ils estoîent si alarmés, il nous a esté respondu que c’estoit sur l’advis des levées de cinquante mille hommes qu’on faisoit dans la Guyenne destinés pour venir recouvrer la Navarre et qui doivent commenter par la prise de Fuentarabie. Pour moy, j’ay dit a ceux qui m’ont parlé de cela que je croyois que le plus grand ennemi que les soldats de Fuentarabie eussent à craindre estoit la fain et qu’asseurement le gouverneur de la place avoit faict courir tous ces faux bruictz et despecher un courrier a la cour de Madrid pour leur mettre le feu soubz le ventre, afin qu’ils lui envoyassent du pain et de l’argent pour sa garnison et pour lui m e s m e . . . » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 1 , fol. 450 r° et v°.
3 . — Bibl. NatMél. Colbert, vol. 1 3 4 b i s , fol. 5 0 6 v°, et Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 1 , fol. 449 v°.
4- — « . . . en sorte qu’il me semble, sauf le meilleur advis de Votre Excellence, qu’il seroit bon qu’il pleut a sa Majesté nous envoyer un ordre portant que Sa Majesté veut et entend que les juratz resident actuelement pendant l’année de leur charge dans les

7I —
L’année 1665 finissait et rien n’avait encore été décidé ; bien
mieux, les commissaires d’Espagne faisaient courir le bruit, sur la frontière, de leur prochain départ. Le 5 janvier 1666, les com- missaires français les sommèrent une première fois d’avoir à leur répondre, si, oui ou non, il existait encore des commissaires du roi d’Espagne et si, comme ils l’avaient fait entendre à plusieurs personnes, le corregidor de Guipuzcoa, D. Martin Joseph Badaran de Osinalde, viendrait bientôt remplacer D. Francisco qui devait se retirer en Navarre 1. Le 12, D. Joseph Romeu de Ferrer et D. Francisco Henriquez de Ablitas vinrent à Hendaye pour pren-
dre congé des commissaires du roi de France leur attitude
parut peu franche et les commissaires français crurent voir dans ce prétendu départ un habile moyen de précipiter, en faveur de Fontarabie, la solution des différends. Cependant, le même jour, D. Francisco partit pour Pampelune avec toute sa famille3. Dès le lendemain, 13 janvier, les commissaires français réitérèrent leurs sommations 4 ; un de leurs secrétaires se rendit à Fontarabie, à qui D. Joseph Romeu déclara qu’il n’y avait plus de commissaires du côté d’Espagne et que, s’il était lui-même encore en ce pays, c’est qu’il attendait le carrosse qui bientôt le recon- duirait à Madrid.
Le secrétaire se rendit ensuite à la demeure de D. Francisco
Henriquez de Ablitas 5 ; il y fut reçu par’ le propriétaire de la maison, brutalement, avec menace d’être poignardé s’il ne quit- tait pas immédiatement les lieux 6.

paroisses dont ils sont juratz, comme estant les chefz du peuple et estant nommés pour les gouverner et y maintenir le bon ordre avec inhibitions et deffences de s’en absenter que’pour les affaires du Roy ou ceux desdites parroisses dont ils sont j u r a t z , . . » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 1 , fol. 449 v°.
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 52, fol. 19 et
suivants.
2. — Ibid.j id., tome 52, fol. 68 v°.
3 . — Ibid.j id.; fol. 97 v°.
4. — Ibid.j id., fol. 13 r°.
5 . — Ibid., id., fol. 1 5 et 16.
6. — « … lequel Joseph de Soubiabre, propriaitaire de ladite maison, après m’avoi pris rudement ladite coppie des mains, conimença a jeurer et blasphemer le saint nom de Dieu, menassant tant moy notaire que Me Pierre de Berrogain, pretre et aumosnier de la tour de Hendaye, et M0 Arnaud Birac, secretaire de Monsieur l’abbé de St Martin

— 72 —
Cependant, le jeudi 4. février, D.Joseph Romeu de Ferrer et
toute sa suite quittèrent Fontarabie, se rendant à Madrid. Restés seuls sur les bords du fleuve, les commissaires français et notam- ment l’abbé de Saint-Martin Barès, jeune prélat désireux de revoir la cour et de s’y faire donner l’un des plus beaux évêchés de France, n’eurent plus qu’un désir, quitter ces parages maudits et de leur vie n’entendre jamais plus parler de la Bidassoa. Le roi, toutefois, ne semblait pas être de cet avis et continuait de mander à ses malheureux commissaires de signer quelque accom- modement avec ceux du roi Catholique qui, selon lui, regagne- raient bientôt Fontarabie. Le 21 février, l’ordre fut donné aux commissaires français de faire une dernière sommation aux com- missaires d’Espagne ; l’intention du roi était alors de retirer l’abbé de Saint-Martin Barès et de nommer à sa place un officier du gouvernement de Bayonne 1.
Le ÏÏ mars, en effet, Louis XIV écrivait à Henri d’Artagnan qu’il allait nommer à la place de l’abbé M. d’Echeverri2, officier sur lequel nous n’avons d’ailleurs aucun renseignement. Toute- fois, le 24 mars, l’abbé de Saint-Martin était toujours à Hendaye, criblé de dettes et sans argent, désespérant de jamais revoir Paris 3.
Cependant, les habitants de Hendaye continuaient à user libre-

Bares, qui estoient venus avec moy pour servir de tesmoins, de nous mal traicter si nous retournions une autre fois dans sa maison, de laquelle il nous chassa disant plusieurs et diverses injures attroces en langue espagnole, et pour ce que ledit Berrogain lui avoit respondu qu’il auroit tort de nous mal traicter de la sorte, icelui Joseph de Soubiabre auroit tiré a demi son espée du fourreau et dit audit Berrogain qu’il avoit envye de la lui passer au travers du corpz et que nous méritions d’estre pendus et tous les autres françois aussi qui estoient de « picaros et lutheranos », et non content de ce, ledit Don
Joseph nous auroit suivis jusques au bort de la Riviere Bidassoa… » Ibidid., fol. 11 6 r°.
1. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 2 , fol. 1 1 8 r°.
2. — Ibid., id., fol. 2C6 r°.
5- — Cf. cette lettre de l’abbé à un de ses amis : « . . . J’attens response a toutes mes precedentes et surtout des nouvelles de Monsieur de Fussember pour sçavoir si mon argent est a Bourdeaux, vous suppliant de solliciter le dit Sr, car je suis miserable et je dois a Dieu et au diable, et comme je me préparé pour partir par la grâce de Dieu de ce pays et vous aller voir, jugez si j’ay besoin de l’argent. Je vous prie, ne perdes point de temps afin qu’avant partir d’icy j e reçoive la lettre de change de 3000 livres ou pour le moins que j e la trouve a Bourdeaux s’il vous plaist. Mais pressés de la bonne façon, je vous en prie. Je suis si aise de sortir de ce diable de cul de sac que vous ne le sçauriés c r o i r e . . . , » Ibid., id., fol. 207.
_____________________________________________
ment de la Bidassoa, d’y pêcher et d’y naviguer sur toutes sortes
d’embarcation, sans que ceux de Fontarabie fissent aucune récla- mation 1. Tout au contraire, les Hendayais, à leur tour, se montrèrent agressifs et le 1er avril saisirent l’alcalde Martin de Ambulodi qui, soi-disant par mégarde, avait dépassé le milieu du fleuve, tenant à la main sa baguette haute 2. Les Hendayais étaient, d’ailleurs, dans une telle joie que, le 26 avril, ils dépu-tèrent au roi un de leurs jurats,
73
Joannisco de Galbarette, chargé de transmettre au souverain leurs très humbles remercîments 3.
L’abbé de Saint-Martin Barès, de son côté, ne dissimulait pas
le plaisir que lui procurait l’idée de quitter ces parages et de revoir bientôt Paris où, selon toute vraisemblance, il arriverait vers le milieu du mois de mai. Il lui fallait auparavant rédiger conjointement avec M. d’Artagnan le procès-verbal de tout ce qu’ils avaient fait pour la conclusion des fameux différends, pour le moment terminés, sans que rien eût été d’ailleurs officielle- ment décidé 4M. d’Echeverri, le nouveau commissaire, arriva à la fin du mois à Hendaye ; il fut froidement accueilli par la population qui le détestait depuis 1659, époque à laquelle, lors du traité, il avait maladroitement, au nom du comte de Gramont, fait de trop avantageuses propositions aux habitants de Fontarabie5. En réalité, toute commission avait cessé de part et d’autre du fleuve et le rôle de M. d’Echeverri semblait devoir être surtout celui de juge et d’arbitre des différends qui pourraient encore survenir entre les habitants des deux villes rivales.
Le départ de l’abbé de Saint-Martin Barès fut regretté des
Hendayais qui se reprirent à désespérer de jamais pouvoir être sérieusement protégés contre les vexations des Espagnols. Le seul avantage qu’ils avaient retiré des récentes commissions était
1. — Ajjaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, fol. 238 r° et v°. 2. — [bid., ici., fol. 237 r° et 239 r°.
3. — Ibid., id., fol. 283 r°.
4. — Ibid., id., tome 52, fol. 4 1 4 et suivants. Arcb. NatK 1670, et Bibl. Nat
Mél. Colbert, vol. 15, fol. 5 1 4 et suivants.
5. — Ibid., id., tome 52, fol. 4 1 7 r°.
73 manque
— 74 –
que, déjà pauvres et malheureux sans cette nouvelle charge, ils
devaient désormais entretenir une garnison bien plutôt destinée à leur enlever toute liberté qu’à réprimer les attaques des Espagnols1.
Ces plaintes, empreintes d’un mauvais esprit assez dangereux de la part d’une population frontière, firent quelque effet à la cour de France ; l’abbé de Saint-Martin Barès se dévoua ; il repartit pour Hendaye, en vertu de nouvelles commissions que, le 6 août 1666, Louis XIV lui accorda, ainsi qu’à M, d’Artagnan, gouverneur de Bayonne2.
Le 16 septembre, une tartane venant de Marseille entrait à la nuit dans la baie du Figuier, faisant voile directement sur Hen- daye, quand, de Fontarabie, des embarcations garnies d’hommes armés, vinrent l’accoster. L’équipage, inférieur en nombre, fut fait prisonnier et la tartane, remorquée par les barques espagnoles, amenée à la Lonja3.
Les matelots marseillais, bientôt relâchés par la justice de Fon-
tarabie, résolurent de se venger et, dans la nuit du 12 au 13 oc- tobre, sous la conduite d’un jurat de Hendaye, capturèrent en vue de St-Jean-de-Luz une barque de Fontarabie venant d’An gleterre 4. Les commissaires français, qui déjà s’étaient plaints à D. José Badaran de Osinalde, corregidor de Guipuzcoa et commissaire du roi d’Espagne5, espéraient que cette saisie activerait, par voie d’échange, la délivrance de la tartane marseillaise6. Il n’en fut
1 . — Cf. lettre orig, des jurats hendayais, Joannis de la Parque, Pétri de Bergara, Pétri de Macondo, à Hugues de Lionne : « . . . . et malheureux que nous sommes, nous restons avecq ce diable de tour et de garnisson sur les bras qu’il nous caussera la ruine et de tout le pays de Labourt quy nous veut ung grand mal de mort a causse de la ditte tour, dissant que c’est pour hostter toutte liberté au pays et que nous pouvons bien juger que la ditte tour n’a pas esté faitte pour la Riviere de Bidasoa puisqu’on ne s’et pas souscié de la conserver du costé de France. . . » Ibid., id., fol. 4 1 8 r°.
2. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, t. 48, fol. 223 r° et v°.
3 . — Arch. de Fontarabie. Lettre de D. José Badaran de Osinalde aux alcaldes,
•2.6 septembre 1666.
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne} tome 53, fol. 221 r°.
5. — Arch. de Fontarabie. Lettre originale de D. José Badaran de Osinalde aux
alcaldes, 3 0 septembre 1666.
6. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 53, fol. 221 r°.____________________________________________
–75–
rien. D. José Badaran de Osinalde écrivit à Madrid pour
demander quelle devait être la solution de ce nouveau différend1 ; mais avant qu’il eût pu obtenir une réponse, les habitants de Fontarabie mettaient en vente les marchandises dérobées 2.
Le lendemain même de l’attentat de St-Jean-de-Luz, une nou- velle occasion fut providentiellement offerte aux Espagnols de nuire aux malheureux Hendayais. Un navire anglais contaminé traversa la barre ; chassé pour ce motif du port guipuzcoan, il fit voile vers Hendaye. Les alcaldes, aussitôt, décidèrent qu’à partir de ce moment toute relation devait cesser avec Hendaye et, non contents de défendre l’accès de leur ville aux Labourdins, prièrent leurs collègues de Lezo et de Pasajes d’agir de même en préve- nant la province qu’il serait peut-être bon d’étendre cette mesure

à tous les ports dépendants de sa juridiction Les commissaires français ripostèrent fort habilement en déci-
dant que, dans ces conditions, l’accès de Hendaye, de Béhobie et de Biriatou, c’est-à-dire de toutes les communes riveraines de la Bidassoa, serait interdit jusqu’à nouvel ordre aux habitants de Fontarabie5. Or, il ne se passait pas de jour que ces derniers n’eussent besoin de venir au bourg de Hendaye s’approvisionner de denrées qu’ils ne pouvaient se procurer que difficilement sur la rive espagnole.
Depuis plus de deux mois, toute relation avait cessé entre les
deux villes voisines quand, le 8 janvier 1667, ne pouvant sup- porter plus longtemps un état de choses aussi préjudiciable à leurs intérêts, les habitants de Fontarabie envoyèrent dire à Hendaye que, de nouveau, leur ville était ouverte aux Labour- dins et qu’ils regrettaient sincèrement cette mesure prise sur l’initiative malencontreuse de quelques conseillers communaux,

1. — Arch. de Fontarabie. Lettre orig. de D. José Badaran aux alcaldes, 26 sep. 1666.
2. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne} tome 53, fol. 221 r°.
3. — Cf. lettre des alcaldes de Fontarabie à ceux de Lezo et de Pasajes, 15 octo-
bre 1666. Arch. de Fontarabie.
4. — Cf. lettres des alcaldes à la Députation Provinciale, 16 octobre 1666. Arch. de Fontarabie.
5. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 53, fol. 258 v \

– 76 –

particulièrement mal intentionnés à l’égard des Français 1. De
nouveau, Espagnols et Français purent librement traverser la frontière.
Le Ier février, les commissaires français envoyèrent à Fonta- rabie un messager chargé de prier les commissaires d’Espagne de vouloir bien se rendre quelque prochain jour à la baraque pour y terminer ces interminables différends. Le messager revint ; les commissaires espagnols avaient quitté la frontière et déclaré à qui voulait bien les entendre que jamais plus ils n’y reviendraient, préférant que les commissaires français établissent seuls une sentence à laquelle, eux-mêmes n’y ayant point participé, les habi- tants de Fontarabie ne seraient nullement tenus de se conformer 2.
En vérité, les querelles entre Ondarabiarres et Hendayais
avaient singulièrement diminué d’intensité; évidemment, au large de la côte basque, du Boucau à Saint Sébastien, les corsaires de Fontarabie ne se gênaient pas pour arrêter les galères françaises allant en Portugal, mais ce n’était plus dans la baie cette vie infernale et ces rixes interminables et sanglantes qui jadis déso- laient la frontière.
Néanmoins, le 26 février, les commissaires français publièrent
une sentence, dans laquelle ils attribuaient au roi de France la propriété de la moitié du fleuve, d’Endarlatza à son embouchure, entre les dunes sablonneuses d’Ondarraïtz et la pointe rocheuse du Figuier. En outre, les habitants de Hendaye et des communes adjacentes avaient le droit de naviguer dans toute l’étendue du fleuve avec toutes sortes d’embarcations à quille et sans quille ; ils pouvaient librement pêcher avec toutes sortes d’engins, commercer non moins librement sur toute la rive française, charger et débarquer des marchandises au port de Hendaye, y piloter et ancrer des navires étrangers. De plus, les sujets Labourdins de Sa Majesté Très Chrétienne pouvaient cultiver à leur guise les îles du fleuve détachées de la rive française3 et jouir
Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 55, fol. 34 r°.
ïbidid., foi. 88 r°.
Les Juncaux actuels._______________________________

— 77 —
librement des nasses et des moulins établis tant au Pas de Santiago qu’à Béhobie et Biriatou
1.
La sentence fut à peine connue à Fontarabie que les habitants de cette ville, en manière de protestation, attaquèrent de nouveau les Labourdins ; chose curieuse, ils persécutèrent surtout, le long de la côte basque, les marins bayonnais qui, cependant, n’étaient
I. — Des copies de cette sentence, dont nous ne possédons point le texte original, se trouvent aux Archives communales de Hendaye, DD i , aux Affaires étrangères. Corres- pondance politique. Espagne, tome 48, fol. 226 et suiv., et tome 55, fol. 125 et suiv., et à la Bibl. Nat., Mél. Colbert, vol. 15, fol. 506 et suiv. C’est de cette dernière copie que nous extrayons les passages suivants : « Dans la possession de la moytié de laquelle riviere, le grand canal d’icelle, en quel lieu qu’il puisse estre et se changer a l’advenir, depuis ledit lieu d’Andarlatz, où elle commence d’arrouser les terres de France, jusques dans la mer inclusivement, ensemble de la moytié des dites conche, rade et nasse de Biriatu et de la totalité desdits isles et jouncaux qui sont au deçà le milieu de ladite riviere et des dits passages de Biriatu, de Behobie, de l’Hospital Saint Jacques et de Hendaye, nous avons maintenu et maintenons lesdits habitans de Hendaye et autres subjetz de Sa dite Majesté très chrestienne, et en conséquence avons ordonné et ordon- nons qu’ils continueront d’en jouir plainement et paisiblement et qu’ils auront le droict et faculté de naviguer avec toute sorte de vaisseaux à quille et sans quille et de pescher avec toutte sorte de retz et en tout temps aux saumons, sardines et a toutte autre sorte de poisson dans toutte laditte rivière Bidassoa, conche et rade, et d’entrer et sortir a la mer par la barre et emboucheure commune, rader et anchrer dans ladite conche, charger et descharger dans les vaisseaux qui seront dans leurs portz et dans ladite conche toutte sorte de denrées et marchandises qui entreront ou sortiront par la dite rivière et qui viendront tant par icelle que. par mer ou par terre au dit port de Hendaye et autres lieux desdites frontières de France et d’Espagne, et de passer et repasser de France en Espagne et d’Espagne en France, soit au devant de Fuentarabie ou par les autres endroicts de la dite riviere, a touttes heures du jour et de la nuict, toutte sorte de bestail et de marchandises avec leurs dits bastimens à quille et sans quille de la mesme manière que ceux de la dite ville de Fontarabie et autres subjetz de Sa dite Majesté Catholique font et en uzent, et d’ayder à faire entrer et sortir de ladite riviere leurs navires et ceux des estrangers, avec leurs chaloupes et pinasses, iceux rader et anchrer dans la dite conche, si besoing est, et de tenir en leur port de Hendaye et autres toutte sorte de navires, barques, chaloupes et pinasses a I’anchre pour les charger et descharger, y vendre en destail, hiverner ou autrement, a la charge touttes fois de payer à la Tour de Hendaye l’antien droit d’anchrage et hivernage desdits vaisseaux : sçavoir, pour chaque navire, la somipe de trois livres, pour chaque patache ou barque quarante sols, pour chaque pinasse vingt sols, pour chaque chaloupe, gavarre ou autre petit bastiment un carolus valant dix deniers, et de faire generallement toutte sorte de navigation et de pesches sur ladite riviere, conche et rade, sans aucune restriction, comme aussy de labourer et cultiver lesdites isles et jouncaux, et particulièrement la grande isle appellée Insura, avec faculté de faire bastir et construire des moulins sur ladite riviere, et qu’ils jouiront plainement et paisiblement des passages de Biriatu, de Behobie, de l’Hospital et de Hendaye, ensemble des moulins, isles, nasses et pescheries qui sont sur ladite riviere du costé de France, avec les mesmes privilèges, franchises et advantages que lesdits habitans de Fontarabie et autres subjetz de sa dite Majesté Catholique jouissent de leur costé sans exception quelconque et sans que ceux de Fontarabie ny autres puissent exiger des habitans de Hendaye et autres subgetz de sadite Majesté très chrestienne aucun droit ny reconnoissance ; sçavoir les habitans du quartier de Biriatu jouiront et posséderont le passage dudit lieu de Biriatu et la moytié de ladite nasse appelée Martias Corenea ;

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jamais intervenus dans les différends de la Bidassoa1. Le 15 mars, cependant, ce furent des Hendayais que les Ondara- biarres attaquèrent ; un habitant de Hendaye, Joannisco de Galbarette, premier jurat de la ville, entre temps corsaire, avait capturé dans les parages une galère anglaise qu’il ramenait à Hendaye quand, à la barre, son équipage dut subir une canonnade effrénée de la part des soldats espagnols postés dans le fort du Figuier2. Les réclamations des commissaires français contre cet attentat, qui pouvait, à lui seul, constituer une véritable déclaration de guerre, furent vaines et, par la suite, les querelles reprirent incessantes, comme aux plus mauvais jours des années 1617 et 1618, entre Labourdins et Guipuzcoans.
Cependant, l’abbé de Saint-Martin Barès et M. d’Artagnan, en attendant la confirmation de leur sentence, s’occupaient du recrutement des matelots basques destinés à la flotte qui devait investir les ports flamands.
Le bruit de cette levée de marins Labourdins effraya quelque peu les populations guipuzcoanes, et vers la fin du mois de juillet le bruit se répandit à Fontarabie, à Irun et à Saint-Sébastien que les troupes du roi de France allaient bientôt traverser la frontière3. Le capitaine De Lisle demanda du renfort àColbert, car l’intention des Espagnols était, paraît-il, de ne pas attendre l’arrivée des Français et d’attaquer le plus tôt possible la tour de Hendaye, d’ailleurs mal défendue4.
Le 28 août, les deux ambassadeurs espagnol et français, le
Marquis de la Fuente et l’Archevêque d’Embrun, tous deux

les habitans de la paroisse d’Urrugne jouyront et posséderont le passage de Behobie ; les habitans de Hendaye, le passage de l’Ospital Saint Jacques avec celuy de Hendaye, vis a vis de Fuentarabie, comme aussy jouiront et posséderont lesdits habitans de Hendaye toutte la grande isle appellée communément Insura et autres terres appelées j o u n c a u x . . . » (fol. 5 1 0 et suiv.). Un exemplaire de cette sentence rédigée en castillan à l’usage des commissaires d’Espagne est conservé aux Archives municipales de Fonta- rabie.
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 55, fol. 177 r° et v°.
2. — Ibid., id., fol. 178, r° et Arcb. de Fontarabie. Lettre du corregidor aux alcaïdes
de la Cité, 16 mars 1667.
3. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 55, fol. 525 r°.
4. — Bibl. Nat.y Mél. Colbert, vol. 144, fol. 549 et 550.
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78 manque
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rappelés par leurs souverains, se rencontrèrent à la frontière ; ils
eurent une courte entrevue, sur la Bidassoa, dans une barque ancrée au milieu du fleuve1. L’archevêque resta .quelques jours à Hendaye, auprès de l’abbé de Saint-Martin Barès, désormais seul commissaire; car, quelques jours auparavant, M. d’Artagnan était mort à Bayonne2.
L’année 1667 s’acheva sans que l’abbé de Saint-Martin Barès, malgré ses demandes maintes fois réitérées, eût reçu de la Cour la confirmation de la sentence prononcée le 26 février. Elle fut enfin confirmée le 25 janvier 1668, à Saint-Germain-en-Laye3, au moment même où les querelles reprenaient, plus fréquentes que jamais, entre Basques espagnols et français.
Mais alors — chose curieuse — ce fut surtout une commune
française, voisine d’Hendaye, celle d’Urrugne, qui, non pour complaire aux Espagnols, mais pour nuire aux Hendayais contre lesquels le vicomte d’Urtubie devait l’exciter pour des raisons personnelles, refusa d’observer la sentence et fit mine de recon- naître aux habitants de Fontarabie des droits contre lesquels elle- même avait jadis violemment protesté
4. Louis XIV, averti, manda à tous ses officiers de Labourd
de faire strictement observer la sentence par tous les habitants
1 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 56, fol. 47 r°.
2. — Cf. la note ajoutée par l’abbé de Saint-Martin Barès à la lettre qu’il écrivait de
Bayonne, le 31 août 1667, à Hugues de Lionne : « j e ne doutte pas que Votre Excellence n’ayt sçeu la mort de M. d’Artagnan, lieutenant de Roy de Bayonne, qui feut enseveli lundy dernier 29e du courant ; j’estime que, si nostre commission n’eust prins fin, il auroit vesçu plus long temps ; le Roy a gaigné par sa mort dix mille livres qui lui estoient dheu de ses appointemens. » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 56, fol. 47 r°.
3 . — Bïbl. Nat.j Mél. Colbert, vol. 146, fol. 4 1 6 r° et v° et vol. 147., fol. 349 r° et v°.
4: — Cf. lettre orig. du jurât hendayais, Mounjouny de Gource, au ministre Hugues
de Lionne, juillet 1668 : « . . . La communauté d’Urrugne s’oppose a ladite sentence et fait beaucoup de violançe, et l’ayant informé contre eux et presanté requete a Monsieur l’intendant Pellot lequel auroit remis a Monsieur le Lieutenant General de Bayone avec ordre de nous faire droit et justiçe, çe quy n’a pas volu faire et j e n’ose pas le dire le sujet pour quoy, cet pourquoy sy Votre Excellence nous puise obtenir du Roy d’ordonner audit sieur Intendant Pellot de faire executer la dite sentence et de nous endomager de tout depens, domage, interet que la dite comunauté d’Urrugne nous ont caussé ; vous voyès, Monseigneur, que je suis âgée et que je né point d’anfent et que tout çe que je fait, cet pour l’amour de ma patrie, car a mon particullier je suis très content du bien que Votre Excellence me fait jouir pour passer honnetement notre vieillesse. , , » Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 57, fol. 145 r°.
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de cette province1. Les esprits se calmèrent enfin; le bon
accord revint entre Urrugne et Hendaye. L’abbé de Saint- Martin Barès partit à son abbaye de la Chaise-Dieu 2 et la vie sur les rives du fleuve redevint ce qu’elle était jadis, avant l’arrivée des commissaires : les querelles continuèrent, avec captures et échanges mutuels de prisonniers ; les plaintes qui, le plus souvent, devaient rester sans réponse précise, affluèrent à Bayonne, à Pampelune, à Saint-Sébastien, à Madrid, à Paris3, mais était-il désormais bien nécessaire de faire revenir à la fron-
tière de nouveaux commissaires ?
Cependant, dès janvier 1669, le roi de France fit savoir offi- ciellement à ses sujets de Hendaye et autres communes adja- centes qu’il prétendait les maintenir dans leurs droits et saurait répondre aux provocations des Espagnols4. De leur côté, les alcaldes de Fontarabie écrivaient à la Reine Régente d’Espagne demandant instamment la nomination de nouveaux commis- saires 5. Le 8 janvier, la nouvelle parvint sur les bords du fleuve que le nouveau corregidor de Guipuzcoa, Don Manuel Bernardo
1. — « D e par le Roy. Sa Majesté désirant que la sentence donnée le 25e febvrier de l’année derniere par le feu Sr d’Artagnan, lieutenant pour Sa Majesté dans le gouver- nement de Bayonne et le Sr Abbé de Saint-Martin Barès, conseiller en son Conseil d’Estat, commandeur de son Ordre de Saint Michel, commissaires par elle nommés pour le règlement des limites du royaume le long de la riviere Bidassoa au pays de Labourt et qu’elle a confirmée par la ratification expresse du 25e janvier dernier, soit exécutée en tous ses pointz, sadite Majesté a ordonné au Sr. de S1 Pée, son lieutenant dans ledit gouvernement de Bayonne et pays adjacens, de tenir la main à l’execution de ladicte sentence et de se transporter pour cet effect, conjointement et ave.cq ledit S r abbé de Saint-Martin Barès, en tous les lieux de ladite frontiere que besoing sera pour restablir et mettre en possession et jouissance des isles, nasses et passages men- tionnés dans ladite sentence tant les habitants de Hendaye, Urrugne et Biriatu que autres sujetz de sa dite Majesté habitans de ladite frontiere, enjoignant très expresse- ment sa dite Majesté ausdits baillyf, scindig, bailles, abbés, juratz et autres dudit pays de Labourt qu’il appartiendra de prester toute ayde et assistance lorsqu’ils en seront requis, soubz peyne de désobéissance. » Affaires étrangères. Correspondance politique, Espagne, tome 57, fol. 63 r°.
2. — Bibl. Nat, Mél. Colbert, vol. 149, fol. 138 et suiv.
3- — Cf. entre autres documents intéressants : lettre originale des jurats de Saint-Jean- de-Luz aux alcaldes de Fontarabie (28 septembre 1668). — Lettre du Capitaine général à la Cité (28 septembre 1668). — Lettre de la Cité à la Province (3 octobre 1668). — Lettre du Capitaine général à la Cité (18 octobre 1668) Arch. de Fontarabie ; — et lettre originale des jurats hendayais à Hugues de Lionne ( 1 4 décembre 166S). —
Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 57, fol. 1 5 1 et 1 5 2 .
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 5 7 , fol. 167 et 168. 5 . — Arch. de Fontarabie. Lettre des alcaldes à Marie-Anne d’Autriche, 5 janvier 1669.
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de Quiros, devait remplacer D. Martin José Badaran.de Osinalde 1 et que bientôt il viendrait, ainsi que D. Francisco Henriquez de Ablitas, s’entendre avec les commissaires du roi de France sur la solution à donner aux incidents récemment survenus2. Toutefois, sans nouvelle de leurs collègues français dont ils ignoraient même les noms3, les commissaires espagnols ne purent qu’écouter d’une oreille plus ou moins attentive les réclamations de plus en plus pressantes des habitants de Fontarabie. Le 8 mai, un bruit courut, qu’avait intentionnellement propagé le gouverneur de Hendaye : le roi de France avait enfin nommé deux commissaires, M. d’Espelette et le fameux abbé de Saint-Martin Barès4 ; ils seraient bientôt à la frontière. En vérité, aucun commissaire ne vint ; le roi de France semblait avoir définitivement renoncé à protéger ses malheureux sujets Labourdins contre les attaques chaque jour plus hardies des Espagnols5.
Ces attaques devinrent si fréquentes et si violentes que les
plaintes affluèrent de plus en plus nombreuses à la Cour de France et que, tout commerce devenant impossible pour les Français dans cette région, Louis XIV, de nouveau, s’émut de l’intolérable situation faite à ses sujets Labourdins. En mai 1680, le marquis de Lambert6, commandant des troupes royales postées

1. — Ibid. Lettre de D. Bernardo de Pantosa, capitaine général de Guipûzcoa, aux alcaldes de Fontarabie, 8 janvier 1669.
2. — Dans la nuit du Ier au 2 janvier 1669, pour se venger de la prise de Tune de
leurs barques, les Hendayais enlèvent sept chaloupes amarrées dans le port de Fonta- rabie. Cf. Arch. de Fontarabie. Borrador de carta para el général Pantosa que llevaron el Senor alcalde Zuzuarregui y Thomas de Arsu ; — et Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 57, fol. 155 1° Le 20 décembre 1 6 6 8 , des pêcheurs de Fontarabie avaient saisi une pinasse de Saint-jean-de-Luz ; les alcaldes la firent restituer. Cf. Arch. de Fontarabie. Lettre des alcaldes à la ville de Saint-Jean-de-Luz, 3 janvier 1669, et réponse des jurats de cette ville aux alcaldes, 8 janvier 1669.
3 . — Arch. de Fontarabie. Lettre du corregidor aux alcaldes, 17 janvier 1 6 6 9 et
réponse des alcaldes, 24 janvier 1669.
4. — Arch. de Fontarabie. — Lettre originale du Capitaine général aux alcaldes
8 mai 1669 ; et lettre des alcaldes à D. Pedro de Zuloaga, notable de la Province, en résidence à Tolosa, 20 mai 1669.
5. — Cf. notamment Arch. de Fontarabie. Lettre originale des jurats de Ciboure et
de Saint-Jean-de-Luz, demandant la restitution d’une barque marchande de Ciboure, prise au large de Socoa par les corsaires de Fontarabie, alors qu’elle revenait de Bordeaux, 1e1 mai 1676.
7. — Henri de Lambert, marquis de Saint-Bris, mort en 1686,
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sur la frontière basque et prêtes à envahir le Guipuzcoa, somma le gouverneur de Fontarabie, D. Alonso Jordan de Fuenmayor, de faire cesser les agressions journalières des Ondarabiarres contre les Hendayais et autres sujets du roi de France. Le gouverneur répondit que ces différends étaient de bourgeois à bourgeois et non entre soldats des deux royaumes et qu’il ne pouvait en aucune façon intervenir dans cette affaire ; il serait d’ailleurs préférable, ajoutait-il, d’en aviser D. Diego de Portugal, capitaine
général de Guipuzcoa, en résidence à Saint-Sébastien
La Province s’alarma cependant des préparatifs de guerre que faisait le roi de France dans tout le pays de Labourd ; elle écrivit à Madrid pour protester contre cette attitude belliqueuse que rien, disait-elle, ne pouvait justifier, et, en même temps, recom- manda aux habitants de Fontarabie de cesser toute attaque contre les Labourdins. La frayeur fut d’autant plus grande dans tout le Guipuzcoa que les places de Fontarabie et de Saint-Sébastien n’étaient guère en mesure de supporter le choc des cinq ou six mille hommes de troupes que le marquis de Lambert comman- dait à Bayonne. La Junte provinciale, réunie à Saint-Sébastien, demanda que cinq cents hommes fussent envoyés à Fontarabie et que cinq cents autres fussent établis en quelque lieu sûr, entre Irun et Béhobie ; trois cents seulement purent être immédia- tement recrutés, qui vinrent loger au Château de Charles-Quint2. Le 6 mai, un envoyé du Marquis de Lambert, le capitaine Beaullier, se présenta à Fontarabie ; il notifia aux alcaldes que désormais toute embarcation ondarabiarre rencontrée par les galères royales françaises serait impitoyablement capturée, et cela jusqu’à ce que les habitants de la cité guipuzcoane eussent restitué aux Labourdins toutes les gabarres qu’ils leur avaient dérobées3.
ï . — Arch. de Fontarabie, Registro de juntas, mayo 1680. 2. — Ibid.} Id.
3 . — « Yo vengo â deciros de la parte de mi Commandante que el Rey nuestro Senor
nos ha ordenado de tomar todas las embarcaciones que entraren y salieren de Fuenter- rabia entretanto que los Espanoles les hayan vuelto lo que les han tomado â los Franceses y dar satisfaccion al mal trato que han hecho â los habitantes de Hendaya, » Arch. de Fontarabie, Registro de juntas, mayo 1680.
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La Junte Provinciale, de plus en plus effrayée/résolut de faire
une enquête sur les faits incriminés aux habitants de Fontarabie et, par quelque décision bienveillante à l’égard des Français, d’éviter l’invasion du Guipuzcoa qui serait pour l’Espagne un véritable désastre.
Le 8 mai 1680, les enquêteurs, D. Martin Antonio de Barrutia
y Salinas et le licencié D. Francisco de Eguzquiza y Sagardi, partirent de Saint-Sébastien, assistés d’un greffier, pour se rendre à Fontarabie. Ils arrivaient au couvent des Capucins, situé à peu de distance des remparts de la ville, quand le prieur, Frère D. Francisco de Irun, vint à leur rencontre pour leur dire, sachant le but de leur voyage, que, vu l’état des esprits dans la cité, il serait plus prudent qu’ils renonçassent à leur enquête1. Le frère prêcheur fut donc chargé d’aller notifier aux alcaldes la présence au couvent des délégués de la Junte Provinciale, chargés d’enquêter sur les incidents survenus entre Hendaye et Fontarabie ; son caractère sacré devait, semble-t-il, le rendre inviolable. Il arrivait cependant aux portes de la cité quand des prêtres de la paroisse lui déclarèrent qu’il risquait sa vie et qu’il ferait bien de s’éloigner. Le capucin, effrayé, revint à la hâte porter cette nouvelle aux envoyés, qui, le soir même, regagnèrent Saint-Sébastien2.
Le lendemain, une lettre parvint à la Junte : Fontarabie s’y
excusait de ne point envoyer de procureurs ; ceux qu’elle avait élus étaient subitement tombés malades. Elle aurait pu en nommer de nouveaux, mais son mauvais vouloir était évident. La Junte répondit aussitôt que cette absence était d’autant plus fâcheuse que l’assemblée devait spécialement s’occuper d’affaires concernant Fontarabie ; mais le messager porteur de cette réponse

1. — « . . . El dicho Padre guardian representô â Sus Mercedes de como en la dicha ciudad ténia entendido con cierta y évidente noticia habian estado y estaran los vecinos con determinada resolucion de no permitîr procedimiento alguno de los que Su Merced del dicho Senor Don Martin habia de ejecutar en virtud de su comision. . . y que solo querian que estos procedimientos naciesen unicamente de mandato real y por orden del Rey (Nuestro Senor Dios le guarde), y no por otro alguno y que si Sus Mercedes entrasen en la dicha Ciudad de Fuenterrabia, tenian firme resolucion de matarlos. . . » Arch. de Fontarabie. Registro de Juntas, mayo 1680.
2. — Arch. de Fontarabie. Registre de Juntas, mayo 1680.
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ne put pénétrer dans la ville 1. L’hostilité de Fontarabie contre la Province était évidente.
Cependant le bruit courait que trente vaisseaux de guerre
français allaient bientôt traverser la barre du Figuier et bloquer le port de Fontarabie. Voulant éviter la guerre à tout prix, la Junte Provinciale envoya au Marquis de Lambert des excuses officielles en même temps qu’elle blâmait énergiquement Fonta- rabie de sa conduite à l’égard des Labourdins2.
La Cité indignée protesta ; elle dépêcha à Madrid l’un de ses
notables, D. Martin de Miranda. Charles II, qui, tout en ne vou- lant point mécontenter une ville sur la vaillance et l’héroïsme de laquelle la Couronne d’Espagne pouvait tant compter, hésitait cependant à s’aliéner davantage l’irascible roi de France, promit de nommer un commissaire enquêteur et de tout faire pour que les droits de la Cité fussent respectés de tous, tant Français qu’Espagnols 3.
I. — Cf. le curieux interrogatoire du messager, Martin Lorenzo de Bengoechea, habitant de Saint-Sébastien : « , . . dijo : que, el dia 9 de este présenté mes, â las 10 horas de la mariana, salio el testigo de esta ciudad para Fuenterrabia con un pliego de la Provincia, y habiendo llegado a hora de las dos de la tarde â la ermita que llaman de Santa Engracia, que esta poco antes de llegar â la misma ciudad, le salieron al encuentro dos de siete u ocho clérigos que habia en la dicha ermita y le dijeron se detuviese y les dijese â donde y â que efecto iba, y, aunque al principio el testigo res- pondiô le dejasen proseguir su viaje, por no haberlo permitido dichos clérigos, se detuvo y le quitaron el pliego que llevaba, y habiendo leido el sobre escrito y reconocido las armas y sello de la nema, le arrojaron diciendo al testigo que se volviese de alli, que ya no habia Fuenterrabia, y el testigo volviô a decirles que tambien llevaba otro papel que es el parte y que le reconociesen y mirasen lo que hacian, y habiendolo leido hicieron lo mismo que con el pliego, diciendole que se volviesse luego y que por haber replicado el testigo que habia de llegar.à la ciudad para hacer su diligencia, llego otro clerigo a donde el testigo estaba con los otros dos referidos, y habiendo sacado delà cinta y debajo de la loba un punal de sara que ténia la baina atada con una abugeta roja, quisô con él dar algun golpe al testigo, y le detuvieron los demas clérigos sus companeros; con que el testigo dijo habia de entrar en la ciudad y pedir en ella testimonio y por esta razôn volvio segunda vez el dicho clerigo â sacar el dicho punal de sara con ânimo al parecer de herir al testigo, y haviendole agarrado el dicho clerigo le llevaba â la dicha ermita de Santa Engracia, diciendo que le habian de desnudar totalmente, lo cual séria el mejor testimonio que podria traer el testigo, y los demas clérigos sus companeros se lo emba- razaron y uno de dichos clérigos dijo al testigo que dijese a D. Sébastian Manuel de Arriola, â D. Martin de Valencegui y à los de Arbelaiz y â D. Léon de Aguirre que fuesen alla y que los acomodarian, y lo mismo afirmaron los demas clérigos sus companeros, todos los cuales asi mismo dijeron al testigo que deseaban que, como el testigo habia llegado alla, hubiese llegado algun juntero por que lo hubieran acomodado ; y v i o e l testigo que tenian dentro de la misma ermita arrimadas â la pared algunas escopetas, con lo cual volvio el testigo a esta ciudad, con su pliego y parte… » Arch. de Fontarabie. Registro de juntas, mayo 1680.
2. — Arch. de Fontarabie. Registro de Juntas, mayo 1680.
3 . — Lettre du Roi à la Cité de Fontarabie : « E l Rey, Muy noble, muy leal y muy
valerosa ciudad de Fuenterrabia, He visto vuestra carta que mè ha entregado Don
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Pendant ce temps, en vertu des ordonnances forales, la Junte Provinciale, irritée de l’attitude de Fontarabie,. l’avait, le 21 mai 1680, exclue de la Hermandad de Guipuzcoa1.
Le 7 juin 1680, le commissaire royal, D. Fernando Ramirez de Alcantarâ, arriva à Fontarabies. Il y demeura seulement quel- ques jours, interrogeant les habitants et prenant conseil de divers grands personnages, dont le duc d’Albuquerque, D. Pedro, évêque de Pampelune et le Comte de Fuenzalida, vice-roi de Navarre. A son retour a Madrid, il remit le dossier de son enquête au Roi qui en confia l’examen au Conseil d’État3. De son côté, le roi de France avait chargé l’un de ses officiers de Bayonne, Lespès de Hureaux, d’examiner les requêtes des Hendayais et de lui en adresser un rapport succinct ; mais sur les détails de cette dernière commission nous manquons absolu- ment de détails4.
Cependant les troupes françaises avaient’quitté la frontière et,
moins craintive, la Province regrettait alors la mesure rigou- reuse et sévère qu’elle avait prise à l’égard de Fontarabie, protégée par le Roi. L’enquête du Conseil ne fit d’ailleurs qu’af- firmer les droits et privilèges de l’antique cité. Le 3 octobre, enfin, Charles II, de sa propre autorité, manda qu’elle fût immé- diatement réintégrée dans la Hermandad et, le 12 mai 1681,
Martin de Miranda, vuestro diputado, su fecha de diez de este, en que me représentais el desconsuelo en que os hallabais de la resolucion que la Provincia de Guipuzcoa habia tomado de enviar â ofrecer al Mariscal de I^ambert satisfaccion de las quejas que suponen Franceses contra los vecinos de esa ciudad, y en inteligencia de su contenido ha parecido deciros (como lo hago) que con la resolucion que he tomado de que vaya Don Fernando de Alcantara,’como se os participé en despacho de primero de este, à la averiguacion d’estas diferencias, se ocurreal reparo de los inconvenientes que pondérais, siendo mi animo el de la mayor satisfaccion de la justicia que asiste a cada uno y ,deseando que de cada vez se atajen los prejuicios que pudieran resultar de no fenecerse la mala inteligencia con que se ha obrado hasta aqui de una â otra frontera, lo cual he mandado se advierta a la Provincia y â Don Diego de Portugal, hordenando â cada uno que de su parte contribuya lo mismo, esperando que atendereis â que sin dar nuevo motivo â Franceses, se facilite la composicion d’estas controversias, y de lo que fuere resultando me ireis dando cuenta para tenerlo entendido. De Madrid a 22 de Mayo de 1680. Yo el Rey. Don Pedro Coloma. » Archives de Fontarabie. Libro de actas. Copie insérée dans le procès verbal de la séance du 30 mai 1680.
1. — Arch. de Fontarabie. Papeles sueltos (Rio Vidasoa).
2. — Ibid., id.
3 . — Ibid. Registro de Juntas. Mayo 1 6 8 1 .
4. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne} tome 442, fol. 24 r°.
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aux juntes de Hernani, le corregidor, D. Manuel de Arce y
Astete, lut le mandement royal aux procureurs des villes gui- puzcoanes qui promirent de s’y conformer1.
Le siècle s’acheva sans nouvel incident grave et même les différends sur la Bidassoa se firent de moins en moins fréquents par suite du traité provisionnel que conclurent à Madrid, le 19 octobre 1 6 8 5 , le marquis de Feuquières, ambassadeur de France et le marquis de Los Balbases, conseiller d’État et com- missaire de l’ambassadeur de France. Nous n’avons d’ailleurs pas pu retrouver le texte de cette convention qui — selon toute vraisemblance — devait, tout en reconnaissant au roi d’Espagne la propriété exclusive du fleuve, en permettre le libre usage aux sujets du roi de France

CHAPITRE QUATRIÈME

XVIII me Siècle.

La convention d’octobre 1685 dut, tout au moins pour quel- ques années, ramener la paix sur la frontière basque. L’absence de documents relatant comme jadis de sanglants différends sur le fleuve nous le laisse fortement supposer. Toutefois, il semble bien qu’en 1 7 1 5 , les Hendayais aient dû, de nouveau, réclamer la libre navigation que les Ondarabiarres se refusaient à leur reconnaître.
Nous rappellerons — brièvement, car tel n’est point notre
sujet — qu’en avril 1 7 1 9 , une division française franchit le Pas de Béhobie et que, devant Ja formidable armée de quarante mille hommes que commandait le maréchal duc de Berwick, Fonta- rabie, sans défense, dut capituler le 18 juin, après seulement deux jours de siège 3.
1. — Arch. de Fontarabie. Registre» de Juntas. Mayo 1 6 8 1 .
2. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne} tome 7 1 , fol. 283 v°
et fol. suiv.
3. — Sur cette campagne de 1 7 1 9 , cf. notamment Serapio MUGICA : Monografia
histôrica de la villa de Irûn, ïrun, 1 9 0 3 , in-8°, t. Ier, chap. III, § XI, pages 153 et suiv.

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A partir de ce moment, les querelles recommencèrent, évi-
demment moins vives et moins sanglantes que jadis, entre les deux villes rivales. De la propriété du fleuve, il n’était plus question ; pourvu qu’ils pussent librement naviguer, pêcher et commercer sur la Bidassoa, les Labourdins se souciaient peu que la frontière du royaume de France fût avancée de quelques aunes. Les différends, désormais, n’éclatèrent plus qu’au sujet d’intérêts purement économiques et ce ne fut guère qu’un échange de lettres, le plus souvent très courtoises, entre les alcaldes de la Cité et les jurats des communes françaises avoi- sinantes.
En 1 7 2 5 , notamment, ceux de Biriatou, sans que nous
sachions exactement à quel propos, réclamèrent à Fontarabie un droit d’un saumon et de six ducats que la Cité avait depuis longtemps coutume — en théorie1 — de payer au village labourdin, en échange du droit qu’elle avait de poser des filets à cet endroit du fleuve. La Cité, naturellement, refusa et les jurats, trouvant peut-être quelque autre moyen plus sûr d’augmenter les
ressources de leur petit village, n’insistèrent pas davantage 2.
En mai 1 7 3 4 , la vicomtesse Jeanne d Urtubie, a son tour,
réclama la livraison d’un saumon qu’en vertu de conventions fort anciennes, Fontarabie devait annuellement lui donner en échange du privilège qu’avaient les pêcheurs Ondarabiarres de placer des filets, au droit des propriétés d’Urtubie, sur la rive d’Urrugne. Les alcaldes refusèrent, déclarant que, la vicomtesse ayant récemment fait fermer entièrement sa nasse de Santiago et ainsi barré le fleuve, de telle sorte qu’il devenait impossible de rien éprendre dans les filets placés en amont, ils n’étaient plus tenus de payer ce droit jadis établi dans d’autres conditions3. A cela, la vicomtesse répliqua qu’elle possédait une nasse au pas de Santiago pour en disposer comme bon lui semblerait et que
1 – — Cf. Copia de \ina escritura de concordia otorgada entre la villa de Fuenterrabia y la casa Burmott de Biriatu (Francia), sobre pago de ciertos derechos â esta ultima
por el cuïdado de las nasas. 1489. Arch. à’irim, C, neg. 5, série i , lib. 28, exp. 2.
2. — Arch. de Fontarabie. — Libro de actas, 1725, sans indication de quantième.
3 . — IbidLibro de actas, 12 mai 1 7 3 4 .
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cette question n’avait aucun rapport avec le paiement de la rede-
vance annuelle que Fontarabie devait lui payer. Le Conseil de la Cité ne voulait cependant pas céder ; il répondit qu’il paierait le saumon si la nasse de Santiago était ouverte de nouveau1. L’intransigeance des parties fit que le différend resta sans solu- tion pendant plus d’une année.
Entre temps, en avril 1 7 3 5 , les jurats de Biriatou se hasardè- rent à demander le paiement qu’ils avaient déjà, neuf ans aupa- ravant, réclamé vainement aux alcaldes de la cité et, d’ailleurs, cette fois encore, ils n’obtinrent qu’un refus catégorique2.
La vicomtesse d’Urtubie n’eut elle-même qu’une ressource : faire saisir par ses gens le saumon que, malgré toutes leurs pré- tendues enquêtes et délibérations, les alcaldes n’avaient jamais voulu lui donner3. Elle dut, d’ailleurs, les années suivantes, réclamer vainement de nouveau ce droit, malgré les conférences qu’elle et les jurats d’Urrugne eurent à ce sujet avec les délé- gués de Fontarabie4.
Le 4 février 1 7 3 7 , un petit bâtiment breton chargé de sel
échoua dans la baie sur la côte de Hendaye. Les habitants de Fontarabie accoururent et, aux yeux des Hendayais indignés, s’emparèrent de la cargaison. Les jurats portèrent plainte aux alcaldes ; ceux-ci déclarèrent qu’il n’y avait nullement délit de la part des habitants de Fontarabie et que, le fleuve appartenant tout entier à la couronne d’Espagne, ces derniers n’avaient fait qu’user de droits et .de prérogatives d’ailleurs maintes fois recon- nus par les Français. D’autre part, le gouverneur de Hendaye, M. de Gource, et l’un de ses lieutenants, M. de Monrepeaux, refusèrent de faire aucune démarche pour provoquer la restitu- tion des marchandises dérobées 5.
Au mois d’avril suivant, les Ondarabiarres se rendirent cou-
î. — Arch. de Fontarabie. Libro de actas, 26 mai 1 7 3 4 .
2. — îbià.} id.; 5 avril 1 7 5 5 .
3 . — Arch. de Fontarabie, 1 1 et 25 mai et 4 juillet 1 7 3 5 .
4. — Ibid., id.; 6 et 11 juin 1 7 3 6 , et Ibid., Lettre de la vicomtesse aux alcaldes,
8 mars 1 7 3 7 .
5. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 1 2 2 et
1 2 3 , et Ibid. Mémoires et documents. France, tome 359, fol. 1 8 8 r°.
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pables d’un autre méfait. Neuf Français enrôlés au service de l’Espagne par un racoleur irlandais désertèrent et, s’échappant du château de Charles-Quint où ils étaient casernes, gagnèrent la rive française à marée basse. Des soldats en armes se mirent à les poursuivre, qui, dans leur zèle à vouloir rejoindre les fugitifs, continuèrent leur course échevelée sur la terre de France ; quel- ques coups de feu furent même tirés1. L’affaire fit grand bruit à Hendaye et dans toute la région ; de nouveau, les jurats hendayais indignés protestèrent, mais cette fois auprès de M. d’Adoncour, lieutenant de roi à Bayonne, qui fit faire une enquête sur ces incidents par le commissaire des guerres
Dubarbier 2. Cependant, Fontarabie refusait toujours d’acquitter les rede- vances annuelles qu’elle devait tant à la maison d’Urtubie qu’à la commune de Biriatou 3. Dès ce moment, l’on parla de la nomination prochaine de commissaires royaux 4. Dans les premiers jours du mois d’août, M. de Hureaux, lieutenant de la séné- chaussée de Bayonne, reçut les commissions royales5; de son côté, le roi d’Espagne avait nommé l’un de ses conseillers, D. Antonio de Lisôn6.
Le 13 août, M. de Hureaux, de Bayonne, prévint le commis-
saire espagnol en résidence à Pampelune qu’il était à ses ordres, lui demandant de lui bien vouloir indiquer le lieu et la date de leur prochain entretien7. D. Antonio de Lisôn commença par déclarer qu’attendant de l’Escurial de plus amples instructions, il ne pourrait guère se trouver à la frontière avant le 25 sep- tembre8.
M. de Hureaux patienta et fort consciencieusement étudia le
1. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 209 r°
et v°, et Ibid. Mémoires et documents. France, tome 359, fol. 1 8 7 r° et v°.
2. — Ibid. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 2 1 4 r° et v°.
3 . — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 209 r°
et v°, et Ibid. Mémoires et documents. France, tome 359, fol. 1 8 7 r° et fol. 1 9 0 v°.
4. — Ibid. Correspondance politique. Espagne, tome 440, fol. 2 1 0 r ».
5 . — Ibid., îd., Espagne, tome 442, fol. 1 3 7 r°.
6. — Arch. de Fontarabie. Libro de actas, 20 septembre 1 7 3 8 .
7. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 442, fol. 1 7 4 r°*
8. — Ibid., id.; Espagne, tome 442, fol. 2 3 1 v°.
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dossier de l’affaire dont il avait déjà d’ailleurs quelque connais-
sance, ayant, en 1 6 8 0 , accompagné son père dans l’enquête dont l’avait alors chargé le Marquis de Croissy.
Le 4 octobre, les commissaires se réunirent à Hendaye1. Dès cette première entrevue, D. Antonio de Lisôn se montra d’une arrogante intransigeance ; il déclara que la Bidassoa appartenait tout entière à la Couronne d’Espagne et que dans ces conditions il ne pouvait être accordé le moindre droit sur ce fleuve aux sujets du roi de France 2. Toutefois les entrevues continuèrent alternativement à Hendaye et à Fontarabie jusqu’à la fin de janvier 1 7 3 8 3 . Sur ce qu’il y fut dit nous ne sommes guère renseignés et nous ne pouvons affirmer qu’une seule chose, c’est que, le 3 février, les commis- saires se séparèrent sans avoir pu conclure le moindre accord4.
Guipuzcoans et Labourdins n’en continuèrent pas moins à
vivre en assez bonne intelligence ; une convention fut même signée le 26 avril 1747 entre Biriatou et Fontarabie 5. A part
1. — Affaires étrangères. Correspondance politique. Espagne, tome 433, fol. 21 r° et v°, et ïbià. Mémoires et documents France, tome 359, fol. 1 8 8 r°.
2. — Affaires étrangères. Mémoires et documents. France, tome 359, fol. 1 8 8 v*.
3 . — ïbià., id., tome 359, fol. 1 9 0 et suiv.
4. — ïbià., id., tome 359, fol. 1 9 2 r° et v°.
5. — Voici le texte espagnol de cette convention :
« En la Parroquia de Urruna, pays y baillage comunmente llamado de Labour,
entre once y doce del dia veinte y seis del mes de abril del ano mil setecientos y quarenta y siete, ante mi el infrascripto escribano real y en presencia de los testigos que abaxo se citan, comparecieron los senores Dn juan Antonio de Zuloaga, alcalde de la noble ciudad de Fuenterrabia en Esparia, DQ Pedro de Salazar, Dn José de Goicoechea y Dn Francisco Ladron de Guevara, igualmente vecinos y diputados de la misma ciudad, por una parte, y Estevan Haramburu, senor de Arrupe, Juan Broc, senor de Betricobaita, jurados de la Parroquia de Biriatu y vecinos de ella, asistidos de Dn Pedro Hiribarren, decano de Aquerre, Martin Heguy, senor de Etcheverria, Juan Dibildox, senor de Araunts, José Dorelte, senor de Gastenalde, Miguel Hiribarren, senor de Hiribarrenea y Juan Dostis, senor de Adatcheneà, vecinos igualmente y diputados del susodicho Biriatu, por la otra. Entre las quales partes, despues de haberse comunicado los motivos de su mision, se ha convenido en presencia y exercicio de la palabra del senor Maria Bernardo Curuchaga, canonigo regular, prior y vecino de Subernoa, interprete nombrado de comun acuerdo y por ambas partes, el quai, despues de haber prestado el correspon- diente juramento ante mi el infrascripto escribano y testigos al efecto y para la validation y formalidad de los présentes articulos, dixo a saber : Que los dichos senores alcalde y diputados prometen pagar anualmente veinte libras cada un ano en moneda de plata de Francia y poner esta cantidad en manos del senor Haramburu y représentantes, debiendo contarse el ano desde el veinte y très de febrero ultimo y un salmon la quaresma de cada un ano de peso de diez y seis a veinte libras que debera ser entregado en la Parroquia de Biriatu en manos del senor jurado de ella.
En consequencia, los mismos senores Jurados y Diputados de Biriatu consienten
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quelques différends qui éclatèrent, en 1753 et en 1759, entre les
habitants de Hendaye et de Fontarabie au sujet d’une nasse que possédait la Cité au Pas de Béhobie 1. on peut dire, ou tout au moins l’absence de documents nous permet de le supposer, qu’il n’y eut point de conflits bien graves sur la frontière pen- dant près de quarante ans.
Nous avons vu, au cours de cette étude, que l’orgueilleuse Cité n’entendait point que les villes guipuzcoanes portassent la moindre atteinte à ses droits2. La communauté marchande de Irun qui, depuis 1203
3, dépendait juridiquement de Fontarabie, avait, de bonne heure 4, secoué le joug d’une tyrannique
tutelle; elle obtint enfin son entière indépendance en 1766 5.
Fontarabie qui, jadis, lorsqu’elle empêchait les malheureux
Labourdins de naviguer librement sur le fleuve se faisait fort
por su parte en que el senor alcalde y diputados retiren las redes de pesca y demas de punto de malla que se hallen baxo del paso de Biriatu, terreno de la comunidad del mismo lugar en todo el transcurso del ano, obligandose ademas los Senores alcalde y diputados a pagar igualmente cada un ano al ya nombrado Juan Dibildox, senor de Araunts, en Biriatu, la cantidad de treinta libras por los danos que los pescadores pueden causar en los s u r c o s . . . * de sus tierras quando hacen la pesca del salmon en la dicha
nasa y un ** a los propietarios de Pansoubaita del referido Biriatu cada un ano
por el paso por el huerto.
Esta convencion fué asi concluida entre ambas partes, sin que ninguno de sus arti-
culos, contenidos en ella, pueda danar ni perjudicar en nada a los derechos respectivos que las partes tienen sobre la expresada nasa ni a las excepciones qualesquiera que fuesen que se reservan en todo evento ni mucho menos a los derechos de las Coronas dcFrancia y Espana que siempre deben ser conservados.
Y al efecto del complimiento de la présente convencion las susodichas partes en lo
que a cada una le pueda tocar se obligaron. . .*** é hipotecaron todos sus bienes muebles y inmuebles habidos y por haber y expresamente sus rentas y productos de todas sus comunidades prometiendo sugetarse ademas a todo el rigor de la justicia a quien el conocimiento sobre este asunto pudiere pertenecer en lo sucesivo.
Asi lo declararon como testigos Juan Tausin, capitan de militares, los senores Lisarrita
de Urruna y Martin Harboure, senor de la casa de su nombre que firmaron en el origi- nal, no habiendolo hecho los otros, aun en vista de mi interpelacion por decir, no lo sabian hacer. Duhalde, escribano real. — Arch. de Fontarabie.
* Mots illisibles.
** Id.
*** En blanc dans l’original.

., lib. 1 6 .

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d’avoir surtout en vue la défense des droits et prérogatives de
la Couronne d’Espagne, ne voulut point consentir à ce que désormais Irun pût, comme elle, défendre ces mêmes droits ; elle demanda qu’on lui conservât sur la Bidassoa la juridiction

exclusive qu’elle y avait jusqu’alors exercée
1. Dès 1769, des différends éclatèrent sur le fleuve entre les pêcheurs des deux villes espagnoles. En juin 1790, les habitants d’Irun firent établir au Pas de Santiago une nasse semblable à celle que possédait Fontarabie, un peu plus haut dans la vallée, et pour laquelle la Cité payait au vicomte d’Urtubie et aux jurats de Biriatou une redevance annuelle. Fontarabie demanda la sup- pression de la nasse. Les Hendayais protestèrent également. L’alcalde d’Irun fut obligé de faire cesser la pêche. Informé de ce nouvel incident, le gouverneur de Bayonne, comte de L’Hospital, écrivit au Marquis de Basecourt, capitaine général de Guipuzcoa, qu’il serait bon de provoquer la réunion de commissaires des deux villes. Cette idée prévalut et, dès février 1 7 7 1 , la commune de Hendaye nomma le sieur d’Elizalde, habitant d’Espelette, cependant qu’en sa séance du 3 mars, le Conseil communal d’Irun choisissait de son côté D. José Beltrân de Portû y Jausuro, alcalde de Zarauz 2. Le 1er mai, les deux délégués se réunirent au Pas de Béhobie et de leur accord il résulta que l’Université d’Irûn paierait annuellement à Hendaye cinquante ducats d’argent, en échange du droit qu’elle aurait d’entretenir une nasse sur le fleuve et d’en tirer les filets sur la rive française 3.
Cette convention indigna fort les Ondarabiarres qui redoublè- rent d’instances, tant auprès du capitaine général qu’auprès du Conseil royal de Castille, pour obtenir la suppression de la nasse d’Irûn. Le Marquis de Basecourt, sur l’ordre du roi, fit une première enquête qu’il termina le 25 juin 1771 ; il en remit le
ï . — « . . . Mandando igualmente que la juridiccion en todo el rio Vî.dasoa no obstante la exempcion concedida â Yrun se exerza como antes de ella se hacia por la Ciudad y sus alcaldes para que con livertad pueda defender y conservar el derecho â todo el rio como la hizo hasta entonzes… » Extrait d’un Mémoire adressé par fontarabie
au Conseil Royal de Castille. Arch. d’Irûn, C, neg. 5, série 1, lib. 28, exp. 4,
2. —• Arch. d’Irun, C, neg. 5, série 1, lib. 28, exp. 4.
3 . — Ibid.j C, neg. 5, série l, lib. 29, exp. I.

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dossier au Conseil de Castille qui, le 31 août, conclut à la
nécessité de démolir la nasse. L’Université d’Irun protesta ; ses alcaldes rédigèrent un mémoire qu’ils envoyèrent à la Cour ; une nouvelle enquête fut ordonnée qui ne fut guère plus heureuse ; le 31 mars 1772, sur les instances de Fontarabie, le Conseil de Castille confirma sa première décision. Le capitaine général reçut l’ordre d’aller exécuter la sentence avec quelques soldats, mais lorsqu’il arriva sur les bords du fleuve, il fut accueilli à coups de mousquets et d’arquebuses par les habitants de Hendaye qu’avaient prévenus ceux d’Irun. Menacé de mort, il dut à la hâte regagner Saint-Sébastien. À partir de ce jour, habitants d’Irun et de Hendaye, alliés pour la défense de leurs droits communs, ne cessèrent pas d’attaquer les pêcheurs de Fontarabie et leur interdirent d’une façon absolue l’usage de la nasse que possédait la Cité au Pas de Béhobie. Toutefois nous n’avons pas l’intention de raconter dans leurs détails les inces- santes bagarres qui se livrèrent alors sur le fleuve ; nous dirons seulement qu’après un troisième jugement, prononcé en 1773 et resté, comme les précédents, sans effet, la nasse d’Irun fut enfin démolie, en vertu d’une dernière sentence du Conseil de Castille prononcée le 31 janvier 1775. Fontarabie, triomphante, avait gagné sa cause 1.
Nous nous arrêterons ici : brusquement, dira-t-on ; l’absence
de documents nous y oblige
2. Selon toute vraisemblance, les différends durent, en effet, devenir de moins en moins fréquents, de moins en moins graves jusqu’aux premières années du
XIXe siècle ; ils reprirent alors. On comprendra que nous ne voulions point continuer l’étude d’une question qui, à l’heure
actuelle encore non réglée, — bien que les relations entre
Basques des deux rives soient devenues des plus cordiales — appartient au domaine intangible de l’histoire diplomatique contemporaine
94
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LE VIEUX PECHEUR

2
LE VIEUX PECHEUR

100_0112La baie de txingudi avec en premier plan les ruines du fort de Vauban, et au fond Fuenterrabia et son fort de Charles Quint.
Deux ennemis, face à face, dans un cadre paisible , qui parle de paix

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HENDAYE

image3

MON BAS-QUARTIER
Bien que n’en étant pas ,je l’emprunte sans cesse soit pour aller en ville, ou pour faire l’inverse. Le traversant ainsi chaque fois en entier
On dit de moi, bien sûr qu’ elle est du Bas-quartier
Eh bien ! puisque j’en suis, que je vous le présente : C’est un grand carrefour au bout de rues en pente, Des maisons en souci d’un vague alignement N’offrant, pour tout cachet, que leur délabrement
Le Bas-Quartier n’est pas son vrai nom d’origine , iI n’est pas bien ancien comme on se l’imagine; la baie en l’occupant en faisait un bon port
Très à l’abri des vents , à l’ombre du vieux fort.
Harri-Chabaleta, rives harmonieuses s’éveillant aux échos d’histoires merveilleuses Que contaient à l’envie de très anciens pêcheurs S’étendant sur leurs joies et peu sur leurs malheurs.
N’étant plus visité par l’antique baleine, D’autre part n’allant plus à la pêche lointaine le progrès a détruit un ordre primitif.
Car jamais rien n’est stable ou bien définitif.
Le port devient un luxe aux beautés superflues, Rappelant les départs vers les bancs de morue Hendaye a chassé l’eau pour gagner du terrain
Tant mieux pour aujourd’hui mais tant pis pour demain
Foin de vieux souvenirs. Tout pour le modernisme
Faisons donc place nette et pensons au tourisme.
Adieu Vieux-Fort, remparts, pont – levis, souterrains, échauguettes, réduits, rasons tout de nos mains.
Harri-Chabeleta, c’est en pieux hommage
, Que j’ai fait ce poème à ton premier visage : Les vieux chalets sont là, s’il manque un ponceau,
On peut y voir quand même Hendaye en son berceau .

Joséphine Moléres

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HARRI XABALETA
UN PORT SANS BATEAUX

image20Petit , certes, mais protégé par deux mamelons celui d’Ouristi et celui du fort de Gaztelu ,et ouvert par un étroit passage vers la baie de Xingudi ,alimenté par deux ruisseaux celui d’Aizpurdi , et celui de Zapatenia, et l’eau de la marée, à l’abri des raids des marins de Fontarrabie nos farouches voisins qui interdirent toute navigation pendant 653 ans .Alors il a fallut chercher ailleurs : le port de Saint Jean de Luz les accueillit.
On sait peu de choses sur Harri Zabaletta qui subit en 1793 lors de la guerre de la Convention un bombardement et une invasion de l’Espagne suivi d’une mise à feu systématique, puis 20 ans plus tard , une autre invasion par les troupes alliées d’Angleterre, du Portugal et à nouveau de l’Espagne et Napoléon

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1
LES MARINS —
LES PECHEURS –LES CORSAIRES

Les braves et aventureux marins de Hendaye méritaient de sortir de l’oubli dans lequel ils étaient plongés. Pour peu que l’on ouvre un livre d’histoire maritime, on les trouve un peu partout, mais jamais on n’avait eu la pensée de les rechercher pour réunir leurs actions d’éclat en un seul ouvrage et leur rendre ainsi le juste hommage qui leur était dû.
Sans nul doute, les basques ont été considérés comme un peuple d’hommes qui, du fait de leur soif d’aventures ou de leur caractère entreprenant, n’ont pas hésité à s’élancer au-delà des horizons qui les étouffaient. Mais ,malgré leur amour pour leur pays, les Basques quittèrent leur terre poussés par le besoinde suppléer à une terre stérile et par leur soif d’aventures, ayant à leur actif le voisinage de la mer L
Ce silence de divers auteurs sur les capitaines de navires et les officiers d’Hendaye, résulte sans doute du fait que les archives de cette ville furent détruites entre autres par les Espagnols lors de l’occupationde six paroisses frontalières d’octobre 1636 à octobre 1637, mais également en 1793 lors de la guerre de la Convention, et enfin en 1813-1814 par les alliés du général anglais, Wellington, l’Espagne et le Portugal
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Quand on parle de Hendaye , on pense Pellot.
Il est fêté comme il se doit.
Pour la fête Basque il à même droit à un char !
Peut être pense- t-on à un second marin, avec Suhigaraychipi.
————————————
Alors nous allons essayer de vous raconter , comment avec un port, « sous scellé  » Hendaye figure parmi les plus importantes villes maritimes du littoral basque , en nombre de marins, à l’égal de Saint de Luz, Ciboure et Fontarrabie .

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la baleine à bosse à Hendaye

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PREHISTOIRE
LEKEITIO-MUNDAKA
Avant de parler longuement des baleines et de la vie de nos pêcheurs de Harri zabaleta , il serait judicieux je crois de faire une enquête pour en savoir davantage.
On a longtemps pensé que leur chasse était d’origine préhistorique mais sans disposer de preuves tangibles. En fait, plusieurs représentations paléolithiques (en particulier, dans le Sud-Ouest de la France et en Espagne)n’avaient pas été immédiatement reconnues comme telles.
LEKEITIO

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Lekeitio en Pays basque d’Espagne, nous disait que la présence humaine dans le territoire de la ville de Lekeitio- Mundaka remontait à la Préhistoire et était documentée par les restes trouvés dans le gisement de la grotte de Lumentza. par des harpons en os, en bois de renne, qui révèlent la pratique de la chasse à la baleine depuis des temps immémoriaux chez les Basques .Ce gisement avait été étudié et validé par Telesforo Aranzadi – un scientifique spécialiste en anthropologie, botanique et zoologie- et José Miguel de Barandiarán pendant les années 1930.
Nous avons voulu aller un peu plus loin pour trouver une certidude.
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Des os de baleine du paléolithique dans les Pyrénées
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Les chasseurs-cueilleurs de la fin du paléolithique supérieur ont eu un mode de vie littoral.
C’est ce que démontre le préhistorien Jean-Marc Pétillon, chargé de recherche au CNRS à Toulouse.
Non, l’homme préhistorique n’était pas qu’un homme des terres et des grottes.
Les chasseurs-cueilleurs de la fin du paléolithique supérieur ont eu un mode de vie littoral.
C’est ce que vient de montrer le préhistorien Jean-Marc Pétillon, chargé de recherche au CNRS à Toulouse*, dans une étude publiée en ligne dans le Journal « of Human Evolution » .
Il a réexaminé des pièces d’une quarantaine de collections, issues de 23 sites occupés dans les Pyrénées entre moins 18.000 et moins 15.000, exhumées au cours de fouilles entre la fin du 19e siècle et les années 1970.
En particulier des pointes de sagaie, classées un peu vite comme étant en bois de renne.
« Or, j’avais déjà identifié, dans la grotte d’Isturitz, que certaines étaient en os de grand cétacé. J’avais l’intuition que ces pièces étaient différentes », explique le préhistorien. Un premier examen visuel l’a encouragé et a été confirmé par des analyses physico-chimiques réalisées avec les chercheurs du laboratoire du musée du Louvre.
Au total, une centaine d’outils en os de baleine ou de cachalot ont été identifiés.
« Il est difficile de reconstituer le mode de vie de ces nomades sur le littoral marin, car, à cause de la montée du niveau des eaux, ces sites sont désormais à 100 m sous l’océan. Depuis dix ans, nous sommes donc de plus en plus attentifs à tous les indices indirects.
. » Nos ancêtres récupéraient sans doute ces os sur des carcasses échouées de baleine et de cachalot, à l’époque foisonnants dans le golfe de Gascogne.
Un matériau idéal pour tailler des projectiles plus résistants que les os terrestres ou les bois.
L’étude montre que ces outils sont disséminés sur le versant nord des Pyrénées, du littoral atlantique jusqu’à l’Ariège. Comment sont-ils arrivés jusque-là ? « On imagine deux hypothèses : soit ces nomades se sont déplacés avec leurs pointes de sagaie, soit il s’agit d’échanges de proche en proche. »
De quoi considérer d’un œil neuf d’autres objets paléolithiques, « comme ceux des sites du nord de l’Espagne, Cantabrie, Asturies et Galice
* Laboratoire Travaux et Recherches archéologiques sur les cultures, les espaces et les sociétés, CNRS/Université Toulouse 2/Ministère de la Culture et de la Communication/EHESS/Inrap.
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En conclusion on est obligé de reconnaître que la pêche comme la chasse sont contemporaines de l’arrivée de l’homme sur terre.
L’homme a toujours chassé et il a toujours pêché comme il a toujours mangé ; mais la pêche comme la chasse se sont profondément modifiées avec le temps comme avec les besoins des individus ; au fur et à mesure que la société s’est formée, que les familles sont devenues des peuples et que le commerce s’est développé.
Il est hors de contexte en effet, que c’est pour poursuivre la proie convoitée, quelque gros poisson qu’il voyait lui échapper, que le premier marinier osa quitter le rivage où il était impuissant , pour se risquer sur un tronc d’arbre ou tout autre objet flottant qui le rapprochait de son gibier. Ce fut là évidemment le premier bateau monté par le premier navigateur.
Un basque de HariZabaletta. ?
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NOS VOISINS
les GROTTES DE SARE

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Les témoins d’occupation les plus anciens sont des racloirs et des éclats âgés d’au moins 45. 000 ans (Moustérien).
Puis viennent en plus grand nombre des outils (burins et pointes) d’environ 25 000 ans (Gravetien) et des lamelles et grattoirs d’environ 13 000 ans (Magdalénien). Les hommes chassaient alors au Pays basque le cerf et le bouquetin, qu’ils cuisaient sur des foyers à même le sol. Végétaux, baies sauvages et peut-être coquillages de l’Atlantique tout proche et poisson, complétaient leur menu.
Au Néolithique puis à l’âge du bronze, Lezea (l’une des grottes de Sare) fut occupée par des agriculteurs-éleveurs, comme en témoignent de nombreux fragments de céramiques et des ossements de bétail.
A peu de distance de Hendaye on devait les trouver aussi sur les bords de la Bidassoa , l’homme de Neandertal
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Faisons connaissance avec la Baleine
sardako baléa
La baleine a des ancêtres terrestres depuis 50 millions d’années
Elle était un mamifère prédateur Grâce à sa longue queue et ses grandes pattes-nageoires, elle pourchassait ses proies en nageant . Les Millénaires passant elle s’était transformée en poisson.

L’homme de cromagnon ne devait pas ête bien loin .
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Chaque baleine pesant autant que cinquante éléphants, lorsque l’une d’elle s’échouait sur la grève ou était ramenée au port c’était une aubaine pour nos populations.
Chaque animal apportait 35.000 kilos de viande, il en était tiré 30.000 kilos d’huile, des fanons pour les corsets, de la peau pour en faire des cordes et jusqu’aux os qui servaient, les vertèbres comme sièges et les côtes comme poutres.
Sans compter la langue, morceau de choix destiné soit à l’évêque de Bayonne soit au roi (de France ou d’Angleterre selon l’époque).
La baleine qui fréquentait le golfe de Gascogne est connue sous le nom de  » baleine des Basques » ou  » Balaena Biscayencis « . Sa tête est courte, sa couleur noire, pour une taille d’environ vingt mètres, un poids de 50 à 100 tonnes et se nourrit de petits crustacés  » le krill »
Elle passait l’hiver sur nos côtes, les femelles venant jusqu’à s’échouer pour mettre bas. L’été cette baleine remontait vers les côtes islandaises ou norvégiennes.

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HISTOIRE

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Le premier document écrit date de 670 et parle de la vente de 40 pots d’huile de baleines au nord de la France à l’Abbaye de Jumièges en normandie, par des Basques venus du Labourd
.Cette facture était accompagnée d’un texte de cinq lignes en langue basque.

Pour l’Antiquité, le site de Guéthary, mis à jour par Jean-Luc Tobie a permis de confirmer la présence près du rivage d’un «four à huile de baleine», et, vers l’intérieur, des bassins de salaisons de thon remontant au premier siècle après J.C.
On sait aussi que le site antique de Bayonne, Lapurdum, constituait un important marché de langoustes aux IIIe-IVe siècles après après JC

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Epoque romaine

AU MOYEN AGE

Les premiers documents connus qui témoignent véritablement de
cette activité datent des XIe et XIIe siècles.
En France, dès 1059, des redevances en baleine étaient perçues sur ces animaux,

Alphonse VIII de Castille et Ferdinand III étendront d’ailleurs le même privilège aux villes de Fontarabie en 1203, Motrico et Guétaria en 1204 et Zarauz .

Le mode d’entreprendre implique tellement de modifications dans
les méthodes de pêche, qu’il est permis de parler de technique basque autochtone.
Selon une hypothèse, cette technique aurait été acquise dès le IXe siècle en chassant les cétacés qui venaient régulièrement détruire les filets de pêche.
. Découvrant que la baleine était timide et inoffensive,les Basques se seraient aventurés à la pêcher avec des harpons.
C’est alors qu’ils découvrirent l’immense valeur de cet animal . En l’espace d’un siècle, les Basques maîtrisèrent cette pêche au point de devancer tous leurs concurrents du Nord de l’Europe où le déclin de la pêche coïncide avec le sommet de l’activité basque aux XIIIe
et XIVe siècles.
Pendant plusieurs siècles, la capture de ces cétacés procurera des revenus importants à tout le Pays basque de Saint Jeande-Luz en jusqu’à la Cantabrie en Espagne.. Cette nouvelle source de revenus était d’autant plus bienvenue que le Pays basque en général, mais surtout la région du Labourd, était stérile et seule la pêche rapportait un bénéfice certain.

Les archives de Biarritz et de Lequeitio en particulier, témoignent abondamment de ce fait. Bon nombre de fruits et de légumes étaient encore inconnus à cette époque. La pêche fournissait donc l’essentiel du repas d’autant plus que l’année comptait 166 jours de jeûne qui étaient préconisés par l’Eglise !.

Contrairement à ce qui se produira lorsque les Basques armeront pour des expéditions au long cours aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles, on utilisait alors toutes les parties de l’animal: la chair servait à nourrir les populations pauvres et les équipages de navires; l’huile se transformait en lumière et en lubrifiant ou entrait dans la préparation de divers produits comme le savon, la laine, le cuir et la peinture; les fanons, que les Basques utilisaient dès le XIIe siècle, s’employaient dans la confection des vêtements, des décorations comme les plumeaux des casques de chevaliers, des chapeaux de femmes, des corsets, des tabatières, des ressorts de chaises, des soies de brosses à cheveux, des cerceaux de jupes dont la grande robe de la reine; les vertèbres, les côtes et les mâchoires devenaient des sièges, des clôtures, des poutres, des ex-voto placés de chaque côté des portes d’églises et même des moellons comme c’est le cas dans plusieurs bâtiments médiévaux de même les excréments étaient utilisés pour teindre les tissus en rouge ,

Les premiers documents connus qui témoignent véritablement de
cette activité datent des XIe et XIIe siècles.
En France, dès 1059 (sous Philippe Ier),des redevances en baleine étaient déjà perçues sur ces animaux,
D’Aussy ,dans La vie privée des Français cite un manuscrit du XIIIe siècle selon lequel les marchés de Bayonne, de Ciboure et de Biarritz vendaient de la langue de baleine.
Cette partie de l’animal était un mets de la plus haute délicatesse réservé au clergé ou au roi
En 1565, deux quintaux en furent offerts à Charles IX et à Catherine de Médicis.
Aux XIIIe et XIVe siècles, les prises étaient à ce point importantes
que les autorités royales et ecclésiastiques virent, dans la pêche de la baleine, une façon d’accroître leurs revenus,
Jusqu’au milieu du XIIe siècle et en vertu d’une clause des jugements d’Oléron, les Basques avaient été exemptés du droit de pêche; c’est donc dire que les sommes qu’ils versaient à leurs suzerains étaient des dons et non des impôts.
C’est Henry II, roi d’Angleterre (1154-1189) et duc de Guyenne, qui
reversa cette clause. Les archives basques contiennent des dizaines d’exemples de taxes et de redevances perçues sur ce commerce à partir de cette époque: à Biarritz, un règlement de 1268 fixait les droits
Aux XIIIe et XIVe siècles la pêche de la baleine se pratiquait en
haute mer dans le golfe de Gascogne.
Les impôts datent depuis longtemps


Les Hendayais supportaient mal les droits de coutume qui frappaient les marchandises passant le frontière. Ils avaient obtenu l’exemption de la moitié de ces droits qui revenaient au roi. Mais bayonne continuait à percevoir la partie de la ville. Des différents furent soulevés entre Hendaye et Urrugne contre Bayonne à ce sujet. Les taxes étaient très élevées et les infraction à payer très importantes Les Hendayais durcirent leur conduite à l’égard de la perception .
Les receveurs venaient à Hendaye dans la crainte, car les Hendayais ne les ménageaient guère, et leurs redevances étaient payées à coup de baton.

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Manuscrit d’Islande du Moyen Age: Dépecage d’une baleine
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ET L’ADOUR CHANGEA DE LIT

ET FIT LA FORTUNE DE SAINT JEAN DE LUZ
et dans une moindre mesure de ses VOISINS.

Vers 1310 , se produisit un évènement imprévu , qui porta un coup terrible à Bayonne et contribua à la prospérité de Saint Jean de Luz .L’ Adour changea de lit, l’ancienne embouchure étant bloquée par les sables, le fleuve se déversa dans la mer plus loin, au Nord par des canaux qui ne présentaient pas une profondeur suffisante pour la navigation.époque et obligea la plupart des armateurs de Bayonne à se réfugier à Saint-Jeande-Luz et même à Saint-Sébastien.
, Toute une population de marins, d’ouvriers,, de maneuvres vint s’y installer; les gens de la campagne qui allaient à Bayonne se dirigèrent vers cette ville qui d’un port exclusivement destiné à la pêche, devint aussi un port de commerce.
Ciboure prit aussi son essor, Urrugne Ascain, Bidart, Guétary y portèrent leurs bateaux , Hendaye conforta sa présence Cette grande importance ne provenait que de la ruine momentanée de Bayonne.
, Guéthary, Bidart , Biarritz et Hendaye, qui ne formèrent jamais d’armements particuliers, se contentèrent d’envoyer leurs braves et intrépides matelots former une grande partie des équipages de marins et de de corsaires mis en mer par les trois ports que nous venons de citer . Nous ajouteront pour Hendaye aussi : Pasajes et Saint Sébastien.
Celà dura ainsi jusqu’au 17 ème siécle – soit 6 siècles- .
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Hendaye avait trouvé un port depuis longtemps déjà, celui de toute la côte Basque ,de Biarritz de Guétary de Bidart de Ciboure
SAINT JEAN DE LUZ
devint le plus important de France

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La Baleine

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. C’est de cette époque que datent les méthodes de pêche qui seront en usage jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Un des grands avantages des Basques était de voir défiler le long de leurs côtes, à partir de l’équinoxe de septembre et pendant tout l’hiver, des centaines de baleines qui accomplissaient leur périple annuel vers les mers tempérées du Sud
Ces cétacés, qui portent le nom chez les Basques de « sardako », ce qui signifie baleine vivant en groupe. Cette espèce se déplaçait en bancs avec femelles et baleinaux qui fermaient la marche.
Elles étaient une proie rêvée en comparaison d’autres espèces trop rapides pour être poursuivies par des embarcations ou trop puissantes pour être capturées avec les moyens de l’époque.
Elles avaient surtout la capacité de flotter après leur mort, et pouvaient être remorquées jusqu’à la côte ou jusqu’au navire pour les dépecer.

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CE QUI ARRIVA UN JOUR
. Quand nos « trés trés  » lointains anciens virent pour la première fois , ce jet d’eau projeté avec force depuis la surface de l’eau et entre deux vagues, ces masses noiratres qui ondulaient . Lorsque qu’ils trouvèrent une baleine échouée sur le sable de nos plages, ils furent vite en éveil
Ils furent sans nul doute vivement intrigués.

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Pas trop ,car ils se mirent très vite à la dépecer, puis avec prudence à la goûter.. puis à se demander comment faire pour en avoir une seconde.
La chasse à la baleine était ouverte
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Depuis quand : depuis toujours

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Pour survivre, les Basques furent les premiers à chasser les baleines dans le .Golfe de Gascogne
L’humanité avait d’abord découvert les qualités de la baleine en dépeçant celles qui s’échouaient sur le rivage. De tout temps, un tel événement avait été considéré comme une magnifique aubaine de la nature , par les populations côtières.

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LA DECOUVERTE
A HARRI-ZABALETA

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Sur la falaise d’Aragorri, face aux jumeaux, un rocher qui s’est toujours appelé Guetta.
De là un marin, scrutait la mer, de nuit et de jour à l’affût du moindre jet d’eau qui signale la présence de la baleine; prêt à avertir par les moyens les plus bruyants, de cette présence et par du foin humide qui faisait, allumé ,une fumée épaisse.
Plus bas dans la cuvette du vieux quartier de Belcenia, d’autres marins dormant à moitié, lançaient le branle bas de combat.. La pêche qui fut plus tard, la plus difficile et la plus périlleuse qui ait jamais existé, celle de la baleine, pouvait commencer. ——————

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Guéthary l’atalaye
lieu à des confrontations parfois sanglantes.
En 1581 une sentence de conflit dans la chasse d’une baleine entre Lekeitio et Ondarroa en Biskaya distants de quelques kilomètres laissa des traces profondes, en Gipuzkoa
Entre Hendaye et Fontarrabie plusieurs affrontements ,pour les mêmes raisons eurent lieu.
Les villes de
Fontarabie, Guetaria, Motrico, Lequeitio, Bermeo et Castro Urdiales ont toutes des baleines dans leurs armoiries, ce qui implique que la pêche de ce cétacé était une caractéristique reconnue de ces villes.
Sur la Côte basque Biarritz Guéthary et Hendaye ont aussi la baleine dans leur blason.
Plusieurs maisons possédaient aussi une pièce du rez-de-chaussée réservée à la fonte du lard.
Encore au début du XXe siècle, des vestiges de tours ou de vigies témoignaient d’une époque où les Basques scrutaient la mer de
ces postes d’observation.

Biaritz

image34BIARRITZ la vieille tour de l’atalaye

Au début, la baleine était chassée sur les côtes , au cours de
campagnes qui allaient du mois d’Octobre au mois de Mars, lorsqu’elles descendaient depuis les mers gelées du Nord.

. Ne dépassant pas 20 mètres de longueur, ces baleines étaient
lentes et inoffensives. Elles étaient une proie rêvée en comparaison
d’autres espèces trop rapides pour être poursuivies par des embarcations ou trop puissantes pour être capturées avec les moyens de l’époque.
Elles avaient surtout la capacité de flotter après la mort,
. Grâce à cette flottabilité, les pêcheurs pouvaient les remorquer jusqu’à la côte pour les dépecer.

Les trainières attaquaient d’abord les baleineaux, qui fréquentaient ces eaux tempérées lors de la période de reproduction hivernale , et les ramenaient vers le bord.
La baleine, s’apprétait à les défendre, son instinct maternel affolé frappant de tous côtés avec son énorme queue. L’homme au harpon s’approchant au plus près de la bête .
Ce combat qui fut fatal, dura longtemps, dans le golfe de Gascogne, et toute la côte Cantabrique ,des siècles durant, au point que l’espèce dont la méfiance était venue, commenca par s’éloigner de la rive puis disparut progressivement jusqu’à ne plus revenir
.Le problème était posé il fallait chercher plus loin

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PREMIERE TENTATIVE .
Aux XIIIème et XIVème siècles, lorsque la baleine commença à se raréfier sur la côte Cantabrique, à cause d’une pêche intensive et irresponsable, les pêcheurs allèrent la chercher plus loin vers le cap Finistère, aux Asturies et en Galice (1371)
.Ils avaient bien commencé avec des pinasses , mais la mer réputée dangereuse ne pouvait pas permettre d’aller bien loin.
Les baleines étaient harponnées à peu de distance des côtes, les trainières les emmenaient sur la grève Il règnait alors une intense animation autour des fours, près des dépeceurs, coupeurs de lard, tonneliers et autres spécialistes.
Mais c’était encore des entreprises locales

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La première barque est de type « pinazza » harponne, et ramène la prise à son port.
Quand la distance n’est pas trop importante ce sont les rameurs des trainières qui ramènent la bête

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La baleinière basque renflouée exposée au musée du Lieu historique national de Red Bay, station baleinière basque du xvie siècle, située dans l’actuelle province canadienne de Terre-Neuve-et-Labrador.

Il règne alors une intense animation autour des fours, près des dépeceurs, coupeurs de lard, tonneliers et autres spécialistes.
Ensuite il fallut attendre les premiers Naos

LES PREMIERS NAO

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PREMIER VOYAGE
Les Naos( ou caraques ) navires sommaires, de la fin du Moyen Âge, caractérisés par leur coque arrondie furent l’un des premiers à pouvoir naviguer en haute mer sans trop de risques
Ces navires encore rudimentaires avaient fait leur première expérience avec Christophe Colomb pour la découverte de l’Amérique; et Magellan pour son tour du monde sous les ordres de Juan Sebastián Elcano.
Nos basques à leur tour prirent le large vers l’Angleterre l’Irlande et la Norvège
Ces campagnes difficiles qui duraient 3 à 4 mois, aguerrirent nos pêcheurs à la pêche au loin. Le besoin de subsistance les y poussait plus que l’attrait aventurier, leur vie étant très rude.


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copie du navire de Christophe COLOMB avec lequel il découvrit l’Amérique centrale en 1492
EL CANO fit le tour du monde avec le même navire


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LE GRAND DEPART

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L’emploi de la boussole au XIV siècle permit à nos pêcheurs armant des Naos, d’aller, toujours plus au nord ,dans les eaux de Terre Neuve, du Labrador, au Groenland, ou au Spitzberg.
Avec des NAOS un peu plus grand Ils se dirigèrent vers le Grand Nord,
Mais ils n’étaient pas les premiers
Nos marins ne partaient pas à l’aventure, car il y a longtemps que le Grand nord avait été découvert par les Corsaires toujours à l’affut de piratage.
Les naos mettent environ 1 mois pour rejoindre les côtes de Terre Neuve. La campagne durant pratiquement 6 mois, les navires partent chargés en approvisionnement, armements, matériels de pêche et de transformation, barils, briques et tuiles pour construire les fours, sans oublier le cidre et la coutellerie servant pour les échanges dans le commerce et les relations avec les tribus autochtones ( ( Micmacs, Algoquins, Montagnais)
Nos corsaires sont depuis toujours en contact avec les populations indigènes et le commerce va bon train
A la compagnie de Montmorency qui leur contestait la liberté de trafiquer à Terre-Neuve, ils répondirent par la phrase suivante :
 » il y a plus de troys cens ans que les habitans dudict lieu on faict la découverte de Terre Neuve et par leur soing, un grand nombre de pertes d’hommes et navires, le commerce y a ésté estably et la pescherie et trafficq permis. »

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ILS ETAIENT ATTENDUS

LA chasse aux baleines est étroitement liée aux corsaires, car elle fut exercée avant leur création pour venir finalement les rejoindre.
Les premiers corsaires du Pays Basque furent des baleiniers qui alternaient leurs occupations de chasse avec le pillage des ennemis sur les bancs de Terreneuve, cautionnés par leurs lettres de marque.
Les pillages de morue, par exemple, constituaient pour eux un butin aussi convoité que les soies les plus riches, l’or ou les meilleurs vins des navires marchands. –
Mais pour nos corsaires, ce n’était pas que ça

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.
On a prétendu que les Basques avaient délaissé la pêche de la baleine pour se consacrer au commerce des fourrures, plus lucratif et moins dangereux.
Depuis que le commerce est né et que les marchandises ont parcouru les mers il y a toujours eu quelqu’un pour les intercepter.
Les Basques en avait fait leur métier.
Cette contrebande se faisait au détriment des deux grandes nations qui contrôlaient le Grand Nord : l’Angleterre et la France.

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Quatre peuples se dégagent très nettement de tous les autres par l’intensité de leur activité.
Il s’agit des Basques espagnols et français, des Anglais, des Hollandais et des Américains.
Le long des côtes du golfe de Gascogne, un petit peuple, le peuple Basque qui pratiquait également cette pêche,commençait à s’affirmer.
À compter de cette époque,ce nouvel élément vint modifier la situation.
Les Basques seront les premiers à faire de la pêche de la baleine une industrie internationale
. Avec eux – peuple de marins hardis et inventifs – commence la véritable histoire de la pêche de la baleine dans l’Atlantique Nord
Il semble que les Basques et les habitants de la côte cantabrique seraient les premiers chasseurs de baleines de l’histoire et les inventeurs de l’industrie baleinière. Ils étaient organisés comme tels dès le VIIème siècle.
Pendant six siécles les basques du Labourd domineront la chasse à la baleine

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Départ pour le Grand Nord

Les naos mettent environ 1 mois pour rejoindre les côtes de Terre Neuve. La campagne durant pratiquement 6 mois, les navires partent chargés en approvisionnement, armements, matériels de pêche et de transformation, barils, briques et tuiles pour construire les fours, sans oublier le cidre et la coutellerie servant pour les échanges dans le commerce et les relations avec les tribus autochtones ( ( Micmacs, Algoquins, Montagnais)
Nos corsaires sont depuis toujours en contact avec les populations indigènes et le commerce va bon train
Ils étaient prêts :
Les contrats établis en début d’année
prévoyaient que l’équipage parte en mer au premier beau temps,
les départs se situant en général en avril. La pêche prenait fin le jour
de la Saint-Michel, le 29 septembre
Le retour au port d’attache était prévu vers la fin du mois d’octobre, mais avait lieu le plus souvent dans le courant du mois de novembre et même de décembre,notamment lorsque les produits de la pêche devaient être livrés dans d’autres ports.
Pour chaque saison de pêche, l’absence hors du foyer familial pouvait alors durer sept à huit mois.

les Naos aussi étaient prêts
et attendait nos marins
LE VOYAGE

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la NINA de Colomb – – le même Nao qui emmera plus tard nos marins dans le Grand Nord
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La NINA, est l’une des deux caravelles de la première expédition de Christophe Colomb en Amérique, avec la PINTA et la caraque Santa Maria, qui vont découvrir la première route aller- retour Europe/ Amérique le 12 octobre 1492.

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LA VIE À BORD
L’équipage
La vie quotidienne à bord de tout corsaire ou marin basque se déroulait de la façon suivante:
Les marins vivaient sur le pont de jour comme de nuit, qu’il vente ou qu’il pleuve.
Pendant la journée il y avait plusieurs quarts à faire, de quatre heures chacun. Le travail commençait à l’aube: nettoyer les ponts, raccommoder et hisser les voiles, grimper le long des mâts et assurer les cordages.
Le matin, le marin gardait le tapis ou la couverture où il avait dormi, étalait ses vêtements, se lavait dans un seau, prenait un petit déjeuner frugal (biscuits, quatre-quarts, aïl, fromage et quelques sardines grillées), écopait l’eau que la nef avait recueillie pendant la nuit et mettait de l’ordre dans sa malle ou son coffre. Celui-ci contenait les vêtements propres à tout corsaire ou marin: une chemisette en laine, une chemise, des chausses, un capuchon ou une cagoule, et peut-être une pélerine courte et un bonnet.
Le seul repas chaud était celui de midi.. La nourriture était abondante mais monotone.
On utilisait de l’huile, de l’aïl, des haricots, des fèves, des pois chiches avec de la viande séchée ou boucanée, du lard, de la morue ou des sardines séchées, de la viande salée, du quatre-quarts ou des biscuits de farine de blé, le tout stocké dans la partie la plus sèche de la nef.
Le miel remplaçait le sucre et le vin était rationné par homme et par jour car il était cher. Chacun recevait sa portion dans une écuelle en terre cuite ou dans une assiette en bois; une cuillère en bois et un poignard complétaient la vaisselle.
L’ eau était conservée dans des barriques en bois, où elle se corrompait promtement . Le biscuit, qui était la base principale de l’alimentation, fermentait par l’effet de la chaleur et de l’humidité des soutes, auxquels ne résistaient pas beaucoup mieux le lard et le poisson salé, les garbanzos et le fromage, qui formaient toute l’échelle de la nourriture..
Ces aliments étaient cuits plus ou moins bien dans le fougon, sorte de grande caisse doublée de fer, garnie d’un lit de terre et placée sur le pont des naos ; au-dessus, on leur faisait une toiture pour les préserver des pluies diluviennes . Ces traversées étaient de vrais cauchemards acceptés avec fatalité, avec un climat rigoureux dù aux masses d’air polaire qui affluaient des régions arctiques
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Il n’y avait que le capitaine qui avait sa chambre à lui, mais qui ne lui servait uniquement que pour ses cartes. Au cours des derniers siècles des équipées corsaires il avait seul une chambre pour dormir.Le reste de l’équipage dormait sur le pont assis sur ses chevilles. Plus tard ils apprirent des Indiens à se servir de hamacs
Un couple rituel résonnait ensuite toutes les demi-heures, et le timonier et la vigie étaient remplacés toutes les heures.
Le manque d’hygiène, l’entassement sur le pont et les repas monotones étaient d’excellents bouillons de culture pour les maladies. La mauvaise nutrition les rendait très peu résistants aux maladies, et le danger de périr d’une épidémie déclarée à bord était grand.
Le scorbut, qui n’avait pas encore été découvert, et qui était dû au manque de vitamines, était la maladie la plus habituelle. Seuls les officiers avaient des provisions personnelles (figues, raisins secs, confitures, raisins,…) qui contenaient certaines doses des vitamines nécessaires.
La syphilis fut une autre maladie très commune, qui sévit particulièrement au XVIème siècle. Le barbier était la personne à bord qui s’y connaissait le mieux pour soigner les malades.
Une grande partie de son travail consistait à extraire des objets, à cicatriser et à cautériser des blessures et à coudre ou couper des membres. Le traitement se limitait aux saignées, aux médecines végétales…, et le trousseau était composé par un mortier, des espèces, un découpeur, des plantes médicinales et de l’eau-de-vie.

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LES DANGERS

Sur place, les conditions de vie sont rudes, le froid et les maladies font des ravages. Gare aux équipages qui se laissent surprendre par l’hiver! Selon Nelson Cazeils, auteur de Cinq Siècles de pêche à la morue (éd. Ouest-France), 542 marins basques du Guipuzcoa auraient ainsi été « victimes des glaces lors de l’hiver sibérien de 1576-1577 à Terre-Neuve et le long du détroit de Belle-Isle ». Chasser la baleine est un métier à risque: il arrive que, d’un coup de queue, l’animal précipite une douzaine d’hommes dans l’eau glacée.
Une fois tué, il est dépecé et sa graisse fondue dans de grands fours installés à terre pour en extraire l’huile.

Les marins devaient affronter les dangers de la mer.
Au cours de très grandes tempêtes ou d’ouragan, des navires disparaissaient .
Nombreux furent aussi les navires corsaires capturés par des bâtiments anglais plus puissamment armés
Fait prisonnier, l’équipage était conduit dans des geôles
anglaises ( les pontons ) Les conditions de captivité y étaient horribles Les géoliers les laissaient mourir lentement.

D’autre part, pris probablement par des corsaires de Salé ou
d’Alger, quelques Hendayais furent esclaves en Barbarie.
Ils ne pouvaient retrouver leur liberté qu’après paiement d’une rançon.
Parmi eux nous citerons : en 1619, Joannis de Laparque, fils de Marie de Suhigaray (rançon prévue : 736 livres) ; Pierre Serviau, chirurgien ; Joannis de Harostéguy y resta une année, tandis que son fils Joannis de Harostéguy pris en même temps que lui, réussit à s’évader en 1715 après huit ans d’esclavage.
En 1723, François Apéstéguy âgé de 60 ans, était esclave depuis vingt ans. Betry de Romatet était en 1712 esclave en Turquie.

Quelques statistiques

De diverses études effectuées, il ressort que la durée de vie des
marins était environ de 42 ans en moyenne, alors qu’elle était de
52-53 ans pour la population masculine non maritime. Par ailleurs,
60 % des marins mouraient hors de leur village — de maladie ou de
noyade au cours de violentes tempêtes ou d’ouragan sur les corsaires,
ou prisonniers en Angleterre ou aussi sur les vaisseaux du
Roi —, et à un âge moyen de 30 à 35 ans suivant les paroisses. ( Lassus )

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La discipline et les prisonniers
A bord des vaisseaux corsaires basques espagnols, les marins ne pouvaient être condamnés à mort, aussi grave que fut leur faute. De sorte qu’étant libérés de la crainte des châtiments durs ou des plus extrêmes, les hommes d’équipage faisaient très souvent preuve d’une grande indiscipline. Il y avait cependant des punitions, comme le passage sous la coque, qui pouvait être assimilé parfois à la peine de mort.
En contrepartie, les basco-français étaient plus durs aussi bien dans leurs coutumes que dans leurs châtiments: le châtiment corporel et les rites d’initiation (attacher le nouveau au mât pour le frapper) subsistèrent malgré l’interdiction des autorités. L’assassin était attaché au cadavre de sa victime et était jeté par-dessus bord.
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Quoi qu’il en soit, il est sûr que les Basques ont découvert un grand
nombre de baleines dans les eaux qu’ils fréquentaient chose certaine dès la première moitié du XVIe siècle.
Dans les années1550, la documentation historique prouve sans équivoque que les ports de Biarritz,Capbreton, Pasajes, Renteria, Saint-Jean-de-Luz, Saint-Sébastien et Ciboure armaient annuellement plusieurs navires pour la pêche de la baleine et de la morue aux terres neuves.
La première référence certaine à cette industrie au Labrador date de 1554.
Par contre, le « Grand Insulaire et pilotage  » du cosmographe André Thévet, rédigé vers1550, dit qu’il existe près de Tadoussac (Thadoyzeau), » une île où les Bayonnais et les Espagnols viennent chaque année faire la pêche de la baleine. »
Cette présence a très certainement influencé les Amérindiens.
Dans un document basque français déposé aux archives de la mairie de Saint-Jean-de-Luz, on peut lire que des le début, les Basques établirent des liaisons commerciales avec les autochtones mais plus particulièrement avec les Esquimaux. Les langues de ces deux peuples étant bien sûr différentes, ils formèrent une espèce de langue franque composée de basque et de deux langues amérindiennes. « Les personnes qui ont fait des établissemens aux colonies françoises au Canada et en la partie septentrion de l’Acadie, y trouvèrent ce langage » étably depuis longtems, la première fois qu’ils y arrivèrent « 

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Les CORSAIRES , les pêcheurs
et les AMERINDIENS

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Tout une industrie s’était installé entre les populations autochtones primitives, les Amérindiens Iroquois, mais aussi Algonquins, Nipissinges, Hurons les Mic Mac et d’autres selon les régions.

Leur commerce était du troc
Le produit qui intéressaient particulièrent les Amérindiens était le métal dont ils étaient dépourvus , les couteaux et les haches les marteaux, des barres de fer, des clous des scies enfin tout ce qui pouvait concerner la constructions d’abris.

Et aussi l’alcool dont nous parlerons plus loin.

En échange ils offraient des fourures et particulièrement
des castors dont le poil était très prisé pour la fabrication du feutre pour les chapeaux . Outre le castor, d’autres animaux à fourrure étaient aussi recherchés, par exemple, les loutres, les martres et les renards.

La fourrure procurait donc un revenu très important pour nos contrebandiers.
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Une hutte de trappeur

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et les tribulations de la
VERITABLE EAU DE VIE
DE ANDAYE

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L’eau de vie de Andaye a une origine qui n’a jamais été découverte, une ou deux familles en revendiquant la paternité.
Son secret de fabrication étant jalousement gardé, une petite entreprise en assurait la survie.
C’était l’époque ou nos marins et surtout nos corsaires découvraient le Grand Nord encore faiblement peuplé, ce qui n’empéchait pas un début de commerce qui pratiquait le troc. C’est ainsi que les français découvrirent les fourrures et les autochtones l’alcool que nos marins emportaient pour leurs besoins personnels. L’eau de vie fut une grande révélation pour les  » MicMac » ou les  » Algonquins » et leurs besoins augmentairent avec les voyages, à la surprise et à la grande satisfaction des hendayais dont l’entreprise se développait trop rapidement.
grande satisfaction des hendayais dont l’entreprise se développait trop rapidement.
Aussi l’affare changea de mains et cinq Hendayais brûleurs d’eau de vie, Dominique d’Irandatz, , Martin Galbarret, Jean Duhalde , Pierre Dottace, , et Martin Haranibar tous marins, commerçants – et à l’occasion corsaires – avaient créé une société qui était en contact avec les autorités canadienes et les populations autochtones des « Algonquins  » avec lesquelles ils faisaient du troc. .
Ce commerce était devenu florissant pour nos Hendayais car le Grand Nord avait découvert les  » vertus  » de cette eau de vie qui réchauffait le corp et égayait les esprit .
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Je me dois de rapporter que tout ne fut pas parfait, quelques incidents vinrent troubler cette harmonie. Le premier est que :
. Vers 1636, les Basques auraient , en toute confiance , laissé un mousse chez les Indiens pour qu’il surveille les bateaux à l’arrêt pendant les grands froids et apprene la langue de la tribu.
Ces derniers l’auraient mangé au cours de l’hiver.
Ce manque d’hospitalité fit peu de bruit et fut vite oublié.
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Du second dont nos basques sont grandement coupables:
Nos marins qui fréquentaient surtout la côte nord du fleuve, avaient été chassés par les Esquimaux avec qui ils n’étaient plus en très bons termes.
C’est du moins la conclusion de quelques chroniqueurs du début du XVIIe siècle,dont le père Biard qui raconte
 » que la querelle aurait débuté lorsque les Basques enlevèrent la femme d’un chef esquimaux. »
Ce manque de civilité et cette maudite incontinence souleva la tribu d’une grande fureur , l’affaire tourna au drame et le commerce s’en trouva affecté .
Depuis lorsque l’on s’aventure dans ces parages, il est fortement conseillé de faire un grand détour .
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Hélas , bon nombre d ‘années plus tard
La LIQUEUR DE HENDAYE était devenue IZARRA

LES BALEINIERS

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TOMBE d’un BALEINIER

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DESCRIPTION d’un COMBAT par
– Samuel de Champlain

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Champlain – Samuel de 1567/1635 ( Fondateur du Québec )témoin oculaire, nous donne une forte et intéressante description de la pêche à la baleine à son époque, qui n’était pas très différente de celle du siècle précédent, ni de ce qui se fera encore pendant longtemps:

« Ceux donc qui sont plus adroits à ceste pesche sont les Basques, lesquels pour ce faire, mettent leurs vaisseaux en un port de seureté, ou proche de là où ils jugent y avoir quantité de ballaines, et équipent plusieurs chalouppes garnies de bons hommes et haussières, qui sont cordes faites du meilleur chanvre qui se peut recouvrer, ayant de longueur pour le moins cent cinquante brasses, et ont force per­tusanes longues de demie pique qui ont le fer large de six pouces, d’autres d’un pied et demy et deux de long, bien tranchantes.

Ils ont en chacune chalouppe un harpon­neur, qui est un homme des plus dispos et adroits d’entre eux; aussi tire il les plus grands salaires après les maistres, d’autant que c’est l’office le plus hazardeux. ( dangereux )
Ladite chalouppe estant hors du port, ils regardent de toutes parts s’ils pourront voir et descouvrir quelque balaine, allant à la bordée d’un costé et d’autre: et ne voyant rien, ils vont à terre et se mettent sur un promontoire, le plus haut qu’ils trou­vent pour descouvrir de plus loin, où ils mettent un homme en sentinelle, qui aper­cevant la balaine, qu’ils descouvrent tant par sa grosseur, que par l’eau qu’elle jette par les esvents, qui est plus d’un poinçon à la fois, et de la hauteur de deux lances; et à ceste eau qu’elle jette, ils jugent ce qu’elle peut rendre d’huille. Il y en a telle d’où l’on en peut tirer jusques à six vingt poinçons, d’autres moins.
Or voyant cet espouvantable poisson, ils s’embarquent promptement dans leurs chalouppes, et à force de rames ou de vent, vont jusques à ce qu’ils soient dessus.
Là voyant entre deux eaux; à mesme instant l’harponneur est au devant de la chalouppe avec un harpon, qui est un fer long de deux pieds et demy de large par le bas, emman­ché en un baston de la longueur d’une demie pique, où au milieu il y a un trou où s’attache la haussière, et aussi tost que ledit harponneur voit son temps, il jette son harpon sur la balaine, lequel entre fort avant, et incontinent qu’elle se sent blessée, elle va au fonds de l’eau.
Et si d’adventure en se retournant quelque fois, avec sa queue elle rencontre la chalouppe, où les hommes, elle les brise aussi facilement qu’un verre.
C’est tout le hazard qu’ils courent d’estre tués en la harponnant

: mais aussi tost qu’ils ont jetté le harpon dessus, ils laissent filer leur haussière, jusques à ce que la balaine soit au fonds: et quelque fois comme elle n’y va pas droit, elle entraine la chalouppe plus de huit ou neuf lieues, et va aussi vite comme un cheval, et sont le plus souvent contraints de coupper leur haussière, craignant que la balaine ne les attire sous l’eau:

mais aussi quand elle va au fonds tout droit, elle y repose quelque peu, et puis revient tout doucement sur l’eau: et à mesure qu’elle monte, ils rembarquent leur haussière peu à peu: et puis comme elle est dessus, ils se mettent deux ou trois chaloupes autour avec leurs pertusanes, desquelles ils luy donnent plusieurs coups, et se sentant frappée, elle descend derechef sous l’eau en perdant son sang, et s’affaiblit de telle façon, qu’elle n’a plus de force ni vigueur, et revenant sur l’eau, ils achè­vent de la tuer: et quand elle est morte, elle ne va plus au fonds de l’eau, lors ils l’at­tachent avec de bonnes cordes, et la traînent à terre, au lieu où ils font leur degrat, qui est l’endroit où ils font fondre le lard de ladite balaine, pour en avoir l’huille.

Voila la façon que elles se peschent, et non à coups de canon, ainsi que plusieurs pensent.
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XVII ème siècle
APOGEE
de la grande pêche à
Saint Jean de Luz
et chez ses voisins
En compagnie des
CORSAIRES

A partir du IX° siècle et après la défaite et l’expulsion des Normands des côtes de Gascogne, pendant six siècles les basques furent les maîtres de cette pêche grâce à la technique à la hardiesse et au courage de nos harponneurs
Ainsi, le XVIIe siècle marque-t-il l’apogée de la grande pêche et de l’importance du port de Saint-Jean-de-Luz, qui était le seul du pays où se fissent les armements
Les premiers corsaires du Pays Basque furent des baleiniers qui alternaient leurs occupations de chasse avec le pillage des ennemis sur les bancs de Terre-Neuve, cautionnés par leurs lettres de marque.
Le travail était d’abondance, et c’était une ruée vers l’or .
Quelle qu’en ait été l’époque, elle a permis aux marins d’ajouter à la pêche à la baleine une autre branche d’industrie non moins productive­ : la pêche de la morue.
Ils avaient en effet trouvé les bancs, si riches en morues, qui entourent la grande île et la vente de ces poissons inconnus jusqu’alors, eut un tel succès que des armements furent faits pour cette pêche , en même temps que celle de la chasse à la baleine
On y armait entre cinquante et quatrevingts navires sans compter ceux affectés au cabotage et à la petite pêche
Environ trois mille marins partaient chaque printemps et revenaient à l’automne , après avoir réalisé des bénéfices considérables pour leurs armateurs et pour eux mêmes au cours de leurs randonnées dans les mers du Nord .
Le port de SaintJeandeLuz devint notoirement insuffisant
Les corsaires Hendayais remplirent le port de Saint Jean de Luz de leurs butins à tel point que le gouverneur de Bayonne écrivait à Louis XIV:
« En six ans Suigaraychipi captura à lui seul cent voiliers marchands, et en huit mois, avec le support des frégates du Roi, cent vingt-cinq ,au point que le gouverneur de Bayonne écrivait à Louis XIV: « Il est possible de traverser depuis la maison où votre Majesté aviez logé jusqu’à Ciboure sur un pont fait avec les navires pillés et attachés les uns aux autres ».
Après plusieurs années il s’occupa à protéger des Anglais les retours des Basco-français et des Bretons de Terreneuve, .
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Nombreux furent les capitaines d’Hendaye qui se distinguèrent dans cette guerre de course tels Jacobé Larroche, Pierre Dalbarade Pellot…, n’hésitant pas à attaquer à l’abordage des navires plus puissants
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Quoique Bayonne eut repris une certaine importance, depuis la déviation de l’Adour dans son lit actuel en 1578 Saint-Jean-de-Luz avait presque exclusivement le monopole de la pêche.On y armait entre cinquante et quatrevingt navires sans compter ceux affectés au cabotage et à la petite pêche
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Les navires non armés ne pouvaient pratiquer ni le commerce ni les pêches lointaines, car ils auraient été des proies trop faciles pour les corsaires et vaisseaux de guerre ennemis.
Le Roi accordait alors des congés ou commissions
aux négociants et aux notables, afin de leur permettre d’armer
en guerre des navires privés pour courir sus aux ennemis de l’État.
Il s’agissait de la guerre de course.
L’équipage était rémunéré à la part : d’une demi-part
pour le mousse à dix pour le second et douze pour le capitaine.

Ces bâtiments armés de canons avaient ainsi la possibilité de se défendre contre des corsaires, et éventuellement de s’emparer de navires ennemis.
Leurs lettres de marque,qui alternaient leurs occupations de chasse avec le pillage des ennemis sur les bancs de Terreneuve
. On en trouve trace en 1560 : des établis­sements existaient déjà à Terre-Neuve pour la préparation des mo­rues ;toute une population s’y rendait en été et on comptait un certain nombre de Basques qui y étaient fixés définitivement.
Chacune de ces découvertes produisit une recrudescence d’activité dans les armements et des augmentations de bénéfice.

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Nid de vipères !

Les Anglais disaient que le golfe de Gascogne était  » Un nid de vipères « .
Dès le XVII ème siècle les anglais craignaient les redoutables pêcheurs basques reconvertis en corsaires.
En effet, leur réputation était grande et ces derniers étaient si doués que les prises étaient abondantes
. Nombreux sont ces capitaines basques qui embarquaient à bord de frégates, brigantins ou goélettes équipés de canons, et qui sillonnaient les mers pour « courir sus » aux bateaux ennemis

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PENDANT LE XVII ° siècle
en 1627
Le roi LOUIS XIII et Richelieu réquisionairent nos marins et particulièrement nos Hendayais pour délivrer les habitants de La Rochelle du blocus fait par les Anglais de Bukingam

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Un exploit des marins Hendayais
L’ÎLE DE RE
et les pinasses à fond plat

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LOUIS XIII et RICHELIEU à l’Ile de RE

En début d’année 1568, poussé par l’intense propagande menée par les pasteurs, le maire protestant François Pontard, soulève la ville contre les catholiques.
Ces derniers fuient hors des murs, mais 13 prêtres sont arrêtés, égorgés et jetés à la mer . Les églises sont détruites, leurs pierres servant à renforcer les murailles. Les troubles se répandent dans la région, où les pillages se multiplient. Des catholiques sont massacrés par des Rochelais, tandis que des catholiques massacrent des calvinistes .
L’île de Ré se range aux côtés de La Rochelle, qui se proclame république indépendante et calviniste, en adoptant officiellement les idées réformistes et en rejoignant le parti protestant, ce qui ne manque pas d’inquiéter le pouvoir royal, et qui a d’importants retentissements dans le monde protestant.
En effet, avec ses 23 000 habitants, la ville est parmi les plus grandes du Royaume de France, et elle est également riche du commerce développé avec l’Espagne, l’Angleterre et les pays d’Europe du Nord, ce qui en fait une cité d’une importance exceptionnelle pour l’époque.
Les Anglais pour défendre leurs alliés de la religion réformée envoient le duc de Buckingham les défendre. Il s’installera sur l’Île de Ré, en face de La Rochelle, avec plus de 100 navires et 6.000 hommes.
Le siège de l’Île durera de juillet à novembre 1627.
Manquant de vivres et d’eau ses habitants sont dans une famine hors du commun. Le gouverneur de l’Île, envoie à la nage trois volontaires rejoindre les troupes royales à La Rochelle pour obtenir leur aide ; un seul y parviendra.
Richelieu avait épuisé toute les possibilités pour ravitailler l’île devenue stratégique pour la récupération de La Rochelle. C’est alors que l’un de ses conseiller lui parle des marins basques et leur habilité à naviguer tant à la voile comme à l’aviron.
Ne disposant pas d’un nombre suffisant de vaisseaux de guerre pour briser ce blocus, Richelieu,informé de la combativité des Basques, fit appel au Gouverneur de Bayonne, qui lui répondit aussitôt par l’envoi de bateaux armés en cette ville et de Saint-Jean-de-Luz ainsi que d’une flottille de pinasses à fond plat manoeuvrées à la rame et à la voile, partie de Hendaye.
Un mémoire du temps , cité par E .Ducéré
<< les Corsaires sous l’ancien régime rapporte un incident qui, pour le moins mérite de retenir l’attention.“ Or, il arriva que, comme cette flotte allait cinglant à pleine voile, et que l’on croyait être déjà devant Saint-Martin, Dieu fit cesser le vent tout à coup en telle sorte qu’il fallut demeurer près de deux heures sans pouvoir aller ni à droite ni à gauche. Alors chacun tout étonné et croyant demeurer à la merci des ennemis si le jour les surprenait, se mirent à prier Dieu, faisant vœux et prières, et se recommandant à la Vierge, lui faisant vœu, au nom du roi, de lui faire bâtir une église sous le nom de Notre-Dame de Bon-Secours, en mémoire de cette journée, s’il lui plaisait envoyer le vent favorable.
“ Soudain ils furent exaucés, car le vent se rafraîchit ; en sorte que chacun ayant repris sa piste et son ordre, en moins de demi-heure ils virent le feu que M. de Toiras faisait faire en la citadelle. Là, quittant la côte de la Tranche, chaque pilote regardant sa boussole, ne pensant plus qu’à passer courageusement, on entra dans la forêt des navires ennemis. Les premières sentinelles les ayant laissé passer sans dire mot ; après que tout eut passé, ils commencèrent à les envelopper et canonner si furieusement que l’on eût dit que c’était de la grêle. En face de l’île de Ré, ils se heurtèrent au barrage que les Anglais avaient établi, sous la forme de câbles peu profondément immergés et reliés à des tonneaux ou à des rochers.
Les marins hendaiars eurent l’astuce de faire glisser leurs pinasses, à faible tirant d’eau, sur la hauteur restée libre. Ils eurent aussi le courage et l’audace de couper à la hache, sous le feu de l’ennemi, les grelins attachés aux rochers.A six reprises, en septembre et octobre, ils réussirent ainsi à percer la ligne de la flotte anglaise et à ravitailler l’île. .Mais la bataille fut rude et les simples pêcheurs, vaillants combattants, remarqués pour leur hardiesse, remontant par trois fois sous le feu de l’ennemi, contribuèrent à mettre en échec le siège britannique Nos simples marin pêcheurs se révélèrent être de vaillants combattants:
35 petites barques de la flotte française équipées de 1 000 hommes réussiront à forcer de nuit le blocus anglais et à ravitailler les soldats à St Martin.
Grâce aux Basques et,aux Hendaiars , l’Anglais était battu.
Le duc de Buckingham tente un dernier assaut, mais, devant la perte de 5.000 soldats, il doit reconnaître sa défaite, sonner la retraite et rentrer sans gloire en Angleterre.
Très peu de batailles ont été gagnées par les Français contre les Anglais : cette victoire mérite d’être signalée.
Les Hendayais fidèles à leur promesse érigèrent sur une colline proche de la paroisse une chapelle à Notre Dame du Bon Secours, qui au fil du temps a vu son nom se modifier pour devenir SOCORRI de consonance plus basque. Aujourd’hui encore au large de La Rochelle le Pertuis d’Antioche est nommé Pertuis aux Basques
.D’après Duvoisin, la flotille de Hendaye était conduite par Jean Pellot, ancêtre du célèbre corsaire. Une médaille d’or distribuée par le roi aux chefs des escadrilles resta longtemps en la possession de la famille Pellot. Les Hendayais se distinguèrent dans cette bataille contribuant à mettre en échec le siège britannique sur l’île de Ré
. Le roi voulut récompenser les marins basques et là ou les autres se contentèrent d’une récompense monétaire, les marins d’Hendaye, revendiquant depuis longtemps leur émancipation d’Urrugne, dont ils n’étaient qu’un quartier, obtinrent du roi un territoire dit
“ Les Joncaux ” qui furent donc offert
“ aux marins de
Hendaye ”.

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les Joncaux à droite de l’image
Le roi Louis XIII les rétribua généreusement ce qui leur permit de faire élever la chapelle de SOCORRI . C’est à ses marins ainsi qu’à la générosité des rois que Hendaye dut la première concession, qui lui fut faite, celle des terres nourricières des Joncaux couvrant 26 hectares environ, Ce fut là le point de départ de la commune de Hendaye qui par édit du roi du 20 mai 1654 s’affranchit de la tutelle d’Urrugne.
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Chapelle de Socori

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combat de Corsaires

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LE DECLIN
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LES CAUSES
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LES HOLLANDAIS
LES ANGLAIS
Les HARPONNEURS BASQUES
LES GUERRES DE LOUIS XIV

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Alors que la pêche de la morue allait continuer à une large échelle à Terre-Neuve, celle de la baleine disparut rapidement.
A partir du IX° siècle et après la défaite et l’expulsion des Normands des côtes de Gascogne, pendant six siècles les basques furent les maîtres incontestables de cette pêche grâce à la technique à la hardiesse et au courage de nos harponneurs
Les Basques étaient donc devenus les maîtres d’une industrie de grande rentabilité. Ils ont au cours du XVI ième siècle extrait du Saint-Laurent et de son estuaire plus de 20. 000 barils d’une huile fortement recherchée pour l’éclairage domestique et d’une valeur lnapreciable.
Les bateaux se réunissaient à un endroit situé à cinquante kilomètres de Terreneuve et du Labrador, où ils restaient jusqu’à la fin du mois de Janvier, lorsque les températures glaciales les obligeaient à interrompre la marée. Au cours de ces campagnes qui duraient huit mois, du printemps à l’automne,
Vers la moitié du XVIème siècle, surtout pendant les décennies de 1570 et de 1580, se produisit un grand mouvement de Basques vers Terreneuve qui apporta de grand changements dans la vie économique de Pays Basque.
Le Spitsberg était l’endroit riche en baleines ou ils opéraient seuls. Les Anglais et les Hollandais pêchaient par ailleurs sans grands résultats. Ils en étaient encore aux premières armes .
. En 1607 une compagnie privée, chargée de prospection, découvrit la grande quantité de baleines du Greoenland dans le secteur. ,Iil ne fallut pas beaucoup de temps aux membres de cette compagnie- compagnie privée – à qui fut donné le monopole de cette recherche pour en saisir toute l’importance.
Conscients de leur ignorance dans le domaine,ils tentèrent de profiter des connaissances et de l’expérience des Basques qui pratiquaient cette pêche depuis au moins 500 ans.

Un émissaire fut donc envoyé au Pays basque afin d’y recruter des pêcheurs pour le compte de la compagnie. Sa mission dura 14 ans L’expédition fut un échec , L’année suivante, les Anglais tentèrent à nouveau l’expérience.
Le personnage indispensable pour cette pêche était le Harponneur son savoir et son courage
.C’est un métier et un tempérament qui ne s’improvisent pas. Ils n’en avaient pas alors ils en importèrent.
La politique d’embauche de Basques eut pour double effet d’apprendre aux Hollandais et aux Anglais, les techniques de pêche et de priver la flotte basque de plusieurs bons éléments
Dans les années 1620, la flotte de pêche hollandaise était devenue de loin la plus puissante au Spitsberg, si bien qu’elle finit par éliminer tous ses adversaires.

Selon Cleirac, s’il est juste de faire remarquer
que les Basques étaient meilleurs pêcheurs, il faut également noter queles Hollandais étaient meilleurs navigateurs, les premiers étant plus disposés à « vider la bouteille, humer l’eau de vie et fumer le tabac, qu’à manier adroitement l’astrolabe, le grand anneau, le quadran ou quart de rond, le triangle ou l’arbalestille »

Après avoir appris des Basques les techniques de pêche, les
Hollandais les chassèrent.

Les basques protestèrent prétendant y avoir :Les
« mesme droict que les autres nations,et voulurent continuer
ladite pesche et y envoyer des vaisseaux ils en furent chasser [sic], leurs navires pris et leurs personnes emprisonnées… »

C’est en réaction à cette attitude que les Basques pillèrent les établissements hollandais de Jan Mayen en 1632.

la très forte concurrence venant de ce pays allait avoir raison de l’industrie basque

Une vingtaine d’années plus tard, la pêche de la baleine n’était plus qu’un souvenir en pays basque français.
Ainsi prenaient fin au moins sept siècles de pêche continue par ce petit peuple du golfe de Gascogne.

Pourquoi, après avoir connu de si brillants moments,
l’entrée en scène des Anglais mais surtout des Hollandais, est
certainement la principale cause de ce déclin.
Après avoir acquis leurs connaissances des Basques, les Hollandais inondèrent les marchés européens, y compris la France, des produits dérivés de la baleine. Grâce à leur politique de prix très bas, allant même jusqu’à ne tirer aucun profit de leurs transactions
, ils s’accaparèrent les débouchés des Basques.

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1970 La triste fin de la chasse aux baleines Massacre de l’espèce au canon et à l’obus à la tête explosive

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Depuis la pêche est interdite
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Il apparaît évident que si l’Espagne et la France avaient mieux protégé leurs pêcheurs de baleine, l’industrie basque aurait pu mieux résister aux Hollandais.
Au contraire, ces gouvernements ont plutôt agravé la situation des pêcheurs en les impliquant dans des guerres prolongées, en prélevant des taxes élevées, en mettant des embargos et en réquisitionnant des embarcations et des équipages pour les guerres.
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Nos marins- pêcheurs se trouvèrent sans travail à la suite de la prise de contrôle du Spitsberg par les Hollandais. Ils furent chassés, violentés, voire emprisonnés. Cen était de trop et ils ne furent pas long à réagir emportés par une saine colère. De plus Les différents traités . avaient supprimés leurs occupationsl. Nos vaillants marins trouvèrent vite la solution.
Souvent, les pêcheurs profitent de l’hiver ou des périodes de guerre pour se reconvertir dans la course.
Il leur suffit alors de troquer harpons et filets contre grappins et mousquets!
Aussi tôt dit aussitot fait .Ils s »armèrent tous jusqu’au dents
.De 1744 à 1748, en pleine guerre de Succession d’Autriche, pas moins de 103 navires corsaires sont armés sur la côte basque.
C’est une vraie bataille navale. Pendant la guerre de 7 ans, les saisies de batiments et de cargaisons ainsi que les rançons versées rapportent 6.4 millions de livres aux corsaires du Labourd pour seulement 1 millions investis.
Pendant toute la campagne de pêche à la morue, les bateaux pleins à rabord furent interceptés ou ranconnés malgré des navires pourtant armés de canons. Nous retrouvions là les fameuses vipères tant redoutées des Anglais.
Pourtant il n’y eu pas que des réussites
Des milliers de corsaires basques en captivité en Angleterre

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LES GUERRES DE LOUIS XIV
Après la période de croissance et de prospéritéde la deuxième moitié du XVIe siècle, viennent les années d’hésitations et de difficultés entre 1600 et 1620, que prolongent ultérieurement les guerres de Louis XIV. En outre, les projets de colonisation impulsés par la monarchie française favorisèrent les monopoles de commerce et la traite des fourrures.
La guerre de succession d’Espagne (1702-1713)
, suivie du traité d’Utrecht, empêcha la relance durable de la pêche au XVIIIe siècle, d’autant plus que désormais Hollandais et Anglais s’emparent des marchés européens
La GUERRE DE LA SUCCESSION D’AUTRICHE 1744/1748

LA GUERRE DE 7 ANS
Le conflit s’est traduit par un rééquilibrage important des puissances européennes.
S’emparant de Québec (1759) et de Montréal (1760), l’Empire britannique fait presque entièrement disparaître le Premier espace colonial français.
Sa puissance hégémonique dans le monde s’affirmera tout au long du XIXe siècle :
Selon l’historien Alfred Lassus, la guerre de course durant la guerre de Sept Ans (1756-1763) coûta la vie à plus de 1.100 marins et 4.000 se retrouvent à croupir plusieurs années dans les geôles anglaises. Epidémies, malnutrition, mauvais traitements… sur les infâmes pontons de Plymouth ou de Portsmouth, on crève à petit feu, en priant pour sa libération.
Et le traité de Paris : 1763

consacre la domination de la Nouvelle-Angleterre.

.Le ROI renonça à lutter occupé par le trafic des fourrures baucoup plus rentable que la chasse à la baleine.
: D’ailleurs Voltaire aurait dit :Pourquoi s »occuper de quelques arpents de neige, le Roi approuva .
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La Grande Pêche
LA PECHE A LA MORUE
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Terre-Neuve et l’Islande, deux îles glacées qui évoquent la Grande Pêche qui, de 1508 aux années 1970, vit tant de navires et de marins partir pour de longues et périlleuses campagnes de pêche dont tous ne revenaient pas. », la pêche à la morue est devenue dans la mémoire collective une pêche mythique. Elle est restée vivante par le souvenir des terre-neuvas et des islandais ainsi que l’on appelait les équipages de navires.
Terre-Neuve

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C’est le début d’une grande aventure, chaque année, dès le XVIème siècle, des centaines de bateaux provenant de tout l’Atlantique sud, d’Angleterre, de France, d’Espagne et du Portugal furent armés pour aller pêcher la morue sur les Grands Bancs de Terre-Neuve.
Au XVIème siècle, Les armateurs malouins armaient 80 navires pour partir pêcher sur les bans de terre-Neuve pour les campagnes d’été. C’étaient 4000 marins qui vivaient de la pêche et travaillaient 16 à 18 h par jour. Les navires malouins livraient tous les ports jusqu’à Marseille qui était alors « le » port de la morue.
A la fin du XVIIème siècle, on pouvait y compter jusqu’à 20 000 pêcheurs.
Tous les ports de France de Dunkerque à St Jean de Luz armaient à la morue,
Sur les Grands Bancs, la pêche était praticable toute l’année, si bien qu’il était possible de faire deux campagnes de pêche par an. Sur l’île de Terre-Neuve, on ne pêchait que durant les trois à quatre mois d’été.
Quand la France a pris possession de Terre-Neuve, elle y installa des pêcheurs qui y firent souche. Se faisant paysans durant les périodes d’inactivités, ils cultivèrent et élevèrent ce qui était nécessaire à leur survie. Beaucoup de marins ne s’y installaient que durant la période de pêche et construisaient des habitations et des ateliers de salage et séchage.
La saison de la pêche à Terre-Neuve

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Durant l’été, l’activité ne cessait jamais sur l’île de Terre-Neuve. Levés avec le soleil, les marins partaient sur des chaloupes pêcher la morue. Ils ramaient jusqu’à la zone de pêche et lançaient leurs lignes. Le bateau se remplissait de poissons tout au long de la journée et le soir ils revenaient vers la terre où ils débarquaient leurs prises.
Et tous les jours où il était possible de sortir en mer, ce même travail recommençait. C’était un travail très dur et dangereux, le brouillard pouvait se lever très rapidement parfois et la tempête arriver inopinément, nombreuses furent les chaloupes qui ne rejoignaient jamais la côte.
Pendant que les pêcheurs étaient en mer, le travail ne cessait sur l’île. C’était un travail très bien organisé et chacun avait une tâche bien précise à faire. Car il fallait aller vite et saler le plus vite possible le poisson.
Les premiers à l’œuvre étaient les décolleurs, ainsi nommés car ils coupaient les têtes des morues. Ensuite les trancheurs entraient en action, ils éventraient, vidaient, détachaient les arêtes et ouvraient les morues en deux et les aplatissaient afin qu’elles soient prêtes pour le salage.
Elles étaient lavées et vidées complètement de leur sang. Ensuite les saleurs les recouvraient de sel et les sécheurs les étendaient sur des claies, appelées échafaudages, au soleil sur les grèves. Les foies étaient mis de côté et traités par macération pour en extraire l’huile de foie, très recherchée car riche en iode. Les langues et les joues étaient cuisinées sur place, c’étaient des mets de choix qui faisaient le régal des populations locales.

La pêche sur les Grands Bancs

 

Les Grands Bancs sont situés àimage46 500 kilomètres à l’est de Terre-Neuve. La pêche sur les Grands Bancs ne connaissait pas de saison. Les bateaux venus d’Europe, du Canada ou de la côte est de l’Amérique du nord se croisaient sur les grands bancs deux fois par an.
On ne pêchait pas directement à partir des morutiers mais sur des chaloupes et plus tard des doris qui étaient mis à la mer chaque matin, des doris qu’on appelait des barques-suicides.

Deux pêcheurs embarquaient dans chaque chaloupe et toute la journée, ils pêchaient à la ligne en appâtant avec des bulots et relevaient les lignes qu’ils avaient posées la veille et qui étaient fixées à des bouées sur lesquelles nom du doris était marqué.
Quand la chaloupe était pleine de morues, ils revenaient jusqu’au bateaux, piquaient les morues et les lançaient sur le bateau.
Et ils repartaient pour ne revenir se reposer qu’à la nuit. Les journées étaient longues, très longues surtout quand le froid et le vent gelaient les hommes. De plus de nombreux dangers les menaçaient. Outre les brouillards et les tempêtes que nous avons déjà évoqués, les chaloupes risquaient de rencontrer des icebergs et des baleines ou de se renverser et de couler quand elles étaient trop remplies de morues.
Les pêcheurs étaient payés en fonction de leur pêche et ils prenaient le risque de remplir le plus possible leurs embarcations pour ne pas faire trop de voyage vers le morutier et ainsi ne pas prendre de temps.
Mais une frêle chaloupe trop remplie prise dans la tempête courait encore plus le risque de se renverser et de couler. Et dans la brume et la tempête, même si la cloche de bord sonnait sans cesse pour guider les chaloupes rendues aveugles, nombreuses étaient celles qui s’égaraient définitivement dans la mer glacée.
Plus tard, les marins eurent des alliés très précieux, les terre-neuve, chiens au flair remarquable et au courage incroyable qui ramenaient les chaloupes ou les pêcheurs tombés à l’eau vers le navire-mère.
Morutiers et chaloupes,
Le BAGNE

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Sur les bateaux travaillaient les marins et les mousses dont certains étaient à peine agés de douze ans.
Le travail pour tous était très durs, les terre-neuvas étaient les bagnards de la mer au dire d’un aumonier des Terre-Neuvas avant la guerre
« Ce qui relègue ce métier de la grande pêche – au dire des marins eux-mêmes – au rang de « dernier des métiers »,
Ici, il n’est pas question de journées de huit heures. La loi du travail sur les Bancs, c’est le maximum de rendement pendant le maximum de temps! Une féroce émulation dresse l’amour-propre d’un doris contre l’amour-propre d’un autre doris, l’amour-propre d’un navire contre l’amour-propre d’un autre navire. C’est à qui pêchera le plus, c’est à qui « débanquera » le premier.
Sur le voilier,arrivé à bord, il ne faut pas songer au reppos. La morue, il faut la préparer, il faut l’ébréguer (la dépouiller de ses entrailles), il faut la décoller (lui couper la tête), il faut la trancher (lui enlever la colonne vertébrale), il faut l’énocter (lui vider ses deux poches de sang), il faut la laver, il faut l’empiler, il faut la saler.
Les lignes, il faut les boëtter (amorcer). Il est difficile de se faire une idée de la somme de travail que représente ce boëttage des lignes.
Se battre pendant sept ou huit heures contre une manne de lignes embrouillées, un inextricable fagot d’hameçons semblables à des ronces et à des épines d’acier, qu’il faut démêler, dénouer, réparer et boëtter. Et ce travail se fait à moitié plié en deux. Aussi, pendant ces longues heures, on voit des pauvres malheureux se relever, se redresser de temps en temps, placer les mains sur les hanches et lancer le torse en arrière pour soulager leurs reins endoloris.
Et pendant la première pêche, alors que souffle la bise ou que tombent les bruines glaciales, la neige, plus d’un s’arrête pour souffler dans ses mains engourdies, gercées, crevassées, grignotées par la chair salée ou déchirées par les écailles tranchantes des bulots, ou pour frotter ses poignets dévorés par les démangaisons des « petits choux » des bancs, (excroissances d’origine microbienne). Et, les lignes boëttées, il faut aller le soir à la nuit tombante, les poser, les larguer à deux ou trois miles.
Il n’y a pas d’heure pour les repas. Les hommes mangent quand ils peuvent, entre deux tournées, au milieu du nettoyage du poisson ou en boëttant leurs lignes.
Il n’y a pas d’heure pour le repos. Aucune considération ne tient devant ces deux faits: la piaule (banc de morue) passe, le poisson donne: il faut le saisir. Le travail n’est même pas limité par les forces humaines, mais uniquement par l’impossibilité de travailler. Sur les bancs, l’ordinaire du travail c’est dix-huit heures d’affilée.
Et le sort des équipages des chalutiers n’est pas plus enviable. Le chalutier libère le marin du travail de boëttage des lignes, du halage et des dangers des doris; mais, loin d’alléger son sort, il ne fait que l’accabler.
A Terre-Neuve, la machine n’est pas le serviteur de l’homme: c’est l’homme qui est l’esclave de la machine. La machine peut travailler nuit et jour, l’homme travaillera nuit et jour. Ce sont les travaux forcés sans discontinuité tant que le poisson donne; et l’abondance du poisson est parfois telle qu’elle ne laisse aux hommes que sept heures de repos par trois jours.
Aussi n’est-il pas rare qu’ils titubent de fatigue et de sommeil. Et dire que, sur certains chalutiers, l’équipage comprent une vingtaine de jeunes de moins de vingt ans!
Car, il faut bien le préciser, le calendrier des Terre-Neuvas n’est pas réglé par le soleil. l’aurore et le crépuscule, le jour et la nuit sont biffés du calendrier; il ne comporte ni fête, ni dimanche, ni repos hebdomadaire. Tous ces mots donnent la cadence à la vie normale, mais tous ces mots n’ont aucun sens pour les Terre-Neuvas; leur vie ne comporte qu’un seul mot: Morue-Morue-Morue!
La loi des Bancs est unique: » La morue donne! marche ou crève! » Aucune loi divine ni aucune loi humaine ne tient devant cette loi. La morue est le dictateur le plus volontaire, le plus absolu et le plus tyrannique que l’on puisse imaginer.
Les forces humaines? Elle n’en a cure. sur les voiliers à Terre-Neuve, elle se bute à l’impossibilité de travailler la nuit, mais au Groenland, elle prend sa revanche.
Le jour perpétuel, en juin, juillet, août et septembre, lui permet de donner libre cours à sa sauvagerie, et je l’ai vue condamner les hommes aux travaux forcés de vingt heures par jour, pendant soixante-deux jours consécutifs. Naufrages et abordages ont causé la disparition de nombreux matelots. Une collision avec un iceberg, des doris qui ne rentrent pas au bateau pour cause de brouillard ou de chargement de morues trop lourd, sont le lot habituel… Les marins qui tombent dans ces eaux glacées, empêtrés dans leur équipement n’ont guère de chance de survie même s’ils sont repêchés.
A cela il faut ajouter l’épuisement dû au travail très dur et à la longueur des journées de travail.
Les occasions de blessure ne manquent pas : chutes, fractures, coupures, hameçons plantés dans la main. L’infection se propage vite et amène à l’amputation. Les conditions d’hygiène déplorables sur un bateau surpeuplé, le froid, la nourriture peu variée et insuffisante en vitamines C avec son corollaire, le scorbut, ajoutent à la mortalité.
La cuisine est faite par un mousse de treize à quinze ans et il faudra attendre 1907 pour qu’un cuisinier âgé de 18 ans figure obligatoirement sur les rôles d’équipage. D’une façon générale, les mousses sont particulièrement rudoyés. L’alcool est distribué largement comme “remontant” que ce soit sur les bateaux , le boujaron – cinq cl d’eau de vie servis au réveil- ou dans les cabarets de Saint-Pierre, mais il entraîne rixes et noyades et fait des ravages dans la population des terre-neuvas. L’espérance de vie d’un marin de la pêche est courte, bien inférieure à celle d’un marin du commerce, et leurs femmes sont veuves en moyenne à 36 ans.

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L’âpreté au gain des armateurs, a fait du Terre-Neuvas un esclave du profit
Il n’y a pas de mot pour qualifier le comportement de c
es armateurs ausssi nous laisserons à chacun le soin de les juger.
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On le sait, la pêche à Terre-Neuve n’a jamais été une sinécure. Métier terrible, insalubre, dangereux, mais aussi métier d’esclaves, où les armateurs tenaient d’une poigne de fer les malheureux équipages.
Témoins ces quelques obligations
(il y en a 21 au total) figurant au contrat des matelots de la Thémis, armée en 1770 par la demoiselle Péronnelle Richard de Binic (22).
– Si des marins étaient arrêtés par la maréchaussée avant le départ, ils devraient rendre leurs avances (denier à Dieu). Les héritiers de ceux qui mourront pendant le voyage ne pourront prétendre à rien.
– Pendant que le navire sera en rade, ils feront le quart par tiers, jour et nuit. Leur seul salaire durant cette période sera leur nourriture.
– Le navire, paré à faire voile, les engagés se rendront à bord sous peine d’être traités comme déserteurs, de restituer leurs avances et de supporter toutes les conséquences.
– Le navire sous voiles, les salaires ne seront acquis que lorsqu’il sera avancé au-delà de l’île de Bréhat. Les engagés ne pourront en aucun cas abandonner le navire jusqu’à l’achèvement du voyage, sous peine d’être traités comme déserteurs.
– Il est défendu de jurer, ni blasphémer le saint nom de Dieu, de se mutiner, de se quereller, sous peine de punition exemplaire suivant l’ordonnance en vigueur.
– Le capitaine, les officiers et les matelots qui l’auront mérité bénéficieront de « la part de pêche ». Elle représente le 1/5 ème du produit net de la vente du poisson. La part de pêche sera répartie entre toutes les têtes (méritantes) de l’équipage.
– Toute perte de matériel (doris, approvisionnements, outils, sel, etc.), qui interviendrait avant ou pendant la pêche, sera déduite de la part de pêche.
– Pendant que le navire sera en rade, ils feront le quart par tiers, jour et nuit. Leur seul salaire durant cette période sera leur nourriture.
– Toute perte de matériel (doris, approvisionnements, outils, sel, etc.), qui interviendrait avant ou pendant la pêche, sera déduite de la part de pêche.
– Quitter la pêche au cours du voyage ou se débiner pendant le déchargement implique la restitution des avances, la perte de la part, le remboursement du manque à gagner dû à leur défection, le paiement de dommages et intérêts. Les coupables subiront, en outre, les rigueurs de l’ordonnance qui sanctionne ce genre de faits.
– En cas d’insolvabilité, tout l’équipage assumera solidairement…
Cela en dit long sur la condition du petit peuple, contraint d’accepter ça pour survivre.

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CONCLUSION

Cette longue épopée, ce réçit d »aventures tragiques ou se mêlent tous les malheurs de la terre, accompagnée par la présence quotidienne du danger, hélas, tous nos marins l’ont vécu , depuis leur plus jeune âge.
Ils étaient partis pleins d’ histoires dérobées le soir ,dans des tavernes enfumées et qui les faisaient réver .
Ils avaient hâte de partir, de les rejoindre et de devenir à leur tour des héros.
Mais quand ils embarquèrent dans leur premier Nao leurs illusions laissèrent la place à la dure réalité.
C’est celà tout que j’ai voulu raconter, ce qu’ils ne savaient pas dire, ou qu’ils voulaient ne pas dire devant des incrédules ,pour un devoir de mémoire amplement mérité.
Car quand on énumère brièvement ce à quoi se sont heurtés, les marins-pêcheurs de toute nos quartiers , le bilan est tout simplement effrayant .
Dans cet engagement, il y avait tout : sans relache; du départ au retour, l’isolement qui pouvait durer 8 ou 9 mois,le blizard, le froid polaire, le danger de tomber dans l’eau glacée lors de tempêtes , ou lors peut être de combats avec la baleine :
Un marin faisait office de chirurgien équipé de sommaires instruments , et avec beaucoup d’eau de vie , était chargé de réduire les fractures et sciait un menbre en cas d’infection.
Ce régime dura des centaines d’années.
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J’ai connu un de ces marins. Il avait 80 ans et était peu bavard j’avais 10 ans et nous ne parlions guère.
.Il était marin bien sûr ,puis en plus, matelot sous l’Empire et en guerre contre l’Allemagne de Bismark
La vie nous a séparés très tôt et par la suite personne ne sut me donner le moindre renseignement sur sa vie de marin. ni sur celle de mes autres anciens . Seulement un extrait de naissance avec la mention concernant son père qui pour lors, était à la pêche à Terre-Neuve
. Heureusement j’avais son portrait qui ne quittait pas
Lorsque j’ai décidé d’écrire cette histoire – pour retrouver son parcours tout le long de sa vie , celui de son épouse la grande absente, et de ses prédécesseurs, j’ai compris les souffrances, le courage, l’abnégation de cet homme simple .
Maintenant ,enfin, je sais.
C’est pour cette reconnaissance que j »ai écrit cet essai; c’est pour lui et pour tous ceux qui l’ont précédé, et leur dire de tout mon coeur, dans leur langue maternelle

milesker

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MARTIN
Marin Pécheur

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SUITE

LES CONSEQUENCES SUR LA COTE BASQE
D’ HIER A AUJOURDHUI
Manex Goyhenetche

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.Une délibération de l’assemblée des habitants de Ciboure, le 24 septembre 1747, analyse très bien cette situation de détresse que vivent les populations de matelots, lorsque les guerres les privent de leurs ressources et les entraînent dans le cycle infernal des disettes et des surmortalités:
.Laurier Turgeon (op. cit. en note 11), a fixé les rythmes de développement de la pêche terre-neuvième,ses modes de production, d’utilisation et de commercialisation.
Laurier Turgeon montre aussi que la guerre ne fut pas la seule cause du déclin de la pêche hauturière.
Elle fut victime aussi d’une crise structurelle. L’économie maritime reposait sur un système d’échanges rudimentaires et fragiles fondés sur la vente des produits de la pêche contre le paiement en argent qui était destiné au financement de l’avitaillement.
Cette espèce de mono production était à la merci de la moindre crise Il manquait une politique de diversification.
Par ailleurs, le développement de la pêche maritime lointaine était lié à la production des ressources agricoles de l’arrière-pays nécessaires pour fournir tant l’avitaillement que la main-d’oeuvre. On voit par là que recul de l’agriculture, émigration, sous-emploi, déclin de la démographie et de la pêche allaient de pair et s’enchaînaient dans le même cycle de la dépression. La guerre avait pour conséquence de transformer les baleiniers et morutiers basques en soldats et corsaires, signifiait la disparition de nombreux marins (prisonniers, tués), ou l’augmentation des invalides.
Les courbes démographiques témoignent de l’ampleur de la crise qui frappe l’économie maritime en Labourd tout au long du XVIIIe siècle.
Les populations maritimes restent enfermées dans le cycle infernal des grandes mortalités aggravées par les guerres du XVIIIe siècle.
Depuis la réforme de Colbert, le recrutement des matelots et des officiers se faisait selon le système des classes: les gens de mer étaient inscrits sur des listes puis répartis en classes pour être appelés à tour de rôle.
En temps de guerre, les marins pêcheurs devenant soldats, la source de revenus que constituait la pêche disparaît pour la famille, entraînant la sous-alimentation et l’endettement.
Les archives communales des ports labourdins portent les traces et les témoignages des différents aspects du déclin inexorable des populations maritimes dès la fin du XVIIIe siècle
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.Une délibération de l’assemblée des habitants de Ciboure,
le 24 septembre 1747, analyse très bien cette situation de détresse que vivent les populations de matelots, lorsque les guerres les privent de leurs ressources et les entraînent dans le cycle infernal des disettes et des surmortalités:
«Ladite communauté a délibéré d’une voix unanime qu’il est important de représenter à sa grandeur l’état et la situation où se trouve la communauté de Ciboure depuis quelques années, que les habitants qui la composent étant généralement presque tous matelots, elle se trouve dépeuplée considérablement par les mortalités que les guerres accompagnent soit sur les vaisseaux des armateurs et aux prisons des ennemis de l’Etat où plusieurs se trouvent détenus, et les pauvres familles sans secours réduites à la misère (…), sans ressource d’aucun commerce ni moyen de subsistance, la plus grande partie de ses habitants est à la mendicité»
16. Près de quarante ans plus tard, la situation n’a guère évolué.
Elle a même empiré, si l’on se fie à la délibérationde l’assemblée des habitants de Ciboure le 27 août 1780
:«Elle n’y a d’autre aliment que la pêche à la morue et des armements du pais ayant été reservés dans deux ports de l’île de Terre Neuve (il s’agit de Saint-Pierre et Miquelon), bien loin d’avoir eu quelque succès, presque tous les armateurs y ont perdu, de là une privation de la subsistance des matelots et de leurs familles, parce qu’ils se trouvaient au retour débiteur de leurs armateurs et une pareille privation (…) qu’à cette guerre a succédé la misère, soit par la cessation de cette pêche telle qu’elle, soit par des levées considérables des matelots pour le service dans les vaisseaux du Roi où il est déjà port une soixantaine, par conséquent une dépopulation et une désolation (…)»
A la veille de la Révolution de 1789, la population de Ciboure souffrait toujours de la crise alimentaire et de la sous-alimentation que provoquait la guerre. Le démantèlement de la pêche a pour résultat la disparition,dans les familles, de la source de revenus (le produit de la pêche) qui permettait l’achat de la nourriture céréalière.
Pour faire face à la disette et à la sous-alimentation, il fallait s’endetter, hypothéquer des biens. L’appauvrissement des familles entraine l’augmentation des difficultés financières de la communauté obligée de vendre une partie de ses biens communaux:
«La communauté de Ciboure n’a aucun bien patrimonial, qu’elle n’a presque point de territoire, que les habitants seuls donc en supportent presque toutes les charges et impositions, que les habitants sont presque tous marins qui dans ce moment se trouvent à la pêche des morues, que cette pêche dans les trois ou quatre dernières années a été si peu abondant dans la partie de la grande île de Terre neuve où la majeure partie des matelots de cette comunauté se trouve occupés, que bien loin de leur donner quelque profit pour la subsistance de leurs femmes et de leurs enfants, ils se sont trouvés au contraire endettés chaque année au retour du voyage envers leurs armateurs, que la misère occasionnée par ce défaut de pêche a rendu impossible même la perception ordinaire des impositions»
Le manque de ressources frappait aussi l’arrière-pays des ports labourdins. Dans les années 1780, Inda, curé d’Ainhoa, soulignait la disette dont souffrait sa paroisse: «
Le dépouillement des sources fiscales permet de mettre en évidence l’appauvrissement des populations maritimes du Labourd au XVIIIe siècle. Prenons le rôle de la capitation à Saint-Jean-de-Luz en 1701
Il recense 257 chefs de feux.
Quinze ans plus tard, celui de 1716 ne contient plus que 231 feux, soit une diminution de 109%. Pendant le même laps de temps, la proportion des petits contribuables (entre 10 sols et 1 livre) est passée de 69,26% à 88,74%, soit une augmentation de 27%, tandis que la proportion des plus hauts revenus est tombée de 9,33% à 1,29%, soit une diminution de 116%. C’est le signe le plus évident de la paupérisation des habitants de Saint-Jean-de-Luz dès la première moitié du XVIIIe siècle
On peut également vérifier la paupérisation de Saint-Jean-de-Luz dans l’évolution des déficits et des dettes de la ville. Le déficit du budget dans les années 1711-1712 se situe environ à 2000 livres par an. Ilatteint plus de 5OOO livres en 1733, grimpe à 9478 livres en 1745. En 1770, le trésorier de la ville devait 20599 livres et 8673 livres d’intérêts
Il était difficile, sinon impossible, dans ces conditions, d’impulser une politique de renouveau de la pêche. Dans le faisceau des facteurs déterminants de l’évolution de la pêche, système juridique, démographie, agriculture et finances s’enchevêtrent.
Le droit successoral favorisait la formation d’une réserve de main-d’oeuvre disponible pour les activités de pêche. Mais au XVIIIe siè-tentatives»
. Laurier Turgeon, à partir de l’exploitation des archives notariales
, a mis en exergue le recul continu de l’armement, notamment de 1723 à 1732, et de 1738 à 1742, et les aspects structurels qui furent à l’origine de cette évolution catastrophique, notamment à Saint-Jean-de-Luz et Ciboure.
Dans ces deux ports, la pêche était organisée à partir de la métropole. Il était difficile de contourner les lointaines régions peuplées par des colons qui avaient la mainmise sur la pêche et sur le développement des activités de commerce.
Saint-Jean-de-Luz et Ciboure n’avaient pas une infrastructure commerciale suffisante pour s’adapter au troc pratiqué à Terre-Neuve, et qui consistait à échanger la morue contre les denrées alimentaires et les produits manufacturés.
XVIIIe -XXe SIÈCLES
Jusqu’au XVIIIe siècle, les Labourdins s’étaient adonnés aux deux grandes pêches lointaines: la morue et la baleine.
L’inspecteur Lemasson du Parc, dans son rapport de 1727, anotait que «le commerce le plus considérable des habitants de Ciboure et de Saint-Jean-de-Luz est celuy de la pesche de la baleine « 
<<. Ils sont sans contestation les plus hardis et les plus expérimentés de tous les pescheurs français et même des autres nations qui pratiquent cette pesche <<
L’infrastructure commerciale ne semble pas avoir attiré son regard. A peine note-t-il: «Les habitants de Bayonne font des armements comme ceux de Ciboure et de Saint-Jean-de-Luz pour la pesche de la baleine au nord et dans les glaces».
un mémoire sur la pêche à la baleine qui étudie les causes de son déclin, les conditions d’une relance éventuelle, et surtout cette dure réalité du rapport de forces avec les concurrents: «Les Hollandais envoient à présent 2 à 300 (navires), les négociants de Bayonne et de Saint-Jean-de-Luz n’ont armé depuis 20 ans que 25 navires tout au plus chaque année».
__________
Une nouvelle histoire commençait pour le Labourd avec l’aménagement des ports de plaisance, Larraldenia à SaintJean-de-Luz et Ciboure,et
Xingudi à Hendaye, .
1970
Abandont de la pêche
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D’ HIER A AUJOURDHUI

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A Hendaye de même qu’à Biarritz, Bidart, Guétary Ciboure, et Saint Jean -de-Luz nous avons connu et partagé le même destin, ; la la même chute, la même misère.
Pendant la guerre de la Convention,
nos soldats luttaient contre l’Espagne dans le Roussillon, laissant l’autre bout des Pyrénées , complètement dégarni,le Général Caro, fort étonné traversa la Bidassoa la fleur au fusil et le massacre commença.La population terrorisée par un bombardement qui ne laissa une pierre debout s’enfuit le plus vite possible et le plus loin possible
.Quand le bombardement eut cessé il fut remplacé par une horde de brigants qui mirent le feu à tout ce qui pouvait bruler
.C’est ainsi que Hendaye perdit ses archives et redevint un quartier d’Urrugne.
Le général rameuta des soldats, et Caro rentra chez lui satisfait.
——————————-
Que sont devenus les habitants de ce lieu ? demandait unvoyageur, en 1820, à un vieillard d’Hendaye assis en guenilles
sur quelques ruines.
Les uns sont morts, dit le Labourdin, en se levant, quelques-
uns ont émigré, la guerre a disséminé le plus grand nombre,
les autres sont ensevelis dans le grand champ derrière l’église.
Quel champ ? demanda l’interlocuteur.
Le Basque regarda fixement l’homme frivole qui ne l’avait
pas compris et, faisant du bras un geste solennel, il montra…
l’Océan.
Dans un autre ordre d’idées, voici ce qu’écrivait, plus tard,en 1834, M. Lacour :
« Hendaye n’existe réellement que sur la carte ; elle n’offre que des décombres.
Ses habitants sont dispersés, son industrie tuée. Je vois partout la dévastation, la solitude et le deuil.
Quelques rares maisons s’élèvent à travers ses rues désertes et au-dessus ces pans de murs cachés sous le lierre qui se plaît à les tenir embrassés, On croit se promener au milieu de catacombes.

———————————————-
APRES
LES GUERRES DE
1793 et de 1813

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Hendaye mit de longues années à se relever de ses ruines.
Lors du passage de Wellington les habitants avaient fui, il ne restait plus que 50 personnes.
. En 1820 on ne comptait encore que 330 habitants.
______________
L’église ne fut rendue au culte que vers 1807. Elle nécessitait des réparations urgentes qui ne purent être exécutées qu’en 1831, faute de ressources de la commune.
————————
En vue d’ augmenter, celle-ci le Maire Pellot obtint du gouvernement la concession de l’herbe des terrains du vieux Fort,

Au cours des dix années suivantes, la ville ne reprit que très
lentement un peu d’animation; les habitants de retour (ils n’étaient
encore que 330 en 1820) travaillèrent courageusement à relever les
ruines de leurs maisons.
Un détail est caractéristique de la pauvreté des cultivateurs de
la commune en 1822 : les militaires n’y recensent que 4 paires de
boeufs, 4 paires de vaches ainsi que 4 charrettes.

Il était, en 1799,45 bêtes à cornes.

Telle était la dimension d’un dommage de la
guerre presque dix ans après !
Pendant longtemps encore Hendaye n’exista plus.

Que sont devenus les habitants de ce lieu ? demandait un voyageur, en 1820, à un vieillard d’Hendaye assis en guenilles sur quelques ruines.
Les uns sont morts, dit le Labourdin, en se levant, quelques-
uns ont émigré, la guerre a disséminé le plus grand nombre,
les autres sont ensevelis dans le grand champ derrière l’église.
Quel champ ? demanda l’interlocuteur.
Le Basque regarda fixement l’homme frivole qui ne l’avait
pas compris et, faisant du bras un geste solennel, il montra… L’Océan.

Dans un autre ordre d’idées, voici ce qu’écrivait, plus tard,en 1834, M. Lacour :
« Hendaye n’existe réellement que sur la carte ; elle n’offre que des décombres. Ses habitants sont dispersés, son industrie tuée. Je vois partout la dévastation, la solitude et le deuil.
Quelques rares maisons s’élèvent à travers ses rues désertes et au-dessus ces pans de murs cachés sous le lierre qui se plaît à les tenir embrassés, On croit se promener au milieu de catacombes.

L’église ne fut rendue au culte que vers 1807. Elle nécessitait des réparations urgentes qui ne purent être exécutées qu’en 1831, faute de ressources de la commune.
Les ressources de la commune consistaient en la locations de carrés de terrains communaux aux Joncaux aux habitants pour subsister.
————————-
En vue de les augmenter, celle-ci obtint du gouvernement la concession de l’herbe des terrains du vieux Fort !
_______________________
Au cours des dix années suivantes, la ville ne reprit que très
lentement un peu d’animation; les habitants de retour (ils n’étaient
encore que 330 en 1820) travaillèrent courageusement à relever les
ruines de leurs maisons.
Un détail est caractéristique de la pauvreté des cultivateurs de
la commune en 1822 : les militaires n’y recensent que 4 paires de
boeufs, 4 paires de vaches ainsi que 4 charrettes.

Il était, en 1799, 45 bêtes à cornes.

Telle était la dimension d’un dommage de la
guerre presque dix ans après !
Pendant longtemps encore Hendaye n’exista plus.
___________________________________________
Hendaye mit de longues années à se relever de ses ruines.
20 Ans plus tard
le scénario fut le même
Cette fois çi les envahisseurs étaient une coalition de l’Espagne, du Portugal et de L’Anglerre, commandés par Wellington. qui couraient sus après Napoléon.
Ce qu’il se passa fut à l’exemple de ce qui se passa vingt ans plus tôt
Lors du passage de Wellington les habitants avaient fui, il ne restait plus que 50 personnes.
. En 1820 sept ans après on ne comptait encore que 330 habitants.
—————————————
Un espoir tout de même
: De très loin on entendait l’arrivée
d’un train.

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fin

FUERO

HENDAYE
image1
1
FUERO

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image1
Hondarribia Chateau fort de Charles Quint
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image4

Canon construit en 1449 par Philippe le Bon
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image3
Une même pièce à deux faces l’avers et le devers ou le coté pile et le coté face . A l’image de cette pièce de monnaie ce réçit se divise en deux parties
1 L’HISTOIRE DE HENDAYE, déjà écrite, celle des Rois, des Reines, des guerres , des traités ou des événements dont les hommes et les femmes de ce pays ont été totalement absents.
2 L’HISTOIRE DES GENS de Harri Zabaletta , Zubernoa, Caneta,Irandatz ,Ondaraitz.
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FONTARRABIE et HENDAYE
Au début du 13 ème siècle trois Royaumes l’Aragon, la Navarre et la Castille sont en conflit permanent, et, ensemble en guerre contre le Maure
.———————-
Les ADVERSAIRES
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Le roi de Navarre
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image7
sceau du roi Sanche VII de Navarre – le fort –
(1170-1234 )
image8
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Le roi de Castille
image9
1158/1214
__________________
Lorsque de roi de Navarre passe au Maroc ou il prétend épouser la fille de Jacob Aben Juceph, qui lui avait promis de céder en faveur de ce mariage les domaines qu’il avait en Espagne.
Tout alla bien différemment.
Hélas, le roi du Maroc étant mort, non seulement son fils ne voulu pas abandonner ce qu’il possédait en Espagne, mais il retint le roi de Navarre sous prétexte que son secours lui était nécessaire pour réduire les rebelles d’Afrique.
Lorsque au bout de deux ans ce malheureux revint dans ses Etats , il trouva que le roi de Castille Alphonse VIII avait envahi , avec la complicité de l’Aragon une partie de ses provinces d’Alava, de Biscaye et du Guipuzcoa .
Cette conquête se fit sans trop de heurs, néanmoins le roi de Castille chercha t-il à se concilier cette nouvelle population. C’est ainsi qu’il accorda à Donostia et à Fuenterrabia des  » fueros « . C’est à dire qu’elles eurent le privilège de devenir « Villes » avec tous leurs droits et leur devoirs.
Ces privilèges ou  » fueros « , d’abord propres à la ville de Saint-Sébastien, furent étendus à Fontarrabie par le roi de Castille don Alphonse VIII, le 18 avril 1203 .
Ces fameux  » Fueros  » enmèneront avec eux, entre Hendaye et Fontarrabie, le malheur, la désolation, la violence, les meurtres, et ce pendant près de 7 siècles.
——————

4 Voyons ces FUEROS

image10
Moi Alfonse, par la grâce de Dieu , roi de Castille et de Tolède, avec mon épouse Aliénor et mon fils Ferdinand , je fais connaître ce qui suit à ceux qui sont présents et à ceux qui viendront après eux.
Je vous donne et concède pour le présent et le futur, à vous Conseil de Fontarabie; et ce à perpetuité les fors de Saint Sébastien. Je vous donne et concède aussi les lieux qui suivent.
Ceux qui vont de la rive de Iarcen ( Inavan) à la rive de Fontarrabie et de la Pena de Aia jusqu’à la mer et de Lesaca jusqu’à la mer ,de Belfa jusquà la mer et limite d’Irun avec tous ceux qui y habitent .
Je vous donne aussi Guillermo de Lançon et ses compagnons afin qu’ils soient vos administrés et je vous concède le port d’Asturriaga à perpétuité . Par pacte vous vous engagez à donner chaque année 50 maravedis pour ce port. Et j’ordonne fermement que personne n’ait l’audace de faire paître des troupeaux sur votre territoire sans votre consentement, et que vous soyez libres de tout péage dans mon royaume.
Si quelqu’un avait l’audace d’enfreindre ou de retrancher quelque chose à notre désir, qu’il encoure toute la colère de Dieu tout puissant et qi’il soit obligé de verser comme caution 500 pièces d’or au trésor royal et que le dommage qu’il vous aurait fait, il le répare en donnant le double .
Charte donnée à Palencia le 18 avril 1241 et moi le roi Alfonse régnant sur la Castille et sur Tolède que j’ai signée de ma main, je lui donne autorité et je la confirme.
Traduction « Philippe Beitia »
Fuenterrabia devenait propriétaire en totalité,de la BIDASSOA jusqu’à la limite des hautes eaux, ainsi que de la Baie de TXINDUDI ,
Le Roi de Castille donnait à Fontarrabie ce qui ne lui appartenait pas .
Il est évident que les Hendayais ne l’accepteront jamais
Une guerre incessante et meurtrière venait de commencer .

image11
A peine quelques maisons avaient-elles été bâties sur la rive
française de la Bidassoa que Fontarabie, jalouse de ses droits,
fit sentir sa toute-puissance aux quelques pêcheurs labourdins
qui se hasardèrent à naviguer dans la baie.
Il dut y avoir, de la part des Hendayais, quelques vives protestations suivies très probablement d’un appel au roi de France, mais rien ne nous permet de préciser ces faits.
Une tour dut être construite dès 1455 environ, soit sur l’emplacement actuel du port de Hendaye,
soit sur celui du fort aujourd’hui en ruines qui fut construit en
1665
Toujours est-il que, le 28 septembre 1458, Henri IV de
Castille écrivait au corregidor de Guipûzcoa, D. Juan Furtado de
Mendoza, que, malgré ses instances auprès du roi de France, la
tour de Hendaye allait être achevée et qu’en présence d’une
telle provocation, il fallait, de la part de Fontarabie, une attitude
plus qu’énergique.
Tout Français devait, à son passage sur la rive espagnole, en faire la déclaration à l’alcalde du lieu où il débarquait, lequel transmettait à ses collègues des villes voisines ,la promesse faite sous serment par le Français de se bien conduire et de respecter les lois du pays.
Si le Français causait quelque dommage, nul besoin n’était de le juger, il fallait le tuer sur le champ ; et non seulement le roi conseillait à ses sujets cette mesure violente, mais encore il la leur ordonnait.

Le mandement royal fut lu sur la place publique de Fontarabie
et les pêcheurs de Hendaye et des autres villages labourdins
se rendirent compte ainsi que le séjour dans la ville guipuzcoane
pouvait devenir dangereux.

Il dut y avoir — là encore, malheureusement, nous manquons
de données certaines — une résistance assez vive de la
part des habitants de Hendaye et d’Urrugne, d’ailleurs excités par
le sire d’Urtubie, tout-puissant alors sur la rive française du fleuve.
Le corregidor, effrayé de la révolte générale des Labourdins , des
altercations sanglantes se produisirent sur la Bidassoa, et fit
poster aux environs d’Irun, dans la tour dite de  » Guardiagana, »
une troupe de mille fantassins .
Cet état de défiance et de perpétuelles menaces ne pouvait
durer longtemps.
Au mois de novembre ou de décembre suivant,
Charles VII et Henri IV, de commun accord, résolurent
de régler les différends entre Labourdins et Guipuzcoans, au
moyen d’une commission mixte, inaugurant ainsi un système
qui sera fréquemment employé par la suite, avec aucune
efficacité d’ailleurs.
La commission fut composée de délégués de Castille et de
Guipuzcoa, d’une part — c’étaient le Docteur Fernan Gonzales.
de Toledo, habitant de Valladolid, le Docteur Diego Garcia de
Burgos, habitant de Salamanque, le Docteur Palos de Ondarroa délégués de France et de Guyenne, d’autre part, — c’étaient
Me Martin, habitant et chanoine de Dax, et Me Nates, de Dax également, concernés.
Les commissaires, assistés de deux notaires royaux, déclarèrent
que toutes les terres recouvertes par le fleuve depuis
Endarlaza jusqu’au cap du Figuier appartenaient au roi de
Castille et décidèrent qu’un mât de pin destiné à délimiter la
frontière entre les deux royaumes serait placé à Ondaraltzu, sur
la pointe actuelle d’Ondarraïtz, qui devait s’étendre alors moins
loin vers la barre du Figuier.
La sentence fut transcrite sur parchemin par les soins de Juanot de Vera, alcalde de Fontarabie,
et placée dans les archives de la ville où elle fut brûlée lors du
terrible incendie de 1498 .
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la lutte est engagée
à la recherche de la liberté
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LA BIDASSOA
Ce voyage, tout le long de la Bidassoa, cette eau , tantôt torrentueuse, tantôt frémissante, et enfin assagie par la marée montante, cette verdure envahissante, et ces petits villages traversés, colorés , aux facades habillées dans un style familier , laisse une impression de beauté tranquille, d’une harmonie ou il fait bon vivre.
Un fleuve à l’eau claire, poissonneux à l’extrême, des truites , de rivière ou de mer, , des vairons, des goujons, des anguilles et leurs alevins et enfin le saumon qui traverse l’atlantique, remonte la rivière pour venir y pondre ses oeufs
. Il y avait tellement de poisson et il était si facile à pêcher, que s’ils n’y prenaient garde, les travailleurs journaliers en avaient aux deux repas de la journée. Aussi lors des contrats passés entre employeurs et domestiques, ces derniers faisaient bien préciser le nombre de journées de la semaine à ne pas dépasser pour la consommation de ce saumon.
Et pourtant la la Bidassoa n’aura jamais été un  » long fleuve tranquille ».
Nous verrons plus tard comment cette abondance aura pu nuire aux relations entre nos deux cités.

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LE SAUMON
Les NASSES
en travers de la Rivière
Le PRIEURE-HOPITAL de ZUBERNOA,
résulte de la création de laChapelle de l’Hôpital Saint Jacques en 1149, qui se convertira en paroisse, et comprendra aussi le lieu de Biriatou avec son église.
Sur le document de création figurent les noms de Guillaume de ZUBERNOA (sur les terres duquel se plaçaient hôpital et chapelle ) et Bertrand d’IRANDATZ propriétaires respectivement des domaines du même nom
Ses fondateurs le voulurent là parce qu’il commandait le point le plus étroit du passage de la rivière , non seulement par ses riverains des deux bords ( qui en firent usage jusqu’au XX ° s ) , mais aussi par les pélerins visant Fontarrabie et la route de la côte cantabrique .
Servir les uns et les autres entrait pleinement dans la vocation de ces religieux hôspitaliers.
D’ailleurs pour assurer leur propre subsistance et celle de leurs hôtes, ainsi que pour pourvoir aux dépenses d’entretien de la maison du prieur et de l’hôpital, ils jouissaient de biens étendus, que le manuscrit de 1305 énumère
<< l’annexe de Biriatou, son moulin, sa nasse, ses dimes et droits, ses champs, paturages , forêts, bois, terres cultes et incultes, ses péages, ports ou passages de Hendaye à Fontarrabie, de Béhobie à Irun, privilèges de chasse et de pêche , ses maisons et tous autres biens , fruits et revenus, questes, cens et appartenances >>
Plus tard quand le roi de ,Castille décrétera que cette riivière lui appartient en propre,Fontarrabie téméraire et obstinée créera sa propre nasse au premier passage des saumons ,
l’irracible seigneur d’Urtubie qui n’avait jamais admis la prééminence de son adversaire , créera son propre barrage.
Trois nasses, Celles de Zubernoa, de Fontarrabie, d’Urtubie, Première cause des multiples conflits qui prendront naissance.
Et de Hendaye, isolée, il n’en fut jamais question !
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PROJET DE DEFENSE
LA TOUR DE MUNJUNITO
Pour faire rentrer dans l’ordre et surtout pour doter le Bourg d’un système de défense face au fort de Fontarrabie, les rois avaient recours à  » l’ultima ratio  » : au canon .
Dès le 15ème siècle une tour dite de Munjunito, d’élevait près du port de Caneta ; une carte de 1680 la situe encore, bien qu’elle ait été désarmée en 1609.
En 1521, après d’être emparé de Fontarrabie, l’Amiral Bonnivet la jugea insuffisante et fit construire plus loin, par ses troupes une autre tour fortifiée.
Au cour de la guerre de 1636, cette fortification joua pleinement son rôle d’observatoire et concourut à la victoire maritime remportée par notre flotte.
L’expérience ayant prouvé qu’a ce rôle devait s’ajouter celui d’une défense renforcée, la principale de ces tours fut remise en état en 1664 et armée de canons servis par 30 hommess du roi.
Pour autant l’ouvrage n’apparut pas bien redoutable à Louis de Froidour, qui voyageant par ici en 1672 nous a laissé une déclation succinte, mais précise et imagée .
 » Le fort de Hendaye n’est à proprement parlé, qu’un pigeonnier, une tour carrée sans autre bâtiment. Au fond une chambre pour les munitions; au dessus, la chambre du commandant et des officiers, plus haut celle des soldats. Au dessus une plateforme et 4 guérites avec des canons.Il y a en bas du côté de la rivière ou de la mer une petite plate-forme ou il y a du canon et celà regarde Fontarrabie et est comme une vedette pour voir ce qui se passe. « . Pour grimper aux étages une échelle en bois . escamotable. Il était également sur la côte deux batteries qui furent installées au 18° siècle ; la première en 1757, par le duc de Tresmes pès de Larretchéa la seconde en 1788 dite d’Armatonde à la hauteur de Nekaoenia.
Hendaye avait bien le port de Harri Zaballetta, mais était sous une surveillance dont les détails sont connus.,
Quant à nos marins, leurs bateaux les attendait à SaintJeandeLuz
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TRAITE DES PYRENEES
Ile de la Conférence le 7 novembre 1659

Le 7 novembre 1659, un traité inespéré met fin à l’interminable guerre qui oppose depuis 1635 la France aux Habsbourg d’Espagne. Il consacre la prééminence de la France en Europe.
Ce traité des Pyrénées est l’oeuvre du cardinal Jules Mazarin, Premier ministre du jeune Louis XIV (21 ans). Il réconcilie les deux principales puissances d’Europe, entrées en guerre l’une contre l’autre un quart de siècle plus tôt !
Il est signé sur l’île des Faisans, au milieu de la rivière Bidassoa qui sépare les deux pays.
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Hendaye va être le témoin d’événements les plus grands de conséquences pour la paix de l’Europe, l’élaboration du traité des Pyrénées, en 1659, et l’entrevue de la Cour deFrance et de la Cour d’Espagne, en 1660.
Lors de la conclusion du traité de Wesphalie qui mit fin à la guerre de Trente Ans, les négociations, en vue de la paix, n’aboutirent pas avec l’Espagne.
Il fallut encore plus de dix ans de luttes et de négociations pour pouvoir arriver à une entente.
Mais, après la bataille des Dunes (1658) et la prise de Dunkerque, qui livra les Flandres à l’armée française, l’Espagne, déjà aux prises avec de sérieuses difficultés dans le Milanais et avec le Portugal, se montra mieux disposée aux accomodements.
Aussi les négociations ne tardèrent-elles pas à entrer dans une phase plus active et, dès le commencement de l’année 1659, Don Antoine Pimentel, ambassadeur d’Espagne et le marquis de Lionne, pour la France, avaient arrêté les grandes lignes d’un traité de paix. Mais il était réservé aux premiers ministres des deux monarchies, le cardinal Mazarin et Don Luis de Haro, de convertir ce projet en un traité définitif.
On désigna, comme lieu des conférences, la petite île dont il a.déjà été question.
Le cardinal, parti de Paris le 24 juin 1659, arrivait à Saint-Jean-de-Luz le 28 juillet accompagné du duc de Créquy, du ministre d’Etat de Lionne, des maréchaux de Villeroy, de Clerambault, de la Melleray, du commandeur de Souvray et d’une cinquantaine de grands seigneurs. Son équipage était magnifique.
En plus de cent-cinquante personnes de livrée, il y en avait autant composant sa suite, plus une garde de trois cents fantassins, vingt-quatre mulets avec des housses brodées de soie,huit chariots à six chevaux pour ses bagages, sept carosses pour sa personne et quantité de chevaux de main.
De son côté, le ministre espagnol était arrivé à Saint-Sébastien avec un équipage pouvant rivaliser avec celui de Mazarin.
Après des pourparlers assez longs sur des questions d’étiquette qui avaient une importance capitale à cette époque, on fixa la première entrevue au 13 août.
L’île avait été somptueusement aménagée. Dans la salle destinée aux conférences, des deux côtés de la ligne imaginaire qui la divisait par le milieu, étaient disposés deux tables pareilles, deux fauteuils pareils et, un peu plus loin, la même disposition pour les secrétaires.
Deux ponts de bois permettaient les communicationsavec les rives du fleuve.
Au jour fixé, le cardinal arriva en somptueux équipage. Trente carosses, attelés de six chevaux chacun, le portaient lui et sa suite. Ils étaient précédés et suivis par des gardes à pied et àcheval vêtus de casaques d’écarlate aux armes de leur maître.
Mazarin mit pied à terre et s’engagea sur le pont entre les haies formées par ses gardes et deux cents mousquetaires.
Un quart d’heure après, don Luis de Haro se présenta, accompagné, lui aussi, de soixante personnes dont plusieurs grands d’Espagne et escorté par deux cents cuirassiers.
Le coup d’oeil des rives du fleuve couvertes de troupes et d’une foule considérable était des plus beaux.
Il y eut vingt-quatre conférences pendant lesquelles les Français et les Espagnols firent connaissance et furent remplis de prévenances les uns pour les autres.
Au cours de la dernière
entrevue, le 7 novembre, le traité fut signé , pour autant Hendaye oubliée !
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Le Traité des Pyrénées prévoyait aussi d’ultérieures réunions pour traiter de la délimitation frontalière entre les deux royaumes,
au niveau des Pyrénées et de la Bidassoa.
Les commissaires des deux pays, qui se réunissent sur l’Ile des Faisans, n’arrivent pas à se mettre d’accord, et
les différends Hendaye-Fontarabie continueront
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Le traité des Pyrénées fut un bienfait pour les riverains de la Bidassoa qui avaient tant souffert des hostilités entre la France et l’Espagne. Depuis lors jusqu’aux guerres de la Révolution,c’est-à-dire pendant plus de 130 ans, ils ne connurent plus les horreurs de la guerre. Au contraire, les bonnes relations qu’ils entretenaient avec leurs voisins furent une cause de prospérité relative.
. Au commencement du XVIIIe siècle on constate l’apparition d’un seul quartier nouveau dans les environs du prieuré de Subernoa.
Mais les divers documents sur l’importance d’Hendaye à cette époque ne concordent pas. D’après les uns, la chapelle du prieuré était très fréquentée par les habitants des maisons voisines. On
y aurait compté quatre cents communiants. D’autres évaluent à trois cent cinquante seulement le nombre total des habitants en 1726. Quoiqu’il en soit, ceux-ci ne firent guère parler d’eux et
vécurent d’une vie uniforme et peu agitée qui fait penser que,comme les peuples heureux, ils n’eurent pas d’histoire.

1659 Pour signer la paix, le roi d’Espagne consent que la frontière coupe en deux l’île des Faisans, au milieu de l’eau, et le traité du 7 novembre est ratifié par les rois le 6 juin 1660 avec un article secret N° 8 nommant du reste le maréchal duc de Gramont, gouverneur de Bayonne, et le baron de Batteville, capitaine général de Guipuzcoa, pour un accord frontalier plus précis.
La solution du litige entre Hondaribia et Hendaye n’avait pas encore été trouvée
Le traité prévoit le mariage du jeune roi de France avec l’infante Marie-Thérèse d’Autriche, fille du roi d’Espagne.
En guise de dot, l’Espagne apporte à la France le Roussillon, la Cerdagne, l’Artois et plusieurs places fortes en Flandre et en Lorraine : Gravelines, Thionville, Montmédy, Mariembourg et Philippeville. Le duché de Lorraine, amputé, est occupé par des garnisons françaises.
À noter que Philippe IV a fait inclure dans le traité la restitution au Grand Condé de ses titres et de ses biens.
C’est pour le prince, coupable d’avoir combattu Louis XIV au cours de la Fronde, le début d’un retour en grâce.
L’année suivante, comme prévu, les futurs époux se rencontrent à Saint-Jean-de-Luz. Leur mariage est célébré le 9 juin 1660 par l’évêque de Bayonne dans une atmosphère de liesse. Il se soldera par six naissances… et d’innombrables infidélités du Roi-Soleil.
Selon les termes du traité, Marie-Thérèse renonce pour elle et ses descendants à ses droits sur la couronne d’Espagne «moyennant» le paiement d’une dot confortable de 500.000 écus. Or, l’habile Mazarin sait que l’Espagne n’aura jamais les moyens de payer cette dot.
Mais elle obtint que le roi signe la naissance réelle de Hendaye.
.
Traité pour déterminer la frontière depuis l’embouchure de la Bidassoa
On a vu qu’une fois de plus les Hendayais ne recueillirent de ce traité d’autres avantages que le souvenir des fastes historiques qui se déroulèrent sur leur territoire et qu’ils durent attendre vingt ans encore la reconnaissance du droit de libre navigation sur la Bidassoa.
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traités de Bayonne en 1856 – 1858
pour que la paix entre Hendaye et Fontarrabie soit définitive
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1660 Philippe IV d’Espagne Marie Thérèse, sa fille Anne d’Autriche, sa sœur Louis XIV de France, à marier à sa cousine.
Le 3 juin, en présence de Philippe IV, mariage par procuration de l’infante à Fontarabie. Le 6 juin, signature de la Paix des Pyrénées par les deux rois, en la somptueuse barraque de l’île des Faisans.
Le 7 juin, réunion des deux rois et des deux reines dans la même barra­que au milieu de la Bidassoa. Le 9 juin, mariage.

.LES TRAITES DE BAYONNE
SUITE ET FIN
DU TRAITE DES PYRENEES
conclus le 2 décembre 1856 le 14 avril 1862 et le 26 mai 1866
entre la France et l’Espagne faisant suite au Traité des Pyrénées (signé le ( signé le 7 novembre 1659 ) dont il précise certains points : il détermine plus précisément la frontière depuis l’embouchure de la Bidassoa jusqu’au point où confinent le département desBasses Pyrénénées l’Aragon et la Navarre ceci afin de remédier aux difficultés rencontrées depuis 200 ans. !
« Napoléon III Empereur des Français, et Isabelle II reine des Espagnes, voulant consolider et maintenir la paix et la concorde entre les populations , voulant consolider la paix et la concorde entre les deux Etats habitant la partie de la frontière qui s’étend depuis le sommet d’d’Analarra où confinent les départements des Basses Pyrénées, de l’ Aragon et de la Navarre, jusqu’à l’embouchure de la Bidassoa, dans la rade du Figuier, et prévenir à jamais le retour des conflits regrettables qui, jusqu’à l’ouverture des présentes négociations, ont eu lieu à de différentes époques sur plusieurs points de cette frontière par suite de l’incertitude qui a régné jusqu’à présent au sujet de la propriété de quelques territoires et de la jouissance de certains privilèges que les frontaliers des deux pays revendiquaient comme leur appartenant exclusivement, et jugeant que, pour atteindre ce but, il était nécessaire de déterminer, d’une manière précise, les droits des populations frontalières, et en même temps les limites des deux Souverainetés, depuis l’extrémité orientale de la Navarre jusqu’à la rade du Figuier, dans un traité spécial, auquel devront se rattacher plus tard les arrangements à prendre sur le reste de la frontière depuis le sommet d’Analarra jusqu’à la Méditerranée »
En 1856, la Convention signée à Bayonne et confirmée en 1859, précise que
1° la frontière sera exactement fixée, non plus au milieu de la rivière, mais au milieu du chenal le plus profond;
2° les eaux seront franco-espagnoles;
3° une Commission Internationale des Pyrénées sera instituée ayant pour tâche de régler tous les litiges. La France y sera représentée par le Commandant de la Station Navale de la Bidassoa;
4° le droit de pêche n’appartient, en toute exclusivité, qu’aux riverains.
En 1886, autre Convention qui, sans modifier le fond de la précédente, apporte quelques précisions; il en fut de même en 1894, 1906, 1924, 1954.
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ENFIN
Il aura fallu attendre 653 ans
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Borne N° 1

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CETTE QUERELLE
a été rapportée par

THEODORIC LEGRAND
de l’Ecole des Chartes
DANS UN MEMOIRE DE 94 PAGES
du XV ème siècle AU XVIII ème siècle

il figure dans notre rubrique
«  » Livres «  »
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LE JOURNAL
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1203 Une charte du roi de Castille, nouveau souverain du Guipuzcoa, détache (?) cette vallée, de Saint-Sébastien dont elle relevait d’après la charte accordée par son ancien souverain le roi de Navarre Sanche le Savant. Elle octroie au conseil de Fontarabie, avec Irun, Lezo et Passages, le statut même de Saint-Sébastien, la franchise générale de péages et le droit d’élire chaque année son alcalde et son prévôt, « prepositum et alcaldem ». Datée du 18 avril 1203 par divers auteurs, la copie diplomatique de 1510 la date du 18 avril 1246, mais elle est en tous cas de cette même époque de la charte de Rouen accordée à Bayonne en 1215 par le roi d’Angle­terre.

1203.» La charte de Fontarabie lui accorde avec les 2 rivières d’Oyarzun et de (?) Fontarabie même, la franchise totale de péage en Castille, et moyennant 500 maravédis par an le port d’Astubiaga ou Asturiaga. On peut le localiser comme port fluvial à Astubiriaga, pour communiquer sur l’Uruméa avec Saint-Sébastien (Donostia), ou comme port de mer dans l’anse du Figuier, terminus de la navigation fluviale depuis Santestevan (Donostibiri). Le port dans la Bidassoa devait y être toutefois dès l’origine car le prieur de Zubernoa était obligé d’y faire repasser la nuit la gabarre qui lui était concédée le jour sur la rive d’en face.
1245 La déclaration de bonne correspondance avec la Navarre signale l’origine de ce trafic descendant laine, vin, charbon et fer ou argent de la haute Bidassoa, jusqu’à Fontarabie monnayant ses droits de port franc.
1347 Un acte du 29 mars concerne les facilités particulières accordées à Domi­nique de Lastaola, pour l’usage de la rivière, que Fontarabie lui refuse le droit de transmettre, objectant ainsi son monopole.
Henri fait passer la Bidassoa à 20 000 hommes, envoie Ruy Diaz de Rojas avec 200 bateaux le long de la côte, prend Saint-Jean-de-Luz aux Anglais et les assiège dans Bayonne.
1415. La tour de Munjunito est élevée du pied de la falaise d’Hendaye, couronnée en maison forte, probablement vers le port de la ville.
A la tour du Guardiagafia, mentionnée alors près d’Irun, on peut ratta­cher toute une génération d’une vingtaine d’ouvrages antérieurs au XVIII» siècle, avec entrée par échelle escamotable à 4 mètres du sol, et à hauteur maximum d’une lance de cavalier suivant le vieux principe navarrais. On en voit encore 4 jusqu’à Oyarzun, et 4 couronnent le Jaïzquibel, dont Erramutz, Sante Barbara
1419 Ferran Peritz de Ayala avec 8 000 castillans va brûler l’église de Saint- Jean-de-Luz et repasse la Bidassoa.
1451 A la suite du traité de Ayherre signé en mai au château de Belzunce, où le Labour reconquis sur les Anglais par Gaston VII de Béarn devient définitivement français, un premier groupe de 40 maisons se bâtit à Hendaye, appuyé par une tour-frontière, et les jurats d’Urrugne, patronnés par le châtelain d’Urtubie depuis le XIe siècle, y nomment un syndic pour l’administrer.

1458 La première commission mixte franco-espagnole reconnaît à l’Espagne la propriété du fleuve dans tout ce qu’il recouvre à hautes eaux, mais ce texte dont l’original brûlé en 1498 ne put être produit par la suite, demeure lettre morte au moins en ce qui concerne la tour d’Hendaye, dont le pied était dans l’eau. Un poteau-frontière en pin aurait été planté alors sur la rive française.
1478 Ferdinand et Isabelle sont rois catholiques en 1474,
le 23 septembre 1475 Louis XI de France s’allie contre eux à Alphonse V de Portugal et envoie 40 000 hommes avec Alain d’Albret, qui du 14 février 1476 met plus de 50 jours pour emporter le passage de la Bidassoa jusqu’à Fontarrabie, défendue par Juan de Gamboa. Arrivé le 8 avril sous la place, le sire d’Albret (Labrit) s’en écarte le 11 pour ravager Oyarzun et Renteria, repasse sous ses murs le 11 mai et la Bidassoa le 15. La paix est signée à Saint-Jean-de-Luz en 1478.
1480 Une ordonnance royale conservant le privilège de Fontarabie, prohibe port et maisons en pierre à Irun-Uranzu, défense du monopole confirmée en 1496
1489 Nasse ou pêcherie
Une ligne de pieux plantés dans le courant permet, à un endroit resserré, de tendre en travers un filet à saumons, et le 14 janvier Fontarabie obtient de tirer le filet de sa nasse en bas de Biriatou sur les terres riveraines de la maison de Bouniort, moyennant un saumon et 6 ducats par an.
1509 Les Hendayais arment leur tour plusieurs fois ébrêchée et colmatée, de 3 canons battant l’eau et le fort d’en face, et une autre tour française est entreprise à Béhobie, sans suite.
1510 Après les saisies du trafic navarrais en juin et septembre, et une entrevue fin 1509 entre le sénéchal des Lannes et le corrégidor de Guipuzcoa tra­versant avec sa vara ou barre de justice en signe de souverainté sur la rive française, une seconde commission mixte est composée de :
Me Mondot de la Martonie, président du Parlement de Bordeaux.
Me Guillaume de Laduchs, sénéchal des Lannes (de Bayonne).
Don Cristóbal Vasquez de Acuña, du Conseil de Castille.
Don Francisco Tellez de Ontiberos, corrégidor de Guipuzcoa (à Tolosa).
Ne se prononçant pas sur la souveraineté que Fontarabie proclamée exclusivement espagnole et que le châtelain d’Urtubie réclamait mi-fran­çaise et mi-espagnole, leur sentence du 10 avril à Saint-Jean-de-Luz recon­naissait un usage commun du fleuve, avec un port à Hendaye mais sans l’usage de barques à quille.

1512 Ferdinand est roi catholique, allié à Henri VIII, roi d’Angleterre ; Louis XII est roi de France allié à Jean d’Albret, roi de Navarre.
Jean d’Albret et le Duc d’Angoulême, futur François 1er de France, revenant d’assiéger le duc d’Albe à Pampelune, passent sur la Bidassoa par les cols de Velate et de Maya, et les Anglais débarqués à Passages de Fontarabie se rembarquent après avoir dévasté Hendaye. Une trêve d’un an est signée à Urtubie le 1″ » avril 1513.
1521 Charles Quint est empereur en Espagne et François 1er roi de France.
L’amiral Guillaume Gouffier de Bonnivet, gouverneur de Guyenne, passe sur la Bidassoa par le Col de Maya avec 7 000 hommes, s’appuie sur Biriatou pour prendre le fort Gasteluzar, brûle tout Irun et affame Fontarabie, où Diego de Vera capitule le 15 octobre après 10 jours de place, contre D. Pedro de Urdanibia embusqué à Irun.
1522 D. Beltran de la Cueva, vice-roi de Navarre et capitaine général de Guipuzcoa, futur duc d’Albuquerque, bloque Fontarabie et l’alcalde et capitaine Ochoa de Asua occupe Gasteluzar depuis avril. Pierre de Semper (Saint Pée) et le sire d’Urtubie passent la Bidassoa avec les 1000 hommes de la milice du Labourd et des mercenaires allemands, et s’installent en haut d’Aldabe. Juan Perez de Azcue et Miguel de Ambulodi avec chacun 400 guipuzcoans les délogent de nuit le 30 juin, Don Beltran culbutant les Allemands.
L’hermitage de Saint-Marcial avec le blason d’Albuquerque y honore le saint de ce jour, avec une grande procession annuelle. Le maréchal de Chabannes de la Palice débloque la Bidassoa avec 4 000 hommes, mais en décembre le connétable de Castille, Inigo de Velasco, franchit le Pas de Béhobie avec le prince d’Orange.
1524 Revenant de ravager le Labourd sauf Bayonne et laissant la peste à Saint-Jean-de-Luz, le connétable et Philibert de Chalon, prince d’Orange, repassent la Bidassoa et le 24 mars ils reprennent Fontarabie au capi­taine Franget, après une défection de ses renforts navarrais.
1524 Ayant repris possession de Fontarabie, Charles Quint donne à son château carré des murs massifs épais de 3 mètres et organise les murailles de la ville en un système continu reliant le bastion nord de la Madeleine, aigu, au bastion sud de la Reine, rond et flanquant la porte, par les 2 bastions San Nicolas et Leyva au pied du mont.
1526 François 1er de France
Le roi prisonnier depuis la bataille de Pavie est échangé le 15 mars au milieu de la Bidassoa contre Messieurs les Enfants, ses fils, envoyés en otages en Espagne. Ses fils et sa fiancée Eléonore de Castille, sœur de Charles Quint, lui seront échangés à nouveau le 1er juillet 1530 contre 1 200 000 écus d’or.
1565 Charles IX de France Catherine de Médicis, sa mère Elisabeth de Valois, sa sœur mariée à Philippe II d’Espagne.
Transportés à la rame « à un lieu appelé Endaye » le 14 juin, le roi et les deux reines y prirent une riche collation avant de gagner Bayonne et après 17 jours de fêtes la reine mère a raccompagné sa fille à Hendaye.
1531 Sous peine d’avoir le bâteau brûlé, le déchargement obligatoire à la Casa Lonja ou douane de Fontarabie, est le privilège reconnu par l’article 106 de ses statuts municipaux et s’impose à tous de tout temps et même aux Hendayais.
1531 Nasse du châtelain d’Urtubie, au pas de Béhobie Nasse du prieur de Santiago, au pas de Santiago Nasse de Fontarabie, en aval de Santiago

1538 La sentence provisionnelle de 1510 ne tolérant que le seul moulin du prieur de l’hôpital, Fontarabie affirme son droit et fait détruire au canon un moulin neuf du châtelain d’Urtubie.
1542 D. Sanche de Leyva, capitaine général, vice-roi de Navarre, refoule de la Bidassoa la milice du Labourd, brûle Urtubie et pousse jusqu’à Saint- Jean-de-Luz avant de repasser.
1545 Un traité de bonne correspondance avec la Navarre mentionne à Fonta­rabie prévôt, jurats et conseil.
1558 Philippe II, roi d’Espagne, et sa femme Marie Tudor, reine d’Angleterre, sont contre Henri II, roi de France.
Sous les ordres du duc d’Albuquerque, le capitaine général Diego de Carvajal s’avance rapidement de Fontarabie et brûle entièrement Saint- Jean-de-Luz le 31 juillet, ainsi que le rapporte l’historien Garibay qui participa à l’expédition. Le roi de France donna 18 000 livres pour recons­truire le quai.
En retour, Antoine de Bourbon avec les troupes protestantes de sa femme Jeanne d’Albret, reine de Navarre, échoue contre Fontarabie.
1565 Charles IX étend à Urrugne et Hendaye la franchise douanière (assise) déjà accordée à Saint-Jean-de-Luz par Louis XI, pour moitié, et géné­ralisée par Henri II. Il fut souvent difficile d’en faire admettre le privi­lège à l’entrée de Bayonne.
1565 Vers le temps de la visite de Charles IX, le syndic nommé est remplacé par 5 jurats élus à Hendaye sous contrôle d’Urrugne.

1566 Poste de guet entretenu par la confrérie de San Pedro en haut de San Telmo, pour les baleines.
Les baleines franches noires (sardes, 15 mètres de long) pêchées au harpon à l’époque de la sardine et très nombreuses au XIII siècle dans le golfe de Biscaye, reculèrent progressivement et les Basques spécialistes uniques de leur pêche, les suivirent de plus en plus au nord jusqu’aux baleines franches boréales (mysticetus, 25 mètres de long) de l’arctique.
Les armes de Biarritz apposées dès 1351 sur un traité flamand, illustrent leur baleinière à quille courbe de 8 mètres, à une pointe le harponneur et ses deux fers encordés, le barreur et son aviron à l’autre pointe, 3 rameurs au milieu creux d’un mètre et large moitié plus, avec leurs 3 lances pour la mise à mort.
1574 Fontarabie oppose son monopole théorique aux Français, par lettre du 5 juin, et l’oppose en fait à Irun, dont elle fait démolir la nasse par le corrégidor de Gipuzcoa.
1579 Après une saisie de trafic labourdin par Fontarabie en 1577, et la mise à mal de ses alcades traversant à Hendaye avec leur barre de justice, en 1578, ainsi qu’un conflit de nasses renouvelant celui de 1531, une troi­sième commission mixte ne parvient pas à réunir Don Gonzalo de Torrijos et Don Martin de Hiribarren, délégués par le vice-roi de Navarre, et les commissaires nommés le 8 juillet 1579 par le roi de France Henri II.
1595 Fontarrabie Une bulle du pape Clément VIII reconnaît la confrérie de San Pedro.
1598 Fontarrabie Philippe II a doublé la muraille à l’extérieur par le boulevard Saint- Philippe à l’ouest, le boulevard de la Reine au sud. Il a élevé au cap Figuier un château de mer confié au Capitaine Général Velasquez. On compte cette année de sa mort 40 artilleurs et 30 fantassins dans la place, dont l’escarpement est renforcé à l’est par un mur qui s’effondre dans l’eau peu après.
1598 Monseigneur d’Echaux, évêque de Bayonne, souscrit à la construction de la chapelle Saint-Vincent d’Hendaye.

1604 Par arrêt français en Conseil des Finances, le poisson de Hendaye à Capbreton est excepté de l’édit d’embargo pour être débité en Espagne malgré la guerre.
Une embarcation d’Hendaye, pour avoir tiré une baleine sur le sable d’Ondarraïtz sans passer à Fontarabie, y est brûlée le 16 février.
Les embarcations de Fontarabie disputent une baleine à celles d’Hendaye

1607 Une embarcation d’Hendaye, pour avoir tiré une baleine sur le sable d’Ondarraïtz sans passer à Fontarabie, y est brûlée le 16 février.
Les embarcations de Fontarabie disputent une baleine à celles d’Hendaye le 16 janvier 1619 et ont le dernier mot : on peut dater de cette époque un accord disposant entre autres, que si les Hendayais ont le pouvoir de harponner la baleine, le privilège de l’achever et de la fondre moyennant prélèvement revient à Fontarabie.
Malgré l’évolution des rapports suivant la paix des Pyrénées, une baleine et son baleineau furent disputés le 4 février 1688 encore avec le même sort.
En mars 1612 , les alcaldes de Fontarabie défendent à Harostegui, prieur de Santiago, de mettre à l’eau une barque à quille dont il voulait se servir pour la pêche.
Arch. de Fontarabie, lettres
EN 1617 Le soir même, trois navires de Hendaye qui se trouvaient dans la baie, prêts à partir pour Terre-Neuve et la Norvège, furent capturés par les Espagnols
Une seconde troupe armée, aussitôt envoyée de Fontarabie, dut s’enfuir devant l’attitude menaçante des Hendayais.
Le lendemain, 18 janvier, au matin, le Conseil Communal de Fontarabie se réunit en assemblée extraordinaire et décida que toute embarcation française rencontrée dans la baie serait immédiatement saisie et brûlée
En mars 1617, l’alcade de Fontarrabie (ville frontière du Pays basque espagnol) poursuivit en territoire français un criminel fugitif.
Les habitants d’Hendaye s’opposèrent à cette violation du territoire français, et l’alcade et ses aides furent emprisonnés, à Bayonne.
En guise de représailles, les Espagnols confisquèrent trois navires de 160 tonneaux, appartenant à Joannis de Harismendy et Joannis de Aragorri,mariniers de Hendaye.
Deux navires étaient destinés à la pêche de la « molue » à Terre-Neuve, et le troi­sième à la pêche de la baleine en Norvège.
Ce dernier navire était. la Marie et Saint-Jacques, dont le capitaine était Joannis de Harismendy
. Les ports du Pays basque français étaient déjà en mauvais état, et les navires d’un fort tonnage allaient compléter leur armement dans les ports espagnols.
Les trois navires étaient à l’ancre devant Fontarrabie, déjà « avitaillés », et les avances payées aux deux cents hommes d’équipage.
Les Espagnols jetèrent les vivres à la mer, puis laissèrent pourrir les navires pendant plusieurs mois.
Les propriétaires adressèrent une requête au roi de France pour rece­voir une indemnité, étant donné que les navires avaient été saisis par repré­sailles, alors que les habitants d’Hendaye avaient agi pour défendre la sou­veraineté de leur roi
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PLUS GRAVE
Le 9 février 1619 se déroula l’agression ci-dessous:
Ceux de Hendaye ayant aperçu quelques bateaux au lieu de Bidart en pleine mer poursuivant une baleine qu’ils avaient blessée près de leur port. de Bidart, sortirent dans trois ou quatre chaloupes environ de 30 hommes de ceux dudit Hendaye pour secourir ceux de Bidart, et par ce moyen avoir part de la pêche de ladite baleine.
Et bientôt., sortirent dudit Fontarrabie du port appelé La Magdeleine, dix chaloupes ou plus, équipées d’hommes armés, lesquels furent une lieue ou plus avant dans la mer, après les chaloupes sorties dudit Hendaye ; et les ayant rattrapées, et d’aucuns d’eux maltraités de coups, voire trois ou quatre délaissés comme morts.
.Auraient laissé aller tous lesdits bateaux dudit lieu de une baleine dans la rade du Figuier .Bidart, avec leurs gens, retenu et amené avec eux le roi de France ordonna à ces trois pinasses armées en brigantines fussent postées à l’entrée de la Bidassoa, avec mission de s’emparer de tous les bateaux espagnols qui passeraienr devant de Sokoburu tous ceux de Hendaye, jusques nombre vingt six à vingt sept hommes prisonniers, lesquels ils détiennent audit Fontarrabie.

le 3 novembre 1665 les Hendayais capturèrent une baleine dans la rade du Figuier et contrairement à ce qui s’était toujours passé jusqu’alors, la ramenèrent directement au port de Hendaye.
Ils en furent si joyeux que, grimpés sur le dos du monstre, ils burent en choeur à la santé du roi de France.
( archives de Bayonne EE88 )
Le 16 septembre 1666 un navire Marseillais, se présentat dans la baie du Figuier
.Dans , la nuit les Hondarribiars vinrent se saisir du bateau pour le tenir à la Lonja et débarquèrent les marins…Ceux-çi, bien vite, rejoignèrent les Hendayais et ensemble capturèrent un navire de Hondarribia qui revenait d’Angleterre.
C’est alors que les commissaires français qui ne croyaient à un accord avec leurs homologues espagnols, prisent une décision unilatérale, le 26 février 1667 ils proclamèrent qu’au roi de France revenait la propriété de la moitié de la Bidassoa, d’Enderlaza à son embouchure , entre les sables d’Ondarraïtz et les rochers du cap du Figuier
En outre qu’ ils permirent aux Labourdins de naviguer sur des embarcations pourvues ou non de quille La tension restait vive des deux côtés de la Bidassoa.
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En mars 1680, le roi de France ordonna à ce que trois pinasses armées en brigantines fussent postées à l’entrée de la Bidassoa, avec mission de s’emparer de tous les bateaux espagnols qui passeraient devant le chenal de Sokoburu
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En 1680 l’ouvrage fut complété par deux autres tours de construction légère. Il eut une belle occasion d’intervenit l’année suivante
Pour venger des pêcheurs Hendayais massacrés par leurs concurents de Fontarrabie,
Louis XIV fit tirer par la tour 1.000 coups coups de canon sur cette ville et ordonna la construction immédiate d’une redoute mieux équipée
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le 28 janvier 1681 les Hendayais virent une baleine au large d’Ondarraitz. Ils mirent cap sur elle et une de leurs chaloupes étant arrivée à sa hauteur, les pêcheurs se disposaient à jeter leur harpon .C’était sans compter sur l’opinâtretié de ceux d’Hondarribia qui les menacèrent de deux mousquets, de pierres et de couteaux à dépecer….A cause de leur infériorité numérique, ils n’étaient que sept à huit hommes par chaloupe pour une douzaine pour celles d’Hondarribia, ils se retirèrent. Bléssés dans leur amour propre ils virent alors leurs concurents de Fontarranie harponner la baleine ! Cette vexation parmi d’autres, le ministre ordonna au capitaine de frégate de Roux d’armer trois brigantins de Rochefort et les trois chaloupes de Bayonne qui. l’année précédente, avaient gardé l’entrée de la Bidassoa.Ces bâtiments parurent dans la rade du Figuier le 30 avril dans l’après-midi. La venue de ces navires réconforta les Hendayais qui envoyèrent une chaloupe avec onze matelots pour aider à l’amarrage. Vers 10 heures du soir, un officier aperçut deux barques du côté du quartier de la Madeleine à Fontarrabie.On offrit à bord, l’hospitalité aux Hendayais qui refusèrent .
Dominique de Galbarreta présisa sur un ton badin qu’un habitant de Fontarrabie lui avait promis de le faire bouillir dans l’huile ! Ils seraient donc prudents. Mais , en dépit de leur vigilance, au moment où les Hendayais passaient la barre de la Bidassoa l’on entendit des coups de mousquet. répartis dans deux chaloupes postées à proximité de Rocabelza et une autre près de la pointe de Sokoburu attendaient leurs proies.Malgré leur courage et leur vaillance, les Hendayais s’inclinèrent devant la force numérique de leurs assaillants.
Ceux-çi , sans pitié, étranglèrent dans la chaloupe même avec leurs mains et à coup de pieds, le maître d’Aragorri, un jeune garçon nommé Etchart et un fils d’Irandatz. Les autres furent débarqués à Fontarrabie.
Au point du jour Pedro d’Illarreguy , boucher Hendayais qui fournissait Fontarrabie, fut invité par l’alcade d’avertir quelques- uns de ses concitoyens pour venir reconnaître des corps de noyés.On leur montra la chaloupe à moitié pleine d’eau contenant les dépouilles :
d’Esteben de Fagadi, maître de la maidon d’Aragorri, fils de Catherine d’Aragorri ; de Pierre d’Echart, de Marie de Lissardi ; de Joannis d’Irandatz fils de Marsan d’Irandatz et de Jeanne de Bergara.
Curieusement ils n’étaient pas enflés, comme d’ordinaire les noyés, mais avaient les vertèbres disloquées , la trachée artère entièrement comprimée et portaient des contusions à l’occiput. Le lendemain, Joannes de Haramboure qui pêchait à Sokoburu récupéra le corps flottant de Marticot d’Irandatz, non enflé, le cou très noir rt le corp meurtri.
Le 3 Mai au matin, fut retrouvé le corps de Sansin d’Arrupe et l’après midi ceux de lucas de Laparca et de Marsan de Romatet. Ils avaient le visage tuméfié , nez écrasé, la gorge ……….
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En 1685, Vauban était venu dans la région pour inspecter les
divers ouvrages militaires. Il s’adjoignit le marquis de Boufflers
et F. de Ferry inspecteur général des fortifications de  » Guienne. »
Après avoir visité le fort d’Hendaye, ils passèrent la Bidassoa
et, s’étant rendus à La Madeleine, faubourg de Fontarabie, ils
essuyèrent des coups de feu qui furent par trois fois dirigés sur
eux par les Espagnols, Pour montrer le mépris qu’ils avaient de
leur « tiraillerie », Vauban et ses deux compagnons ne quittèrent
le territoire espagnol qu’une demi-heure après que leurs insulteurs
se furent retirés.
Mais, dans le compte-rendu de cette visite,
adressé à M. de Seignelay, secrétaire d’Etat, Vauban proposait
de prendre Fontarabie pour avoir raison des injures qu’il avait
reçues ou bien de bâtir un fort pouvant contenir six ou sept cents
hommes de garnison sur une langue de terre à l’embouchure de
la Bidassoa, assurant que c’était le moyen de dominer la rade en
même temps que les Espagnols et de permettre àux habitants
d’Hendaye de sortir en mer, pour aller pêcher, sans que leurs
voisins pussent les en empêcher.
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En janvier 1688 eut lieu un nouveau conflit entre les pêcheurs français et espagnols
«  » Les habitants d’Hendaye et ceux de Fontarrabie estant à la pêche à la baleine, le dernier du mois passé, ceux de Hendaye en ayant harponné deux et tuées, les espagnols….qui estoient le double plus de gens les leur enlevèrent et les menèrent toutes les deux à Fontarrabie.Les Espagnols avaient 14 chaloupes et les Français 7. Les pêcheurs français protestèrent, car il était convenu par traité qu’en cas de dispute au sujet d’une baleine, elle devait être conduite au milieu de la Bidassoa pour y être partagée également entre les habitants de Hendaye et ceux de Fontarrabie. Le gouverneur de Fontarrabie ayant fait vendre ces baleines pour 760 écus, car «  » une sorte de poisson qui pourrit d’abord, elle n’aurait pu se conserver «  »Finalement , les habitants de Fontarrabie acceptèrent de payer la moitié, soit 833 livres. Le ministère de la Marine donna son accord à cette transaction
(Marine B265 f ) Pendant les longues avec l’Espagne et en dépit bien souvent, des traités de bonne Correspondance les incidents sur mer furent continuels
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En 1717, les habitants de Hendaye, ayant eu des difficultés avec ceux de Fontarrabie, ceux-ci se saisirent de trois navires armés pour la pêche de Terre Neuve qui étaient dans la baie du figuier à cause du mauvais temps. Le roi Louis XIII dut traiter cette affaire par voie diplomatique et n’obtint la restitution des équipages qu’en échange de prisonniers espagnols.Cet échange eut lieu le 4 mai 1617, mais au moment ou les matelots français abordaient sur la rive, à Hendaye, le chateau de Fontarrabie leur envoya dix coups de canon qui ne firent , du reste,du mal qu’au clocher de l’église.
On voit par ce simple fait, quel était, à ce moment, la nature des relations de voisinage entre les habitants des deux pays
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En 1769 D’Etchar Daragorri maître de la maison d’aragorri fut étranglé dans sa chaloupe par des espagnols
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. Le Traité des Pyrénées avait bien été signé en 1659, mais en 1701 les pêcheurs de Fontarabie avaient fait cuire à l’huile bouillante 10 pêcheurs d’Hendaye

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IL ETAIT TEMPS QUE CELA CESSE
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CES QUERELLES
ont été rapportée par

THEODORIC LEGRAND
de l’Ecole des Chartes
DANS UN MEMOIRE DE 94 PAGES
du XV ème siècle AU XVIII ème siècle

il figure dans notre rubrique
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FIN 1ère PARTIE

A suivre, LE VIEUX PECHEUR
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